A la tête de Kima Ventures, Jeremie Berrebi a soutenu cette année une trentaine de sociétés à fort potentiel. Ses atouts : une connaissance fine du marché et un carnet d’adresses bien rempli.

Avoir une longueur d’avance, c’est ce qui anime Jeremie Berrebi, le cofondateur (avec Xavier Niel) de Kima Ventures. Ce fonds d’investissement international se consacre aux start up du Web, des télécoms, des médias et des jeux vidéo. Adolescent, ce touche-à-tout rêvait d’être journaliste dans l’informatique “ pour être au courant de ce qui se passe avant tout le monde ”.

Flair et rigueur. Si Xavier Niel finance Kima Ventures, Jeremie Berrebi gère les investissements. La somme débloquée se monte à 150 000 dollars dans 95 % des cas. L’an dernier, il a investi dans 40 sociétés ? souvent au moment même où le service commençait à décoller ? et dans une trentaine depuis le début de l’année. Parmi les plus récentes, des pépites comme MyWifiPassword, Betterdoctor, ou encore Sush.io, spécialisée dans la gestion de factures pour les TPE-PME.

Chaque jour, ce patron atypique de 35 ans reçoit de 20 à 50 dossiers des quatre coins du monde, et n’en retient pas plus d’un sur 100. Pour les sélectionner, Xavier Niel et lui ne s’entretiennent que par courriel ! Il faut dire que le premier vit à Bnei Brak, en Israël, où il analyse seul les dossiers, tandis que le second réside à Paris, d’où il valide ses choix. “ En investissant dans une ou deux start up par semaine, nous ne pouvons pas trop discuter. Plus il y a de monde autour de la table, moins les décisions se prennent vite ”, affirme-t-il.

Sa méthode ? Il l’a forgée en décortiquant les ingrédients de la réussite de grands acteurs du high-tech comme Google ou Apple. “ Tous répondent à un besoin très simple. Lorsque Google est apparu, il y avait un vrai problème de recherche sur Internet ”, résume-t-il. Son premier réflexe : s’assurer que le produit ou le service proposé par la jeune pousse colle à une véritable attente. “ C’est l’effet Waouh. On doit pouvoir se dire que cette invention répond à un besoin clair et précis. Certaines idées sont intellectuellement intéressantes, mais ne servent à rien ! ” Ensuite, il regarde à combien de personnes ce service est destiné. “ Plus le marché est large, plus c’est intéressant. ” Avec ces deux critères, il filtre 90 % des dossiers.

Coach et artiste. Ce père de neuf enfants anime aussi un réseau d’entraide qui permet à 180 fondateurs de start up de communiquer via Skype. Il accompagne ? par courriel ? les entrepreneurs au jour le jour, dans les prises de décision, le recrutement, les levées de fonds, la recherche de partenaires, et même dans la gestion de conflits ! “ Les guerres entre fondateurs sont courantes. Ils se connaissent parfois depuis peu et, comme ils vivent un ou deux ans de très forte pression, leur relation peut vite passer de l’amitié à la haine. ” Jeremie Berrebi tient aussi à garder un pied dans l’entrepreneuriat. Il dirige, depuis un an, l’agence de développement Web et mobile Koolagency, qui lui appartient à 100 % et compte huit collaborateurs.

Comment trouve-t-il le temps d’étudier le Talmud quatre heures par jour ? Il n’a ni télévision ni ordinateur, et s’est débarrassé de ce qui prenait trop de place dans sa vie “ pour rien ” (son smartphone, Facebook…). “ J’ai une très belle maison, je n’ai besoin de rien de plus… Je travaille uniquement pour aider mes enfants à bien démarrer. ” Dans sa vie professionnelle comme en privé, c’est là sa force : ne jamais perdre de vue l’essentiel.