Data / IA

Enedis mise sur Power BI et Dataiku pour démocratiser la data

Par Alain Clapaud, publié le 22 mai 2024

Engagé dans les transitions énergétiques, le gestionnaire du réseau électrique français veut diffuser les usages de la data dans ses directions régionales pour stimuler l’innovation en interne. Un programme vise à ouvrir 10 000 sources de données Enedis à une population bien plus large que les seuls data scientists grâce à la combinaison originale de Power BI et Dataiku .

Avec 1,4 million de km de lignes électriques, 800 sites et 35,6 millions de compteurs, Enedis gère le plus grand réseau de distribution électrique d’Europe. Un réseau aujourd’hui concerné par les nouveaux enjeux environnementaux, par exemple via l’arrivée de nouvelles sources d’énergie ou par l’évolution des usages, notamment la multiplication des bornes de recharge pour les véhicules électriques.

La donnée va jouer un rôle clé dans cette transition. Enedis dispose déjà d’une centaine de data scientists en interne qui travaillent notamment sur la courbe de charge du réseau et sur la production d’open data à destination des collectivités. L’entreprise doit aujourd’hui aller plus loin : « Il y a deux ans, nous avons souhaité faire profiter de cette data à la totalité de l’entreprise et de nos collaborateurs, explique Benoît Locu, responsable des Innovation Labs d’Enedis. Cette donnée est nécessaire à notre transition. Nous voulons l’ouvrir à un maximum de collaborateurs, et plus seulement à quelques happy few. »

Ouvrir la data aux collaborateurs et managers en région

En 2022, un vaste programme est donc lancé. Mis en place à destination des directions régionales, il a été baptisé Data DR. Il s’appuie sur quatre grands piliers : un processus d’accès à la donnée unique et simplifié, une cartographie extensive des sources de données, le respect de la conformité et enfin la mise à disposition d’outils de manipulation des données réellement utilisables par tous.

La cartographie a d’abord fait apparaître pas moins de 10 000 objets métiers différents. Devant une telle diversité de sources de data, l’équipe a dû prioriser celles qui allaient être ouvertes aux utilisateurs. « Nous avons décidé d’adopter une approche basée sur les cas d’usage. Ce n’est pas une démarche aussi intuitive qu’il paraît car, dans le monde de la donnée, on pense souvent à mettre à disposition tout ce qui est disponible avant de voir ce que l’on va en faire. Or si on attend de pouvoir donner accès à nos 10 000 objets, cela va demander beaucoup de temps et potentiellement coûter très cher. L’idée est plutôt de partir de cas concrets et de cibler directement les bonnes données pour les bonnes personnes, créer de la valeur et générer un effet boule de neige. »

Un autre point clé du programme fut de choisir les outils qui allaient permettre aux utilisateurs d’exploiter ces données au quotidien. « L’ADN du projet, c’est son côté “pour tous”. On ne peut imposer le langage Python à tout le monde et mettre à disposition des objets trop compliqués. N’importe qui doit pouvoir manipuler ces données dans de bonnes conditions après quelques heures de formation. »

L’équipe projet a fait le choix de s’appuyer sur deux outils complémentaires : Microsoft Power BI et la plateforme Dataiku. « Ces solutions s’appuient sur d’autres briques logicielles qui vont chercher des données dans nos systèmes d’information, dans notre data lake Hadoop et nos data warehouses Teradata. Nous mettons notamment en oeuvre la solution de virtualisation des données de Denodo. Néanmoins, c’est cette partie d’interface utilisateur qui reste la plus importante de l’architecture, car c’est elle qui va faire la réussite de l’approche data pour tous. »

Enedis a fait le choix de Power BI et de Dataiku pour donner l’accès aux données internes à tous ses collaborateurs.
Power BI est l’outil privilégié pour créer des dataviz.
Tandis que Dataiku est considéré comme un outil de manipulation de données en mode low-code / no-code.

Le choix de déployer le dispositif par cas d’usage a rapidement porté ses fruits. Data DR compte aujourd’hui environ 300 utilisateurs quotidiens, avec un nouveau cas traité tous les trois jours. Parmi eux figurent l’anticipation de la charge des centres d’accueil d’Enedis qui traitent huit millions de contacts client par an, ou encore le pilotage des actions de raccordement des nouveaux abonnés. « Depuis 2022, nous avons concrétisé une centaine d’initiatives et mis à disposition plusieurs centaines d’objets métiers. Même sans atteindre les 10 000 du total, nous arrivons déjà à produire de la valeur. »

Les 25 Enedis Labs mis à contribution

Pour mettre en place le programme puis détecter ces cas d’usage auprès des directions régionales, Benoît Locu s’est appuyé sur des structures préexistantes chez Enedis, notamment sur l’expérience et les outils mis en œuvre par la digital factory.
D’autre part, il a pu faire appel au réseau des 25 Enedis Labs, des laboratoires d’innovation répartis dans toute la France. « Nous les avons sollicités pour capter les cas d’usage, et faire les allers-retours entre nous, qui fournissons les services et les données, et les utilisateurs en régions qui ont besoin de ces données. Ainsi, nous avons des professionnels de la donnée qui interviennent dans le processus et nous avons un contact de qualité avec les régions pour aller détecter ces cas. »

Benoît Locu

Responsable des Innovation Labs d’Enedis

« Nous avons cherché des solutions low-code / no-code pour que tous les collaborateurs puissent facilement manipuler les données et devenir des data citizens. »

Après un an et demi de travail, Benoît Locu dresse un premier bilan : « Les outils ont été plébiscités. Nous avions souhaité en trouver qui soient adaptés à nos collaborateurs, faciles à prendre en main, fiables, et cet objectif est atteint. Nous avons de très bons retours de nos utilisateurs et c’est une vraie réussite. » 
Le responsable se félicite du dynamisme de la communauté, avec ces centaines de personnes qui utilisent les solutions chaque jour.

Par contre, côté ouverture des données, des progrès doivent encore être accomplis et l’objectif des 10 000 sources de données est encore lointain : « Il nous manque encore des données importantes à aller chercher. Cela nous bloque sur certains cas d’usage, il faut que nous allions les chercher. »

Par ailleurs, les difficultés d’intégration et le coût des connecteurs interrogent sur la pertinence de connecter des applications en fin de vie et sur le point d’être remplacées.

Enfin, Benoît Locu veut améliorer la rapidité avec laquelle il met à disposition de nouvelles données. « Nous nous sommes fixés un délai de deux semaines pour délivrer une donnée demandée par un utilisateur. Sur certains cas d’usage, nous parvenons à tenir ce KPI, mais sur d’autres il peut atteindre de trois semaines à un mois, jusqu’à trois mois parfois. Nous devons encore progresser, car un délai court participe aussi à la satisfaction des utilisateurs. »

Benoît Locu travaille aussi à améliorer le positionnement de Data DR vis-à-vis des SI nationaux. En effet, il faut désormais décider si un projet analytique doit être porté par l’un des systèmes de business intelligence existants ou s’il va rallier Data DR. Chaque projet doit faire l’objet d’un arbitrage. Un recalage des périmètres de chacun devrait permettre à l’ensemble d’être plus efficace collectivement.


Les chiffres du projet

100 cas d’usage traités

300 utilisateurs quotidiens

150 objets métiers mis à disposition, soit 500 attributs


L’entreprise Enedis

Activité : Gestion de réseau électrique
Effectif : 39 200 collaborateurs
CA (2022): 15,2 Md€


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