Lors d’une conférence très attendue à New York, Microsoft n’a pas seulement présenté ses nouvelles gammes Surface. Il a tracé les lignes du futur du PC et de Windows. Une présentation où les non-dits sont plus importants encore pour les DSI que ce qui a été vraiment dévoilé…

Microsoft avait prévenu que sa conférence serait un moment particulier. Et elle l’a été. Mais au-delà des nouveaux devices, la firme dirigée par Satya Nadella a surtout présenté un futur où le PC n’est plus défini par Intel et où les expériences « Dual Screen » sont les mêmes que l’on soit sur des PC Windows mobiles à double écran ou des smartphones Android à double écran.

Une symphonie de processeurs

Tous les produits Surface annoncés le 2 octobre 2019

On le sait depuis déjà longtemps mais le fameux duo « WinTel » qui dictait sa Loi aux beaux jours de Windows 95 n’existe plus. Et les deux parties y ont gagné en autonomie et en liberté. Quand on regarde la gamme 2019-2020 des Surfaces, on constate que ces appareils sont animés – de la même façon – aussi bien par de l’Intel, de l’AMD que de l’ARM ! Une ouverture plus que salutaire.
Intel anime les Surface Laptop 3 « 13 pouces », les Surface Pro 7 et le futur Surface Neo.

AMD a été choisi pour animer le Surface Laptop 3 « 15 pouces » avec une « Surface Edition » spéciale de ses processeurs RYZEN Gen 3. Il en résulte une machine extrêmement performante y compris sur les jeux grâce à la puissance du GPU Radeon RX Vega 11 intégré.

Enfin, ARM est au cœur du nouveau Surface Pro X et du futur smartphone Surface Duo. Microsoft s’est déjà essayé à ARM avec les premières Surface RT 1 et Surface RT 2 mais aussi avec les « Always Connected PC » signés HP, Lenovo ou Samsung. Sans grand succès.
Cette fois-ci sera-t-elle la bonne ? Difficile à prédire. Mais Microsoft n’a pas fait les choses à moitié. Ses ingénieurs ont co-conçu avec Qualcomm le processeur qui anime ce nouveau « 2 en 1 ». Le « Microsoft SQ1 processor » dérive du Snapdragon 8cx mais avec des cœurs CPU et GPU améliorés et spécifiquement calibrés pour exécuter Windows on ARM. Il intègre également un NPU pour accélérer toutes les applications à base d’IA. Ce processeur octocœur fonctionne en 7W avec un « burst mode » à 15W. Il en résulte une autonomie qui avoisine les 14 heures, significativement supérieure aux 11,5 heures annoncées des Surface Laptop 3 et aux 10,5 heures du Surface Pro 7. En revanche, ce processeur boosté et le magnifique écran 13 pouces ne permettent pas à cette Surface Pro X d’afficher les 18 à 20 heures d’autonomie des « Always Connected PC » sous ARM déjà sortis. Toutefois son efficace « Fast Charging » permet de récupérer 80% de la charge en moins d’une heure.

Surface Pro X à processeur ARM

Évidemment le choix d’ARM réduit le niveau de compatibilité de cette Surface Pro X. Mais Microsoft a fait beaucoup d’efforts et de lobbying pour encourager le portage sous ARM 64 bits notamment des navigateurs Chrome et Firefox désormais disponibles. La suite Office 365 est également disponible dans ce format natif. Pour les entreprises, produire des versions ARM64 de leurs applications métiers se résume essentiellement à demander à Visual Studio d’utiliser les compilateurs ARM64. En revanche lorsqu’il s’agit d’exécuter du code Intel, seules les applications Win32 sont supportées (pas les versions 64 bits) à condition qu’elles n’utilisent pas de drivers spécifiques. Bien des jeux semblent également ne pas s’exécuter correctement s’ils n’ont pas été compilés en ARM.
Toutefois, Surface Pro X est sans aucun doute la première véritable chance offerte à Windows d’exister sur ARM. En concevant son propre processeur ARM, Microsoft envoie des signes forts au marché.

À retenir : jusqu’ici Microsoft avait laissé ses partenaires constructeurs essuyer les plâtres encore trop frais de son Windows on ARM. Avec Surface Pro X, l’éditeur passe la vitesse supérieure et démontre qu’il croit pleinement à un futur du PC sur processeur ARM.

Microsoft croit au PC pliable et en invente l’OS!

