Louer une application sur Internet au lieu de l’acheter permet de réaliser des économies. Mais attention ! Le prix réel du cloud doit se calculer sur le long terme.

Plus de salle machines à entretenir, aucun serveur à acquérir, ni d’ingénieurs réseau à recruter… Si l’on écoute les fournisseurs d’applications dans le nuage, le cloud serait finalement le rêve des directeurs financiers plutôt que celui des DSI ! L’argument du prix fait mouche, particulièrement auprès des PME, auxquelles le principe du paiement à l’usage donne au cloud des airs de low cost à haut niveau de service.

“ Avec l’informatique en nuage, nous accédons à des logiciels que nous n’aurions jamais pu mettre en place s’il avait fallu investir dans des serveurs et du personnel ”, se réjouit Julien Chambert, directeur de la gestion et des systèmes d’Avexia. En migrant sa messagerie sur Google Apps, ce réseau d’agences de voyages estime avoir réduit ses coûts de 40 % tout en profitant de fonctionnalités supplémentaires. “ Nous économisons ainsi du temps et de l’argent que nous pouvons consacrer à notre cœur de métier ”, poursuit-il.

Pour les start up, un pari gagnant

Les utilisateurs les plus enthousiastes se rencontrent parmi les start up. “ Les jeunes entreprises du numérique sont les plus grosses consommatrices de cloud computing, car cette formule leur permet de se doter très vite d’infrastructures informatiques performantes ”, témoigne Justin Ziegler, DSI et cofondateur de Priceminister. Si ces sociétés se développent comme prévu, il sera toujours temps pour elles, dans un lointain futur, de reconsidérer leurs choix technologiques. Et en cas d’échec, l’investissement aura été minime…

C’est le pari engagé par Bistri, une jeune pousse parisienne d’une dizaine de personnes. Spécialisée dans le tchat vidéo, la jeune pousse a porté l’intégralité de son infrastructure sur Amazon et Dropbox. Une partie de ses logiciels se trouve sur l’offre Ondemand d’Atlassian. “ Toute notre informatique est dans le cloud. Ainsi, comme les grands groupes, nous pouvons utiliser des grilles de calcul ou des clusters de base de données ”, détaille Emmanuel Venisse, cofondateur de l’entreprise.

Le cloud est aussi un réservoir de puissance à la demande, qui offre la possibilité d’affronter sereinement des pics d’activité imprévus, même lorsqu’on ne dispose pas en interne d’un grand nombre de serveurs. C’est pour cela que les sites d’e-commerce en sont friands. “ Quand 50 % de votre chiffre d’affaires est réalisé sur les deux semaines qui précèdent Noël, ou que vous faites face à une hausse de trafic pendant les soldes ou suite à une publicité à la télévision, rien n’est plus facile que de déployer des infrastructures cloud pour quelques heures ou quelques semaines ”, note Emmanuelle Olivié-Paul, directrice associée du cabinet d’études Markess. Chez Ventadis, la filiale e-commerce de M6 propriétaire, entre autres, du site Mistergooddeal, l’adoption du cloud a contribué à diviser par quatre les coûts d’infrastructures informatiques.

Le faible ticket d’entrée du cloud le rend incontournable pour tout nouveau développement, quelle que soit la taille de l’entreprise. “ Cela permet de démarrer des projets plus rapidement, sans investissement prohibitif ”, estime Michel Tournier, DSI d’Anovo, une société de logistique de 1 200 personnes, spécialisée dans la téléphonie mobile. “ Si, au final, le projet échoue parce qu’en décalage avec les attentes des utilisateurs, le risque financier aura été minimum ”, ajoute-t-il. Autre avantage inattendu : la possibilité d’arrêter à tout moment un service cloud facilite l’acceptation initiale du projet par les salariés.

Partout, cette flexibilité est appréciée. “ Les DSI doivent répondre de plus en plus vite à des demandes urgentes émises par les différents métiers de l’entreprise, affirme Didier Pawlak, DSI du groupe de marketing Quintess. L’an dernier, nous avons eu besoin d’espace disque et de puissance machine pour certains calculs. Nous avons loué pendant six mois une prestation chez Amazon pour 7 euros par mois. Avant, je n’aurais jamais pu mettre en place une architecture éphémère de ce type à ce prix. ”

Pas toujours rentable pour les grands comptes

Mais le problème n’est pas le même pour les entreprises de grande taille. L’équation économique de l’informatique dans le nuage se révèle alors plus complexe à équilibrer. D’abord parce qu’elles disposent souvent d’un outillage déjà conséquent. Ensuite parce qu’un investissement dans le cloud doit s’apprécier sur la durée, en prenant en compte de multiples paramètres (intégration à l’existant, réglages, formations…). D’où des avis divergents sur cette question.

Pour sa part, Pierre-Yves Colin, DSI des laboratoires Vétoquinol (qui compte 1 850 salariés), se montre plutôt réservé sur les économies promises par le nuage. “ Sur le long terme, et s’il y a un grand nombre d’utilisateurs, cela s’avère souvent plus coûteux qu’une solution technique gérée en interne ”, assure-t-il. D’autres structures se contentent de compléter leurs outils existants par du cloud. “ Nos technologies internes restent rentables à grande échelle, explique Robert Demory, en charge du domaine technique et architecture à la DSI du Courrier de La Poste. Mais l’informatique en nuage nous permet de satisfaire des besoins ponctuels de stockage de données ou de fonction collaboratives. ”

“ Attention, met cependant en garde Justin Ziegler. La flexibilité du cloud a un coût sur le long terme. Sur le cœur de métier d’une grosse entreprise, je ne pense pas que ce soit rentable. Mettre une plate-forme de production fortement sollicitée dans le nuage est rarement source d’économies. ” Un avis partagé par Pierre-Yves Colin : “ D’autant qu’il existe des pièges. Certaines offres de cloud à la demande n’en ont que le nom, puisqu’elles fixent le nombre d’utilisateurs sur des durées importantes, ainsi que la facturation correspondante. Le client n’a alors plus aucune liberté une fois le contrat signé. Il n’a d’autre choix que de payer, quel que soit l’usage qu’il fait de la solution, et ce jusqu’au terme du contrat ”, affirme le DSI de Vétoquinol.

Le marché manque encore de transparence

Pour Anne Dubedout, DSI du réparateur en téléphonie Cordon Electronics, ce marché, sur lequel veulent être présents tous les éditeurs logiciels, souffre encore d’une grande immaturité. Et derrière leurs contrats parfois difficiles à déchiffrer, les bénéfices ne sont pas toujours à l’avantage des clients. “ Les offres sont tellement diversifiées dans la forme qu’il est impossible de les comparer : il faut descendre à un niveau de détails techniques où l’on se perd… Sur un exemple précis, j’ai évalué le surcoût à 20 % par rapport à une solution interne finement réglée ! Normal, tranche Emmanuel Houzel, consultant chez Kurt Salmon. Un éditeur qui fait du cloud loue des services sur lesquels il dégage une marge, d’où des offres formatées où se glissent des fonctionnalités parfois superflues et chères. ”

L’autre problème que soulève le consultant, c’est le manque de professionnalisme de certains fournisseurs. “ Il faut se méfier de ce que les SSII vendent comme étant du cloud, et qui n’est que de l’externalisation à bas prix sans garantie de sûreté, insiste-t-il. Le coût réel pour l’entreprise inclut la prise en compte des risques encourus. ” De quoi ressortir sa calculatrice.

Laurant Weill (Visiware) : “ Pour 100 euros, je réserve en trois minutes plusieurs dizaines de serveurs "