Premier groupe laitier mondial, Lactalis se prépare à basculer sur sa propre infrastructure de cloud privé avec pour ambition de fournir à ses filiales un niveau de service équivalent à celui des grands prestataires de cloud public. Colossal, le projet est en préparation depuis trois ans et devrait être amorti en moins de cinq ans.

Le moins que l’on puisse dire du projet Lactic de la multinationale française de l’industrie agroalimentaire, c’est qu’il est à contre-courant : à l’heure où les entreprises évoluent vers le cloud hybride et le multicloud, le leader mondial des produits laitiers a décidé de remplacer ses 80 datacenters externalisés par 10 complètement gérés en interne.

Il est aussi très ambitieux : Lactalis s’est donné moins de deux ans pour mener à bien cette transformation radicale qui va bien au-delà d’une simple transposition d’actifs informatiques.

Simplifiée, rationalisée, modernisée… son infrastructure va subir un lifting sévère. « Lactalis s’est construit par croissance externe avec la volonté de ne pas réinventer la roue à chaque fois, explique Arnaud Desbordes, IT infrastructure manager du groupe. À date, l’informatique du groupe est composée de plus de 80 salles machines, 4  200 serveurs, 40 versions de systèmes d’exploitation différentes, 12  500 CPU et 2 pétaoctets de données, le tout réparti sur 80 pays et utilisé par 35  000 collaborateurs. Dit autrement, nous étions confrontés à une infrastructure très hétérogène, héritée des rachats successifs, très difficile à maintenir et extrêmement coûteuse en ressources humaines, en risques, etc. Avec la rationalisation et la simplification pour objectifs, Lactic est à la fois le résultat de notre culture interne – nous avons pour habitude de faire les choses nous-mêmes – et d’une volonté de gagner en agilité. »

ARNAUD DESBORDES,
IT infrastructure
manager du groupe
« Je suis d’autant plus heureux de ce choix qu’il facilite le recrutement: un tel projet avec un terrain de jeux technologique aussi vaste attire forcément les nouveaux talents »

Projet IaaS, Lactic s’inscrit dans une démarche Cloud Management Plateform, l’objectif de Lactalis étant d’offrir un niveau de service similaire à celui d’un Azure, d’un AWS ou d’un GCP au sein du groupe.
Pour Arnaud Desbordes, il ne s’agit donc que de la première brique, l’objectif à plus ou moins long terme étant de fournir un catalogue de services PaaS.

Mûrement réfléchi, soigneusement préparé, le projet a réellement débuté en janvier 2018 par des études, des inventaires, des cadrages…Première étape, la phase de design général a monopolisé environ 40 personnes sur 2  000 heures de travail. Afin d’encadrer le projet, Lactalis a ensuite missionné 35 personnes sur une durée d’environ 1  300 heures pour définir la gouvernance. Quelque 70 personnes (internes et externes) ont ensuite travaillé sur deux mois à raison de trois heures par jour sur le design détaillé. « Nous sommes repartis d’une feuille blanche pour éviter de recréer de l’hétérogénéité en nous adaptant aux spécificités de chacun, précise Arnaud Desbordes. Pour atteindre notre objectif, à savoir fournir des ressources aussi simplement que les prestataires de cloud public, nous devions automatiser au maximum notre infrastructure, raison pour laquelle nous nous sommes orientés vers l’hyperconvergence pour construire notre core-model d’infrastructure. »

Deux autres facteurs expliquent également ce choix : une administration centralisée et simplifiée du compute, du stockage et du réseau à partir d’une console unique et une montée en charge facilitée par l’ajout de nœuds.
Pour les mêmes raisons, le groupe a opté pour des sauvegardes sur bandes virtuelles et rationalisé le nombre de systèmes d’exploitation autorisés au sein du groupe : deux versions de Windows (+ 2 plus anciennes pour conserver certains applicatifs qui ne méritent pas d’être rénovés) et quatre distributions de Linux contre les 40 systèmes d’exploitation différents auparavant.

En lieu et place de ses 80 datacenters existants, Lactalis disposera début 2024 de cinq paires de datacenters – une par continent – qui proposeront la même infrastructure. Chaque filiale sera reliée à son datacenter par un réseau SD-WAN en cours de construction. À l’exception de l’Europe où le groupe dispose de ses propres datacenters, Lactalis louera des emplacements chez les grands prestataires pour héberger son infrastructure de cloud privé.

Pour l’heure, le groupe finalise encore quelques éléments à la marge de son design détaillé. Le choix des intégrateurs est encore en cours et le groupe vient tout juste de commencer à passer les premières commandes des solutions matérielles et logicielles. Les négociations étant encore en cours, Arnaud Desbordes préfère rester discret sur ses fournisseurs. La première migration est prévue pour Noël 2021 et ce sont les États-Unis qui ouvriront le bal.

Confiant malgré le timing très serré, le responsable de l’infrastructure IT est convaincu qu’il tiendra les délais grâce au colossal travail préparatoire effectué en amont : « Tout le groupe a participé à la construction de ce projet, chaque direction IT ayant la responsabilité d’un ou plusieurs périmètres, explique-t-il. Nous avons la chance de disposer d’un existant avec très peu d’adhérences, ce qui simplifie considérablement notre démarche. De la même façon, nous avons évalué le travail nécessaire pour rationaliser le nombre de systèmes d’exploitation et il est assez léger. Exception faite de quelques serveurs trop spécifiques, même nos serveurs AS/400 seront migrés vers notre infrastructure de cloud privé sous forme de VM. La gestion de certains automates, en revanche, restera sur site : ils présentent trop d’adhérence et ne supportent pas la latence engendrée par une connexion au cloud. »

Arnaud Desbordes reconnaît toutefois que les débuts de Lactic ont été difficiles. Mais l’implication à tous les étages de la hiérarchie a fini par convaincre les directions régionales qu’il valait mieux adhérer que subir. « Dès le début, nous avons cherché à impliquer nos experts internationaux pour enrichir le projet de leurs compétences. Côté métier, certains ont été plus difficiles à convaincre que d’autres. Mais globalement, les directeurs ont réalisé qu’ils allaient gagner en résilience, en cybersécurité ou encore en coûts, notamment dans les pays où nous n’avons pas une présence suffisante pour justifier d’une équipe IT complète. »

Entre les coûts évités et les économies réalisées grâce à la rationalisation et à la mutualisation des achats, Lactalis prévoit d’amortir son projet en cinq ans. Autant dire que malgré les moyens déployés pour moderniser l’infrastructure et gagner en agilité, Lactic devrait générer des gains énormes tout en contribuant à la réduction de l’empreinte numérique du groupe.

L’ENTREPRISE

ACTIVITÉ : Industrie agroalimentaire

EFFECTIF : 85 000 collaborateurs dans le monde

CA : 21,1 Md€ (2020)