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OpenAI lève 110 milliards de dollars et s’allie à Amazon/AWS
Par Laurent Delattre, publié le 02 mars 2026
OpenAI annonce une nouvelle levée de fonds de 110 milliards de dollars. Un financement encore jamais vu qui trahit d’une part à quel point l’éditeur est devenu un client-roi du cloud et d’autre part une convergence vers des alliances croisées où partenaires et concurrents se confondent créant un dangereux château de cartes d’interdépendances. Voici comment cette levée de fonds record du créateur de ChatGPT redessine les alliances industrielles du cloud, fragilise Microsoft et augmente les risques systémiques du marché de l’IA…
Juste avant le Week-end, OpenAI a donc officialisé la plus importante levée de fonds jamais réalisée par une entreprise non cotée : 110 milliards de dollars ! Au-delà du montant record, c’est la composition du tour de table qui constitue un séisme stratégique. Amazon investit 50 milliards de dollars et devient partenaire stratégique d’OpenAI et distributeur cloud tiers exclusif d’OpenAI Frontier (Azure restant le socle exclusif des API stateless et des produits first-party). Parallèlement, Nvidia apporte 30 milliards assortis d’un engagement en capacité de calcul, et SoftBank complète avec 30 milliards supplémentaires. L’absence notable de Microsoft parmi les investisseurs de ce tour, conjuguée à l’entrée fracassante d’Amazon, redessine en profondeur les alliances de l’écosystème IA américain.
L’incroyable trajectoire financière d’OpenAI
L’histoire financière d’OpenAI est celle d’une accélération sans commune mesure. Lorsque l’organisation voit le jour le 8 décembre 2015, cofondée par Sam Altman, Elon Musk, Ilya Sutskever et Greg Brockman, les ambitions sont déjà démesurées. Le collectif de fondateurs s’engage dès le départ sur un budget global d’un milliard de dollars mais, en réalité, seule une fraction de ce montant, environ 130 millions de dollars, sera effectivement investie au cours des premières années. Sur le plan scientifique, l’ambition paraît à l’époque toute aussi démesurée : créer une intelligence artificielle générale (AGI) bénéfique à l’humanité, sous le régime d’une organisation à but non lucratif.
Le premier virage intervient en mars 2019. OpenAI crée une filiale à but lucratif plafonné, OpenAI LP, destinée à attirer des capitaux privés. Le principe : les investisseurs pourront recevoir un retour sur investissement limité à 100 fois leur mise initiale. C’est dans ce cadre que Microsoft annonce un premier investissement d’un milliard de dollars, posant les fondations d’un partenariat qui structurera les cinq années suivantes.
Le lancement de ChatGPT en novembre 2022 change radicalement la donne et l’échelle financière. En deux mois, l’application atteint 100 millions d’utilisateurs, du jamais vu. Cette explosion d’usage accélère le rythme des levées. En janvier 2023, Microsoft réinvestit massivement, portant son engagement cumulé à environ 13 milliards de dollars. En octobre 2024, OpenAI boucle un tour de 6,6 milliards mené par Thrive Capital, avec une participation de Microsoft (750 millions), sur une valorisation de 157 milliards de dollars.
En mars 2025, nouvelle étape : 40 milliards de dollars levés, principalement auprès de SoftBank (30 milliards), avec Microsoft, Coatue et Thrive Capital en soutien. La valorisation bondit à 300 milliards. SoftBank conditionne la deuxième tranche de son investissement au changement de statut d’OpenAI vers une structure à but lucratif, ce qui sera effectivement acté en octobre 2025 avec la transformation en Public Benefit Corporation (PBC).
En parallèle, en août 2025, un tour intermédiaire de 8,3 milliards, mené par Dragoneer Investment Group avec la participation de Blackstone, TPG et des fonds comme Sequoia et Andreessen Horowitz, vient compléter l’enveloppe de 2025. Début 2026,
OpenAI revendique désormais 900 millions d’utilisateurs hebdomadaires, 50 millions d’abonnés payants et 9 millions d’utilisateurs business. Le chiffre d’affaires 2025 est estimé par les analystes à 13 milliards de dollars, avec un objectif de 100 milliards en 2029. Et sa valorisation début 2026 était estimée à 730 milliards de dollars !
Et nous voici déjà en février 2026. OpenAI annonce 110 milliards de dollars levés en une seule opération ! Une dimension que même les observateurs les plus optimistes n’avaient pas anticipée. La valorisation « post-money » (après intégration des nouveaux montants levés) s’établit à 840 milliards de dollars.
