Hélène Chinal est une femme d’action. Si l’informatique est venue à elle un peu par hasard, sa motivation et son sens du devoir auront fait d’elle un leader reconnu de ses pairs.

Ingénieur en travaux souterrains. C’est ce que souhaite devenir Hélène Chinal lorsqu’elle entre à l’École des mines de Saint-Étienne en 1978. Pourtant, ses désirs sont vite anéantis par les traditions de l’institution. « Pas de femmes dans cette filière », lui fait-on comprendre. « On a voulu m’orienter vers la gestion, comme la plupart des filles, mais je détestais ça », confesse-t-elle.
Au hasard des options, elle se dirige vers l’informatique. Une matière qui lui plaira d’emblée. Dans sa classe, elle rencontre alors un camarade qu’elle décrit comme « un petit génie de l’informatique ». Il choisira de travailler avec elle sur ses projets d’étude et lui donnera l’envie de poursuivre dans cette voie. Sortie de l’école, Hélène Chinal se lance dans la gestion de projets et entre chez Capgemini en 1981. « J’ai pris le poste le moins bien payé mais qui me semblait être le plus intéressant », admet-elle. Elle y évoluera finalement durant une majeure partie de sa carrière professionnelle et franchira les étapes avec succès. De simple concepteur- développeur de logiciels, elle devient rapidement chef d’équipe, directrice de projet puis directrice d’unité (1997).

Travailleuse acharnée. En 1996, Hélène Chinal mène un grand projet lorsque son médecin lui ordonne de tout arrêter : « J’attendais ma fille et le médecin m’a imposé de stopper mon activité ». Si elle ne se rend plus au travail pendant six mois, Hélène Chinal continue de recevoir ses supérieurs à la maison pour les habituelles réunions de travail. Au bout de six mois chez elle, son mari n’en peut plus : « Il me suppliait de retourner travailler, je devenais insupportable », sourit-elle. Sa situation de femme n’a toutefois jamais été un obstacle dans le monde de la technologie, même si celui-ci est encore « très masculin » constate-t-elle. « Je me suis toujours plu dans ce que j’ai fait et je me suis beaucoup amusée intellectuellement ».
De retour chez Capgemini, elle est finalement convaincue par le président fondateur de Linbox, jeune start-up spécialisée dans le logiciel libre, de le rejoindre comme directrice générale adjointe afin de structurer et sécuriser le développement de son activité. Elle y découvrira un monde particulièrement intéressant. « Le nombre de cerveaux dans le monde du logiciel libre est incroyable. J’ai eu la chance de travailler avec des personnes passionnantes » déclare-t-elle. Elle retrouve finalement le groupe Capgemini en 2002 comme directeur des opérations, puis devient membre du comité de direction en 2010 avec une mission de développement pour l’ensemble du groupe.

Technicienne avant tout, au fil du temps, Hélène Chinal évolue. « Un problème technique est compliqué, mais un problème humain l’est d’autant plus », estime-t-elle. Pourtant, à travers des postes de plus en plus orientés « management », Hélène Chinal a pris goût à ce type de problématiques. Elle s’engage d’ailleurs désormais dans plusieurs réseaux dédiés à la promotion des femmes dans le numérique. « On m’a approchée un jour pour monter une association de femmes au sein de Capgemini. J’ai dit oui ». Elle se retrouve ainsi à la tête du réseau féminin Women@Capgemini et est notamment impliquée dans les activités de Femmes du Numérique, le réseau du Syntec. « Ce qui est dommage c’est que ce type de réseau soit plus utilisé par les femmes pour leurs carrières que pour défendre des idées », déplore-t-elle. Pour Hélène Chinal, beaucoup reste à faire pour les femmes dans l’informatique, de leur propre côté. « C’est du côté des femmes qu’il faut parfois ouvrir les esprits. Le monde de l’informatique, lui, est ouvert aux femmes. Pourtant, beaucoup ne tentent pas l’expérience ».
Hélène Chinal est aussi une femme de passion. Cette accro de lecture et adepte du yoga de longue date est aussi une musicienne confirmée. Piano, guitare, elle aura su transmettre sa passion à sa fille « je dois travailler pour être à son niveau, ça m’énerve », sourit-elle. Malgré un oeil satisfait sur son très beau parcours, cette grande adepte d’art déclare malgré tout que si tout était à refaire, elle prendrait peut-être une voie de… commissaire-priseur. « J’aurais aimé travailler dans l’art. J’adore les ventes aux enchères, c’est une véritable passion. Je n’ai jamais eu de plan. Les personnes qui ont des plans de carrières, je ne sais pas comment elles font ».

 

Adrien Geneste