La Surface Neo, un PC-Tablette pliable sous Windows 10X

Microsoft semble être persuadé que le format « double écran » est l’avenir de la mobilité. Certes, les Surface Neo et Surface Duo, tous deux dévoilés durant la conférence, ne seront pas disponibles avant la fin 2020. Mais cette présentation anticipée doit laisser le temps aux ingénieurs Windows de repenser l’ergonomie du système pour le double écran et aux développeurs de concevoir les applications qui exploiteront au mieux une telle configuration.
Le Surface Neo (ex projet Centaurus) est un PC Windows sous processeur Intel Lakefield doté de deux écrans de 9 pouces reliés par une charnière 360° centrale et verticale. Outre les capacités tactiles, le stylet, la voix et un clavier Bluetooth magnétique sont au cœur des interactions avec l’appareil. L’appareil s’utilise en laptop, en tablette et en « livre » d’une manière assez originale et encore jamais rencontrée. Il hérite en partie des trouvailles ergonomiques expérimentées par Microsoft avec son projet « Courrier » jamais sorti.
Le Surface Duo est un smartphone sous Android animé par un processeur Qualcomm Snapdragon doté de deux écrans de 5,6 pouces reliés là aussi par une charnière 360° centrale. Il reprend l’ergonomie du Surface Neo mais aussi ses périphériques (le stylet et le clavier BT) tout en s’appuyant sur Android et son Google Play Store.

Surface Duo, un smartphone pliable sous Android

Surface Neo est animé par une nouvelle version de Windows 10 dénommée Windows 10X, spécifiquement conçue pour les appareils mobiles doubles écrans. L’interactivité du système a été repensée pour ce type d’appareils. Car Microsoft ne sera pas le seul à proposer de tels PC pliables à double écran. Windows 10X équipera dès l’an prochain des machines non encore annoncées signées ASUS, Dell, HP et Lenovo.
Windows 10X est le nom final de projets jusqu’ici connus sous les noms de Windows Lite ou encore projet « Santorini ». Il ne s’agit pas d’une mise à jour de Windows 10 (10X ne tourne pas sur les PC classiques) mais d’une reconception de Windows 10 pour les PC pliables à 2 écrans. L’OS s’appuie sur Windows Core OS (WCOS), un réassemblage des couches basses de Windows qui sert de fondation à la Xbox One, à Surface Hub 2 et à Hololens 2 (et qui serait aussi la fondation de Windows 10 20H2 pour les PC). WCOS exécute nativement les applications UWP et PWA (Progressive Web Apps). Il maintient la comptabilité avec l’univers Win32 au travers de containers.
Surtout, Windows 10X propose un nouveau Shell (un nouveau Bureau) dénommé C-Shell et qui, si l’on a bien compris les intentions de Microsoft, servirait également de surcouche à Android dans le cadre du Surface Duo. Les utilisateurs auraient donc une expérience constante entre les deux visions de l’informatique à double écran proposées par Neo et Duo.

À retenir : Microsoft pense qu’il existe un marché intermédiaire à la croisée des chemins entre le PC, le smartphone et la tablette jusqu’ici non satisfait. Surface Neo et Surface Duo sont la concrétisation des PC de poche anticipés par Microsoft depuis des années et qui répondent à de nouveaux besoins mobiles.

Vers de nouvelles expériences

Surface Neo introduit de nouvelles expériences mobiles, mais aussi un nouveau modèle d’apps…

Dans une interview donnée à Wired, Satya Nadella résume à merveille la situation : « Le système d’exploitation n’est plus la couche la plus importante à nos yeux. Ce qui nous importe désormais le plus, ce sont les modèles applicatifs et les expériences… Avec Surface nous réimaginons chaque couche de la pile technologique, de comment infuser de l’IA dans les processeurs au format des appareils et même au rôle des systèmes d’exploitation… ».
Tous ceux qui ont eu entre les mains un des nouveaux smartphones Android à écran pliable ont pu se rendre compte que le problème numéro 1 de ces appareils (outre leur fragilité) était l’inadéquation des applicatifs et même de l’OS à de ce « form factor ».
D’où la volonté pour Microsoft de proposer un système pensé pour ce format et ses usages. Typiquement, l’éditeur s’est focalisé sur des scénarios propres à ces appareils pliables doubles écrans : la prise de notes, la présentation (avec une lecture des notes sur l’appareil et une projection sur écran en parallèle des slides PowerPoint), la productivité ultra-mobile, la lecture, le PC de poche…
Mais Microsoft semble surtout chercher à créer des expériences cross-devices. D’où l’idée d’offrir non seulement un nouveau Shell à Android mais également un nouveau modèle d’Apps. Microsoft ne s’est pas étendu sur comment il comptait concrétiser cette vision. Est-ce au travers d’API pensées pour les PWA (Progressive Web Apps) ou à travers un Framework cross-plateforme tel que .NET 5 ?
Il y a fort à parier qu’on en apprendra beaucoup plus sur Windows 10X, C-Shell et les nouveaux modèles applicatifs lors de la prochaine conférence développeurs BUILD 2020 qui aura lieu à Seattle du 19 au 21 mai 2020. En attendant, il faudra prendre son mal en patience et surveiller les annonces Windows 10X des constructeurs probablement dès le CES en janvier 2020.