Pour mesurer l’ampleur du phénomène, rappelons que l’ensemble des investisseurs en capital-risque américains avaient investi un total de 170 milliards dans toutes les start-ups américaines confondues sur l’année 2023. En une décennie, les financements cumulés d’OpenAI dépassent désormais les 170 milliards de dollars.
Microsoft-OpenAI : de l’exclusivité à la cohabitation
Ce nouveau tour de table est porté à hauteur de 50 milliards de dollars par… Amazon ! Comprendre l’impact du rapprochement avec AWS suppose de revenir sur la profondeur du lien qui unit Microsoft à OpenAI depuis 2019. Ce partenariat n’a jamais été un simple accord d’investissement. Microsoft a fourni l’infrastructure cloud Azure qui a rendu possible l’entraînement des modèles GPT, de GPT-3 à GPT-4 puis aux générations suivantes. En retour, Microsoft a obtenu des droits commerciaux exclusifs sur les modèles d’OpenAI, une licence d’accès à la propriété intellectuelle, et a intégré les technologies d’OpenAI dans l’ensemble de sa gamme, de Microsoft 365 à GitHub Copilot en passant par Bing.
Le partenariat a toutefois connu plusieurs moments de tension. La crise de gouvernance de novembre 2023, quand le conseil d’administration a brièvement écarté Sam Altman, a révélé les limites de l’influence de Microsoft malgré ses milliards investis. Les relations se sont ensuite complexifiées fin 2024, début 2025 alors que les premiers accords arrivaient à échéance. En octobre 2025, lors de la restructuration d’OpenAI en PBC, Microsoft a obtenu 27 % des parts de la nouvelle entité (soit environ 135 milliards de dollars de valeur théorique) et vu sa licence de propriété intellectuelle étendue jusqu’en 2032, y compris sur les modèles post-AGI. En contrepartie, son droit de premier refus en tant que fournisseur exclusif de calcul a été définitivement supprimé. Parallèlement, OpenAI s’est engagé à consommer 250 milliards de dollars de services Azure, mais a acquis la liberté de recourir à d’autres fournisseurs cloud.
C’est précisément cette liberté nouvelle qui rend aujourd’hui possible le partenariat avec AWS annoncé le 27 février 2026. Elle ne signifie pas pour autant la fin du partenariat entre OpenAI et Microsoft réengagé en octobre 2025. Mais il engendre d’inattendus rééquilibrages. Dans une déclaration conjointe publiée le même jour que l’annonce de la nouvelle levée, Microsoft et OpenAI ont tenté de rassurer le marché : Azure demeure le fournisseur cloud exclusif pour les API stateless d’OpenAI, et tout appel API généré par un partenariat avec un tiers, y compris Amazon, sera hébergé sur Azure. Les revenus générés via le partenariat AWS feront l’objet d’un partage avec Microsoft, conformément aux accords existants.
Mais derrière cette communication maîtrisée, émerge une nouvelle réalité : OpenAI est désormais une entreprise multicloud et l’exclusivité Microsoft sur OpenAI est désormais restreinte aux seules API stateless alors que s’ouvre une ère agentique qui cherche de la mémoire (et donc du statefull).
Musk contre OpenAI : une guerre juridique sur plusieurs fronts
Parallèlement, la trajectoire d’OpenAI ne peut se comprendre sans évoquer aussi le conflit qui l’oppose à son cofondateur Elon Musk, un feuilleton judiciaire qui mêle rancœurs personnelles, rivalités industrielles et enjeux de gouvernance. Musk a contribué à hauteur d’environ 38 millions de dollars aux premières années d’OpenAI, convaincu que l’organisation resterait une structure à but non lucratif dédiée à une IA ouverte et bénéfique. Il a quitté le conseil d’administration en 2018, invoquant des conflits d’intérêts avec Tesla, alors engagé dans le développement de l’IA pour la conduite autonome.
Depuis, les griefs se sont accumulés. Elon Musk reproche à Sam Altman et à l’équipe dirigeante d’avoir trahi la mission fondatrice en transformant progressivement OpenAI en entité commerciale, sous l’influence de Microsoft. Il affirme avoir été « courtisé et trompé » pour financer une organisation dont la vocation philanthropique n’aurait été qu’une façade. En mars 2024, il attaque OpenAI en justice, accusant l’entreprise d’avoir renié ses engagements d’ouverture et de transparence pour devenir un sous-traitant de Microsoft. En février 2025, il propose même de racheter OpenAI pour 97,4 milliards de dollars, une offre balayée par Sam Altman qui réplique avec ironie sur X en proposant de racheter le réseau social pour 9,74 milliards.
