Pierre Matuchet, directeur général de VSC Technologies(filiale informatique de Voyages SNCF), exploite certains avantages du cloud computing, mais ne l’estime pas suffisamment mature pour un environnement de production critique.

Comment utilisez-vous le cloud computing ?

Depuis un an, nous recourons au cloud pour le développement, le test et le recettage de certaines applications de Voyages-sncf.com. C’est un des plus gros sites marchands européens, avec un million de visiteurs uniques par jour et des pics de 14 réservations à la seconde. Etant constamment soumis à de fortes charges, l’infrastructure informatique doit être hautement disponible. Nous avons retenu l’offre cloud Amazon Web Services pour tester des configurations et des architectures complexes. Le cloud nous permet d’effectuer ces tâches plus vite que dans un datacenter classique, et donc d’être plus réactifs.

Pouvez-vous nous donner un exemple de projet réalisé avec Amazon Web Services ?

Nous venons d’ajouter sur le site un calendrier des prix, qui indique aux internautes les meilleurs tarifs disponibles sur un trajet sur une période d’un mois. Ces informations nécessitent de manipuler un gros volume de données. Pour pouvoir les afficher rapidement sans surcharger le système de réservation central, nous dupliquons une partie de notre base de données dans des serveurs caches, à partir desquels nous effectuons les calculs décisionnels. Il s’agissait d’un projet très technique, et le cloud nous a aidés à tester plusieurs types de configurations. Ce chantier a duré six mois. Grâce au cloud, nous avons économisé un mois.

Pourquoi ne recourez-vous pas au cloud en production ?

Les engagements de niveaux de service proposés par les offres cloud ne sont pas acceptables pour un site tel que Voyages-sncf.com. Leur niveau de sécurité constitue également un frein, surtout lorsque l’on gère des données clients. On ne sait pas où elles sont stockées, ni comment. En revanche,on pourrait envisager l’utilisation du cloud en production pour des applications moins critiques, comme celles de back office.

Comment garantir la disponibilité d’un site tel que Voyages-sncf.com ?

Il y a un an et demi, nous avions quelques soucis de disponibilité et de fiabilité sur le site. Depuis, son architecture a été renouvelée et musclée. Les ressources techniques ont été multipliées par quatre, en nombre de serveurs, de pare-feu, de bases de données… Mais cela n’a de sens que si l’on est capable de mesurer la satisfaction du côté des utilisateurs. Avec les directions métier, nous avons défini quatre indicateurs de qualité, représentatifs du parcours client sur le site et mesurés grâce au service d’audit d’ip-label. De plus, afin d’impliquer chaque collaborateur de Voyages SNCF, 20 % de leur salaire variable sont liés à l’atteinte de ces objectifs.

Pierre Matuchet

1992 : débute sa carrière à la SFAC.

1994 : directeur des opérations informatiques chez Givenchy.

De 1998 à 2007 : directeur général adjoint d’Optims, directeur général d’Otedis, puis directeur distribution hôtelière chez Amadeus.

2007 : DOSI et directeur e-commerce chez Thomas Cook France.

2009 : directeur général adjoint chez VSC Technologies.

2010 : DG VSC Technologies