A retenir : Les appareils « double écran » devront proposer de nouvelles expériences cross-devices. Microsoft semble vouloir s’orienter sur un Shell cross-OS et un nouveau modèle applicatif sur lesquels l’éditeur n’a pour l’instant livré aucun détail. Pour Microsoft, l’OS n’est qu’un détail. On en saura plus à la Build 2020…

Bref, Microsoft a réussi son coup et surpris le petit monde de l’informatique en présentant des produits inattendus et en avance de phase. La firme dirigée par Satya Nadella, bien loin d’abandonner le marché du hardware, enfonce le clou et renforce encore son offre Surface. On notera au passage que les évolutions 2019 prennent davantage en compte les problématiques « entreprise » de maintenance et de réparation avec pour Surface Laptop comme pour Surface Pro un accès simplifié aux composants interchangeables comme la capacité SSD par exemple.
Mais si cette édition 2019 restera dans les annales c’est bien davantage par la volonté de Microsoft d’affranchir Windows du monde x86, de diversifier les processeurs embarqués quitte à créer son propre chip (en collaboration avec Qualcomm) et de proposer de nouvelles expériences cross-plateformes avec des appareils à double écran. Les DSI ont tout intérêt à se pencher rapîdement sur ces nouveaux appareils et leurs nouveaux usages qui pourraient bien satisfaire de nouveaux scénarios métiers mais aussi influencé leur conception des applicatifs « métier ».

Toutes les annonces de la conférence Surface 2019 en vidéo :

En bref et en vidéo, tout ce qu’il faut retenir de la conférence Microsoft du 2 octobre 2019…

 

Surface Laptop 3 :

La nouvelle version de l’ultrabook de Microsoft sera désormais disponible en deux versions avec deux générations de processeurs différents et plusieurs designs.
La version 13 pouces est équipée d’Intel Core i de dixième génération. La version 15 pouces d’un AMD Ryzen spécialement conçu pour Surface.
Ces appareils seront disponibles en France dès le 22 octobre 2019.

 

Surface Pro 7 :

Déjà la septième génération de Surface Pro. S’appuyant sur des Intel Core i de dixième génération, la Pro 7 diffère peu de la version Pro 6 mais se voit adjoindre un port USB-C et affiche des performances significativement en hausse notamment au niveau du graphisme.
Ces appareils seront disponibles en France dès le 22 octobre 2019.

 

Surface Pro X :

Microsoft se convertit sérieusement à l’univers ARM. Surface Pro X est un projet ambitieux pour imposer Windows on ARM dans l’entreprise comme dans le grand public. Dotée d’un processeur conjointement imaginé par Microsoft et Qualcomm (MS SQ1), cette Surface est plus fine, plus autonome et plus connectée (4G en standard) que la Pro 7. Elle se montre très véloce sur les applications PWA, UWP et autres applications Windows compilées en ARM64 et plutôt agile quand il lui faut exécuter les applications Win32 Intel (à condition de ne pas être trop exigeant). Son succès dépendra probablement beaucoup du support d’Adobe Creative Cloud et d’une éventuelle conversion des outils en ARM64. Firefox et Chrome sont déjà nativement supportés (sans passer par la compatibilité Win32).
La Surface Pro X arrivera en France le 7 novembre 2019.

 

Surface Neo :

Voici le premier PC de poche de Microsoft. Et le premier représentant officiel d’une nouvelle catégorie de PC pliable à double écran qui possède un processeur Intel spécialement conçu pour ce format (Intel Lakefield) et un Windows spécifique (Windows 10X). La machine s’utilise en tablette ou en PC ultra compact grâce à un clavier amovible et magnétique. Microsoft a imaginé toute une série de scénarios avec ou sans clavier que la vidéo ci-dessous explique bien mieux que des mots.
Sortie prévue fin 2020.

 

Surface Duo :

Nombreux sont ceux qui rêvaient d’un Surface Phone. Surface Duo le concrétise. Ce véritable smartphone Android double écran partage une interface utilisateur commune à Surface Neo, une philosophie commune et un framework de développement commun de sorte que les développeurs pourront imaginer les mêmes expériences sur les Neo et Duo en ne codant qu’une seule fois. Ce qui n’empêche pas Duo d’être 100% compatible avec les apps Android. Le projet est d’ailleurs élaboré en collaboration avec Google. D’ailleurs le Google Play Store sera bien présent sur le Surface Duo.
Sortie prévue fin 2020.

 

Surface Earbuds :

Après un casque à réduction de bruit, Microsoft s’essaye également aux intra-auriculaires totalement Wireless. Le design est très particulier mais offre une surface tactile qui permet toutes sortes d’interactions et gestuelles lorsque les intras sont connectées à un PC avec la suite Office.
Sortie prévue en France début 2020.

 

Highlights Surface 2019 :

Le récap en vidéo…