Comme avec toutes innovations de rupture, l’agenda d’adoption de l’IA dans les entreprises reste incertain, mais la rapidité de son adoption est un point crucial qu’aucune entreprise ne doit sous-estimer.

Par Antoine Gourévitch, Directeur associé senior, BCG

Antoine Gourévitch, directeur associé senior BCG

Personne ne doute du rôle déterminant que jouera l’intelligence artificielle dans la croissance et la performance futures des entreprises. La puissance prédictive de ces nouvelles technologies intéresse aujourd’hui toutes les industries. Du marketing, au commercial, à la gestion des ventes en passant par la finance, le déploiement de leurs solutions s’accélère dans de très nombreux secteurs et mobilise les ressources et les investissements.

Comble du paradoxe, les directions informatiques des entreprises restent à la traîne, malgré les promesses de réduction des coûts et de création de valeur portées par l’IA et confirmées par une de nos études auprès de 112 directeurs des systèmes d’information.
Comme toujours avec les innovations de rupture, l’agenda reste incertain, mais la rapidité d’adoption est un point crucial pour les entreprises. Des leaders s’y sont déjà engagés et devraient bientôt être suivis. Plus de 40 % des décideurs prévoient ainsi d’utiliser des solutions issues de l’IA dans leurs opérations informatiques avant la fin 2021.

Une opportunité de gagner en productivité

Le marché, de son côté, évolue également rapidement. On estime à 13,8 Md$ le poids des outils de l’IA dans le domaine informatique, soit une croissance annuelle de 100 % depuis 2017.
La force de l’AIOps (Artificiel Intelligence for IT Operations) repose sur la combinaison des technologies du big data, de l’intelligence artificielle et du machine learning.
Ces solutions représentent une opportunité unique pour les services informatiques de gagner en productivité, de libérer leur propre valeur ajoutée et de devenir ainsi un partenaire stratégique pour l’entreprise. Face à la complexité croissante des opérations et des data née de la révolution digitale, ils restent aujourd’hui encore trop souvent concentrés sur les tâches quotidiennes de gestion des alertes et de résolution des incidents.

Malgré les progrès apportés par le cloud, la direction informatique peut donner l’impression de se contenter de réagir aux problèmes plutôt que de les prévenir et d’être lente à se transformer. Dans le même temps, la pression et les exigences de la digitalisation ne cessent de croître dans un budget contraint.

Sans une approche plus prédictive, proactive et automatisée, ces enjeux sont de plus en plus difficiles à relever. Or, les technologies de l’intelligence artificielle apporteront des réponses automatisées à la plupart des tâches stratégiques actuellement opérées de façon manuelle par les équipes informatiques. Les algorithmes de l’AIOps pourront ainsi assurer une surveillance fine de l’ensemble des applications en cours de déploiement dans l’entreprise et au sein d’un large écosystème. Ils fourniront un diagnostic des risques imminents et généreront de solides outils d’analyse prédictive et de recommandation.

Un déploiement par étapes

Comme pour la plupart des technologies émergentes, leur déploiement se fera par étapes et exige d’ores et déjà de l’anticipation. Certaines solutions de l’AIOps sont déjà utilisées dans trois domaines par quelques entreprises pionnières.
Le premier couvre la détection d’anomalies et la construction de modèles sophistiqués capables de passer automatiquement au crible tout événement suspect, et ce à grande échelle.
Le deuxième champ d’applications de l’AIOps en cours de déploiement permet de catégoriser les alertes selon leur pertinence et de les prioriser en fonction de leur impact. Libérés de ces tâches, les équipes informatiques peuvent se concentrer sur la mise en œuvre d’actions de résolution ciblées.
Enfin, certains outils de l’AIOps trient les alertes et les associent entre elles pour les traiter en un seul incident. Les équipes informatiques analysent ensuite les corrélations entre ces incidents de même nature pour créer un « service desk » automatisé.

En l’état de l’art, les fournisseurs de solutions d’AIOps foisonnent et il faudra encore quelques années pour structurer cet écosystème. Mais les choses, là aussi, vont vite. Face aux enjeux organisationnels et technologiques qu’implique l’adoption de l’AIOps au sein des services informatiques, les décideurs ont tout intérêt à s’y préparer dès maintenant en mode agile.