Une gouvernance solide s’articule autour de quatre piliers : la structure des données, les règles et les outils de gestion des données et, enfin, le modèle de management.

Par Antoine Gourévitch, Directeur associé sénior, BCG

La percée des data au coeur des modèles économiques a été fulgurante. En quelques années, les entreprises ont massivement investi dans les outils et les méthodes d’analyse avancée, bousculant ainsi leur organisation et leur activité. Beaucoup d’entre elles ont enregistré des résultats significatifs sur les marchés et en matière de réduction de leurs coûts.

Aujourd’hui, plus personne ne doute de la puissance des data et de leur rôle crucial comme moteur de croissance et de performance.

Pourtant, cet actif devenu éminemment stratégique ne bénéficie pas toujours d’une gouvernance à la hauteur de ces enjeux et d’une pression réglementaire accrue. Selon une de nos récentes études, 60 % des 600 entreprises interrogées estimaient que la gouvernance de leur data n’était pas assez structurée et efficace. Nos clients se plaignent souvent de la pertinence, de la cohérence et de l’accessibilité de leurs données. Une problématique aiguë au moment où le déploiement à grande échelle de la transformation digitale et le développement des nouvelles technologies de l’intelligence artificielle doivent être mis en oeuvre rapidement au risque de se laisser distancer. Les opportunités offertes par les data n’ont jamais été aussi prometteuses. Un leader de l’industrie des biens de consommation a généré plusieurs centaines de millions de dollars par an en personnalisant à l’extrême son offre grâce à l’intelligence artificielle et à l’intégration de données externes de qualité.

Seule une gouvernance solide permet d’accélérer et d’optimiser l’activité digitale tout en garantissant la sécurité et le respect d’un cadre réglementaire parfois très contraignant comme dans la banque ou l’industrie pharmaceutique. Trop d’entreprises considèrent encore que tout ce qui concerne les données reste le champ exclusif de l’informatique. C’est une approche trop restrictive pour cet actif stratégique de leur modèle économique. Une gouvernance solide s’articule autour de quatre piliers : la structure des données, les règles et les outils de gestion des données et, enfin, le modèle de management. Monter en compétences et développer de bonnes pratiques dans ces domaines permet de maîtriser, de sécuriser et d’optimiser le cycle de vie des data.

La structure des données représente le socle sur lequel se construira la gouvernance. L’organisation et le classement des data au sein des glossaires, des domaines ou encore des dictionnaires de métadonnées conditionnera la qualité et la pertinence des données. Ces tâches exigent aujourd’hui une approche rigoureuse adaptée aux enjeux business de l’entreprise. Un leader de l’industrie du luxe a dû s’interroger longuement afin d’affiner le classement des données relatives à ses différents points de vente (boutiques en propre, corners, etc.) Une fois organisées, les données sont attribuées à des domaines d’application spécifiques. Il s’agit d’un arbitrage exigeant et compliqué, mais essentiel pour la fluidité de la gouvernance et l’accessibilité des données.

Deuxième colonne vertébrale de l’édifice, les règles de gestion et d’exploitation des data. En déployant d’ambitieuses politiques sans les cibler sur les points critiques, certaines entreprises se trouvent vite confrontées à une inflation bureaucratique contre-productive. Elles doivent concentrer leurs efforts sur une définition précise de la qualité des data, des indicateurs de pilotage et identifier clairement les responsabilités.

Le développement des outils de gestion des données doit adopter la même approche en simplifiant et en ciblant les priorités. Enfin, pour piloter cette gouvernance, le modèle de management doit s’ouvrir à toutes les parties prenantes issues du business et des services de l’informatique autour du responsable digital et de ses équipes.

Le niveau de décentralisation et d’autonomie dépend de la maturité digitale de l’entreprise et peut évoluer dans le temps. Une gouvernance structurée et robuste ne produit pas uniquement des bénéfices à court terme en optimisant l’exploitation des données. Elle est l’une des clés, à plus long terme, de la réussite de la transformation digitale.