Pénurie de semi-conducteurs, cyberattaques majeures, pression des grands fournisseurs, difficultés de recrutement… Pour relever tous ces défis, le Cigref renforce ses liens avec ses homologues, en appelle au régalien et multiplie les actions.

« Le numérique doit atteindre l’âge de raison », explique le nouveau président du Cigref, Jean-Claude Laroche.
Le 13 octobre dernier, l’assemblée générale de l’association fût évidemment l’occasion de rappeler et saluer les nombreuses actions effectuées sous la présidence de Bernard Duverneuil. Elle fut surtout l’occasion d’élire un nouveau bureau. La présence de trois présidents d’associations* jumelles, en Allemagne, Belgique et Pays-Bas, dénote au passage une tendance déjà engagée. Les grandes entreprises renforcent leurs liens pour accroître leur poids sur la réglementation européenne. « Nous travaillons avec nos homologues européennes pour avoir une expression commune, afin d’équilibrer nos relations avec nos principaux fournisseurs. La maille Europe est la bonne », explique Jean-Claude Laroche.
L’association compte également sur la réglementation nationale pour atteindre ses objectifs. La proposition de loi visant à réduire l’empreinte environnementale du numérique, déposée par le sénateur Patrick Chaize, fait l’objet de toutes ses attentions.

Suite logique, parmi les quatre domaines prioritaires à venir pour l’association, la sobriété numérique est à l’honneur. « La transformation digitale, et les opportunités qu’elle porte, doit bien sûr être poursuivie, mais en prenant en compte de nouveaux critères comme, entre autres, l’impact environnemental du numérique, la disponibilité des matières premières, et pour notre activité, des semi-conducteurs », souligne le nouveau président. Un challenge d’autant plus difficile à relever que les fournisseurs poussent plutôt à la consommation.
Un communiqué de presse de l’association daté du 22 octobre propose d’ailleurs des pistes pour la réduire et souligne, entre autres, que le déploiement progressif de Windows 11 en entreprise engendrera le remplacement des ordinateurs de plus de trois-quatre ans. « Lutter contre l’obsolescence de manière systémique exige de mettre un coup de frein au renouvellement permanent des versions logicielles qui accélèrent le changement des parcs de matériels », rappelle Jean-Claude Laroche.

Le deuxième grand sujet prioritaire concerne la cybersécurité. Si les entreprises se doivent de sécuriser leurs SI, le Cigref renouvelle son appel à l’État pour dimensionner ses moyens, techniques, de police et de justice, en rapport avec la réalité de la cybercriminalité. « L’impunité même partielle ne doit pas perdurer. Mais les entreprises ne peuvent pas et ne doivent pas régler leurs comptes elles- mêmes. Les poursuites sont par nature des activités régaliennes », insiste JeanClaude Laroche. Le Cigref s’est associé à Kaspersky pour co-présider un groupe de travail de l’Appel de Paris dont les travaux seront bientôt connus.

Le troisième domaine, les « Gatekeepers » en langage européen, comprendre GAFAM et consorts, porte surtout sur les données et « la peur qu’elles soient accaparées par ces acteurs et que les textes européens leur soient trop favorables », souligne le président. Là encore, l’union pourrait permettre de ne pas laisser l’exploitation des données au seul bénéfice de ces « Gatekeepers ».

Enfin, le Cigref veut œuvrer à développer les compétences numériques pour pallier la pénurie de ressources annoncée. « Les actions sont et seront plurielles, rendre nos métiers plus attractifs pour les femmes, renforcer la formation continue, développer l’apprentissage du numérique dès l’école… », a énuméré Jean-Claude Laroche.

Au final, un programme plus que chargé, mais avec une volonté affichée de prendre tous les problèmes à bras le corps.