Au plan juridique, l’affrontement se joue sur plusieurs fronts. La plainte principale, portant sur la transformation d’OpenAI et l’accusation de fraude et de manquement au devoir fiduciaire, a franchi une étape décisive en janvier 2026. La juge Yvonne Gonzalez Rogers a refusé de classer l’affaire, estimant qu’il existait suffisamment d’éléments pour justifier un procès devant jury. Des documents internes embarrassants ont émergé, notamment un journal de Greg Brockman datant de 2017, dans lequel le cofondateur évoquait le désir de « se libérer d’Elon » et admettait ne pas pouvoir affirmer un engagement pérenne envers le statut non lucratif. Le procès est prévu fin avril 2026 à Oakland. Musk y réclame jusqu’à 134 milliards de dollars de dommages et intérêts.
En parallèle, un second front s’est ouvert en septembre 2025, lorsque xAI, l’entreprise d’IA fondée par Elon Musk, a accusé OpenAI de vol de secrets commerciaux via le débauchage de huit anciens employés soupçonnés d’avoir emporté du code source lié au chatbot Grok. Ce volet a connu un premier rebond, le 24 février 2026, lorsque la juge fédérale Rita Lin a rejeté la plainte, estimant que xAI n’avait fourni aucune preuve de l’implication directe d’OpenAI dans un quelconque vol. OpenAI a qualifié cette procédure de « campagne de harcèlement ». xAI dispose d’un délai jusqu’au 17 mars 2026 pour déposer une plainte amendée.
Reste que l’issue de la procédure principale qui devrait connaître un premier jugement en avril prochain pourrait avoir des conséquences considérables, non seulement pour les protagonistes, mais pour l’ensemble du secteur. Car elle posera la question de la fidélité des organisations technologiques à leur mission initiale, et des obligations juridiques qui en découlent.
Amazon : d’Anthropic à OpenAI, une stratégie de conquête
Autant d’éléments qui illustrent la complexité de la situation d’OpenAI et éclaire son étonnante trajectoire financière et interroge sur le nouveau rôle d’Amazon dans la trajectoire à venir. L’investissement massif d’Amazon dans OpenAI ne surgit pas du néant. Il s’inscrit dans une stratégie d’investissement dans l’IA que le géant de Seattle déploie méthodiquement depuis 2023. Une stratégie initialement centrée sur Anthropic, le concurrent direct d’OpenAI fondé en 2021 par Dario et Daniela Amodei, anciens cadres dirigeants de… OpenAI.
L’engagement d’Amazon auprès d’Anthropic s’est, lui aussi, construit par paliers successifs. En septembre 2023, Amazon investissait 1,25 milliard de dollars dans la start-up. En mars 2024, la firme de Jeff Bezos ajoutait 2,75 milliards supplémentaires, ce qui constituait alors le plus gros investissement externe du groupe. En novembre 2024, un troisième volet de 4 milliards de dollars portait l’engagement total à 8 milliards, et faisait d’AWS le partenaire cloud principal d’Anthropic, tant pour l’hébergement que pour l’entraînement des modèles Claude. Il y a quelques jours, Anthropic réalisait à son tour une levée géante de 30 milliards de dollars, portant sa valorisation à 380 milliards. Amazon y a participé tout en restant actionnaire minoritaire.
Le partenariat entre Anthropic et Amazon possède une dimension industrielle profonde. Anthropic collabore avec Annapurna Labs, le laboratoire d’AWS à l’origine des puces Trainium et Inferentia, en écrivant des noyaux logiciels directement interfacés avec le silicium des accélérateurs. Selon certains analystes, la contribution d’Anthropic aux revenus d’AWS pourrait passer de 3,9 milliards de dollars en 2025 à 25 milliards en 2027. Pour Amazon, Anthropic n’est pas un simple protégé : c’est un levier commercial central pour convertir les clients d’autres fournisseurs cloud vers AWS. D’autant que depuis Claude Code et Claude Opus 4.6, la jeune pousse trône en tête des benchmarks et fait l’unanimité.
Mais Amazon n’a manifestement pas voulu mettre tous ses œufs dans le même panier. En investissant 50 milliards dans OpenAI via cette nouvelle levée de fonds, le groupe s’adjuge une position stratégique dans les deux principaux écosystèmes d’IA générative du marché. La logique est symétrique à celle de Microsoft qui, tout en étant le partenaire historique d’OpenAI, a lui-même investi dans Anthropic fin 2025 aux côtés de Nvidia, dans le cadre d’un accord de 15 milliards de dollars. Dit autrement, l’industrie de l’IA converge vers un modèle d’investissements croisés où chaque hyperscaler veut être présent dans chaque écosystème majeur.
