Par Mathieu Flecher (*), DSI d’une entreprise industrielle française

Une fois n’est pas coutume, je ne m’attarderai pas sur un sujet propre à nos vies de DSI. Quoique.

Le 2 décembre dernier, comme en témoigne une autre page de ce magazine, il y avait un anniversaire. C’était les 50 ans d’une vieille dame. Les 50 ans de l’Adira. Une association lyonnaise qui regroupe des centaines d’entreprises adhérentes, qu’elles soient utilisatrices et consommatrices de services digitaux (sous-entendu représentées par leur DSI) ou bien ESN (sociétés génératrices ou intégratrices de services numériques). 50 ans, donc 1969. Digital, donc 2019.
Comment est-ce compatible ? Comment une – si – vieille dame peut-elle se prévaloir de digital, lequel est plutôt l’apanage de souplesse, de jeunesse, d’esprit disruptif ? J’étais curieux de voir cela. J’ai été embringué par un collègue DSI qui fréquente cette association, qui pour moi, à première vue, n’est qu’un club de DSI ou d’ESN qui, de temps en temps, se réunissent pour boire deux ou trois coupettes de champagne, se raconter les derniers potins en matière d’IT, ou se faire briller dans des projets qu’ils n’ont toujours pas finis. Le tout sponsorisé par un – gros – éditeur ou constructeur. Tout cela est tellement loin de l’image que je me fais du digital…

Le format de la salle (un ancien hangar réhabilité dans le quartier de Perrache) n’était pas à proprement parler un lieu festif. Une disposition avec de belles rangées de chaises bien alignées, des DSI en costume, bien chambrés d’ailleurs par le Monsieur Loyal de la soirée : ça part mal tout cela !
Le premier débat ? Quatre vieux messieurs, tous tristes. Pas très digital tout ça.
Et puis, progressivement, les choses évoluent… Trois femmes avec une vision de l’IT qui redonne du sens ; une ouverture sur les progrès de la science avec l’excellent Karim Benchenane, chercheur – qui trouve ! – au CNRS et sa fameuse conférence sur l’inception, ou possibilité d’implanter des souvenirs de manière artificielle chez un individu à son insu. Peu de choses à voir avec le digital ? Quand même si.

Après les conférences, j’ai discuté avec beaucoup de gens pour mieux comprendre le fonctionnement de l’Adira. Comprendre pourquoi avoir 50 ans n’était pas forcement incompatible avec le digital. En vrac et en anaphore ?

Parce que, dans une telle association, avoir un « shadow conseil d’administration » dont les membres ont moins de 30 ans, je trouve ça totalement digital, surtout si on les écoute et que l’on suit leurs prérogatives.

Parce qu’avoir une personne dédiée qui anime les réseaux sociaux est totalement dans l’esprit de l’innovation digitale.

Parce que ce n’est ni un club d’informaticiens, ni un club d’ESN, mais que le mélange des deux est favorisé pour combiner l’ensemble dans quelque chose de plus novateur, à mon goût, qu’un simple « club » de DSI.

Parce que défendre la pluralité des groupes de travail en mélangeant des thématiques diverses et variées – achats IT, architecture et innovation, capital humain, intelligence artificielle, femmes de l’IT, ou encore juridique et marketing digital – résonne à mes oreilles de DSI et relève à mon sens d’une véritable volonté de couvrir à la fois des domaines classiques, mais aussi de prospectives.

Parce que proposer un concours qui prime les start-up locales émergentes et donne un coup de pouce à des nouveaux ou plus anciens entrepreneurs de la région est totalement dans l’air du temps.

Parce qu’éveiller les consciences de ses membres en invitant des personnalités reconnues et en proposant des soirées thématiques décalées favorise l’ouverture d’esprit. C’est, l’a rappelé son président Henri Linière, DSI de Geodis, la marque de fabrique de sa déléguée générale, Mary-José Silvain, qui est là depuis la naissance de l’association !

En discutant finalement avec beaucoup d’invités membres de cette association, je me suis aperçu qu’il y avait plein de façons de décrire ses actions, son rôle primordial dans l’écosystème, sa pertinence dans la promotion du digital.
Et chacun vient d’ailleurs y chercher son bout de digital, au travers des rencontres et des échanges. Ce qui fait le digital d’aujourd’hui et de demain, ce sont à la fois les technologies, mais aussi ce que nous en faisons pour nos sociétés, pour notre Société civile.
Ce qui fait qu’une si veille association soit encore là, c’est que finalement, au fur et à mesure des années, entre les IBM, Amazon, Facebook, SAP, Oracle, le Minitel, le Web, le IaaS, le PaaS et le SaaS, elle ait su se glisser à leurs côtés pour accompagner, et ce quelles que soient les ruptures de modèles économiques, les entreprises qui consomment ou qui fournissent ces technologies.

Alors bon anniversaire Adira, et je m’en vais de ce pas remplir mon bulletin d’adhésion.

(*) Mathieu Flecher est le pseudonyme d’un DSI bien réel