En tant que prestataire, lorsque le N+1 de votre interlocuteur DSI demande à vous voir, les choses sont rarement simples. Un exercice de style qui illustre comment certains prestataires se retrouvent en porte-à-faux et peuvent alors avoir ou non la bonne attitude.

Par Gabriel Chataînois, Dirigeant d’une petite société de conseil

La bonne posture, la bonne attitude, le bon ton à employer est un exercice délicat, quand bien même le fond des relations est maîtrisé. Soutenir une proposition, défendre un projet, présenter une organisation sont des éléments importants que votre interlocuteur (qu’il soit DSI si vous êtes prestataire, ou N+1/client interne si vous êtes DSI) va juger et, même s’il s’en défend, auxquels il accordera un poids significatif. Cela fait partie du métier : le marketing (pas forcément digital…) a pris sa place dans tous les domaines.
Lorsque vous maîtrisez votre sujet, lorsque vous êtes à l’aise avec la problématique, lorsque vous avez travaillé le thème, tout ce qui touche au fond, justement, les choses sont plus simples côté forme.

Il est pourtant certaines situations, certains moments de la vie professionnelle pour lesquels il est moins facile que d’autres d’avoir LA bonne posture.
Comme prestataire, lorsque c’est le N+1 de votre interlocuteur DSI qui demande à vous voir, les choses sont rarement simples.

Il m’est arrivé ainsi de me retrouver en face d’un PDG que je n’avais eu que quelques fois l’occasion de croiser, et qui avait demandé à me rencontrer expressément. Que voulait-il ? Je n’avais pas connaissance qu’un de mes consultants ait manqué de respect à l’un de ses proches collaborateurs, que nous ayons rayé sa voiture sur le parking ou que les petits arrangements de facturation que nous avions l’habitude de faire avec son DSI aient été découverts (…réflexion faite, oubliez ce dernier point, cela n’arrive jamais). Que me voulait-il donc ? Dans l’attente de ce rendez-vous, j’avais bien révisé nos prestations, nos factures, nos missions… mais je ne voyais pas l’objet.

Une fois dans son bureau, il m’indiqua assez rapidement qu’il voulait savoir ce que je pensais de son DSI. Petit moment de gêne… intense réflexion rapide… petit sourire sans doute un peu niais… et là, quelle posture adopter ? Dans cette situation, et quel que soit l’avis que vous pouvez avoir sur votre donneur d’ordre habituel, vous ne manquez pas de vous interroger quant à l’objectif. Tester votre fidélité ? Votre honnêteté ? Votre sens aigu de la diplomatie ?

Lorsque vous pensez le plus grand bien de la cible des questions, les choses peuvent être simples : même si vous savez que votre interlocuteur, pour vous poser cette question-là, n’a pas forcément un avis très positif sur son DSI (…ni d’ailleurs une grande élégance : est-ce digne d’un PDG d’interroger un prestataire sur l’un de ses propres collaborateurs ?), autant être sincère et dire tout le bien qu’on en pense. En revanche, lorsque vous n’avez pas une haute opinion sur celui qui, pourtant, vous a fait travailler jusque-là, c’est plus périlleux. C’était le cas pour moi : j’avais une opinion positive sur la personne, mais d’un point de vue professionnel, j’estimais que le DSI en poste n’était pas forcément la meilleure personne à la meilleure place. Je pensais d’ailleurs, sans en être certain, qu’il en souffrait un peu lui-même.

Revenons donc à la situation : le PDG vient de me demander ce que je pense de son collaborateur. Je me souviendrai longtemps des longues secondes de réflexion, avant de lui indiquer simplement qu’il était bien compliqué pour moi de fournir une réponse, et que si je connaissais l’objectif de sa demande, j’aurais peut-être plus de facilité à trouver les bons éléments de réponse. Ouf, j’avais passé le premier round.
Il enchaînait alors : « Que penseriez- vous de nous rejoindre pour être DSI chez nous ? ». Cette fois, nous y étions : il voulait que je remplace son collaborateur. « Pas assez à l’écoute des métiers, trop installé dans sa tour d’ivoire… » : le jugement était cinglant, plutôt réaliste, et probablement commun à bon nombre de DSI (…d’une époque maintenant révolue, rassurez-vous !).

Écrire sous un pseudonyme(*) me permet d’être franc et direct, et de m’affranchir de toute considération de jugement ou d’ego. Et pour le coup, c’est avec facilité que je partage la fin de cette petite tranche de vie : oui, j’étais flatté de sa confiance et de la reconnaissance implicite de notre travail ; non, je ne me voyais pas prendre la place de celui qui m’avait fait travailler jusque-là, en tous cas pas comme cela, pas dans son dos. J’ai donc respectueusement décliné l’offre, le remerciant néanmoins, et expliquant que j’avais une société et que je ne comptais pas m’en séparer rapidement, et que j’allais tenter d’accompagner le DSI en place vers une meilleure écoute.

Pour la petite histoire, cela ne m’a finalement pas beaucoup aidé : le DSI s’est fait débarquer quelques mois plus tard, et son remplaçant a évidemment – il faut marquer son territoire – commencé par faire le ménage dans les prestataires en place et a donc cessé toute collaboration avec nous.

Je fais sans doute partie d’une génération un peu vieillissante, mais quelques adages populaires peuvent avoir du sens : « On ne mord pas la main qui nous nourrit ». Je pense que le DSI en question n’en a jamais rien su, mais ce jour-là, je lui ai sauvé son poste, au moins pour quelque temps.

(*) Gabriel Chataînois est le pseudonyme du dirigeant  d’une société de conseil bien réelle