Au-delà des milliards, des engagements croisés
Le tour de table du 27 février 2026 ne se résume pas à une injection de liquidités. Il instaure un système d’engagements mutuels entre OpenAI et ses investisseurs qui redéfinit les contours de l’écosystème.
Côté Amazon, l’investissement de 50 milliards se décompose en deux tranches : 15 milliards débloqués immédiatement, et 35 milliards conditionnés à la réalisation d’objectifs non précisés (certaines sources évoquent l’atteinte d’un jalon vers l’AGI). En contrepartie, OpenAI s’engage à louer pour 100 milliards de dollars de capacités de calcul auprès d’AWS sur 8 ans. AWS devient le fournisseur cloud tiers exclusif pour OpenAI Frontier, la plateforme d’agents IA destinée aux entreprises. Les deux groupes co-développeront un « Stateful Runtime Environment », un environnement d’exécution capable de maintenir contexte et mémoire dans les interactions IA, qui sera proposé en exclusivité sur AWS via Amazon Bedrock. OpenAI s’engage en outre à utiliser les puces Trainium d’Amazon pour 2 GW de capacité.
Côté Nvidia, les 30 milliards investis s’accompagnent d’un accès garanti aux systèmes Vera Rubin de nouvelle génération : 3 GW de capacité d’inférence et 2 GW pour l’entraînement. C’est un engagement clé dans un contexte de pénurie mondiale de GPU.
Côté SoftBank, les 30 milliards complètent un engagement cumulé de 64,6 milliards de dollars dans OpenAI, faisant du conglomérat japonais l’un des plus gros actionnaires avec environ 13 % du capital.
Cette architecture de « financement croisé » où les fournisseurs d’infrastructure investissent dans leurs clients pour sécuriser de futurs contrats est devenue la norme dans l’IA. Mais elle soulève des interrogations sur la concentration des risques systémiques : si OpenAI vacillait, l’onde de choc atteindrait simultanément AWS, Azure, Nvidia et SoftBank.
Les impacts stratégiques : qui gagne, qui perd, qui risque
Pour OpenAI, cette levée de fonds permet de réduire considérablement sa dépendance à l’égard d’un partenaire unique. En se positionnant comme une plateforme multicloud (Azure pour les API stateless, AWS pour l’offre entreprise Frontier et les API statefull, Oracle et CoreWeave via le projet Stargate), Sam Altman diversifie ses sources d’approvisionnement en calcul, la ressource la plus critique de l’ère agentique. Et c’est une étape clé alors que l’entreprise envisage une IPO fin 2026, avec une valorisation cible de 1 000 milliards. Mais la contrepartie de toute cette trajectoire est un gouffre financier béant. Les pertes attendues pour 2026 sont estimées à 14 milliards de dollars, après 5 milliards en 2024 et 8 milliards en 2025. La rentabilité n’est pas attendue avant 2029. Pour l’instant, l’entreprise achète littéralement du temps avec l’argent de ses investisseurs.
De son côté, Amazon joue sur les deux tableaux. D’une part, la firme consolide sa position auprès d’Anthropic, dont Claude est le modèle phare disponible via Bedrock. De l’autre, elle s’immisce dans l’écosystème OpenAI, jusqu’ici chasse gardée de Microsoft. L’exclusivité sur la distribution cloud de Frontier lui donne accès au segment entreprise d’OpenAI, le plus stratégique et le plus rémunérateur. En outre, l’engagement d’OpenAI à consommer les puces Trainium valide la stratégie silicium d’Amazon, qui cherche (comme les autres hyperscalers) à réduire la dépendance de son Cloud IA à Nvidia.
L’investissement est aussi un pari financier. Le gain comptable de 9,5 milliards de dollars enregistré au troisième trimestre 2025 grâce à la revalorisation de sa participation dans Anthropic montre le potentiel de ces investissements. Si OpenAI suit la même trajectoire, l’exposition combinée d’Amazon aux deux leaders de l’IA générative constitue un avantage concurrentiel considérable face à Microsoft et Google.
Pour Microsoft, cette levée annonce la fin d’une hégémonie, mais pas celle d’un partenariat toujours aussi stratégique. Certes, sa position est désormais plus ambivalente. Formellement, rien ne change : Azure reste le fournisseur exclusif des API stateless, la licence de propriété intellectuelle est étendue jusqu’en 2032, le partage de revenus est maintenu, les produits first-party restent sur Azure. Mais le recul du cours de l’action Microsoft après l’annonce montre que les investisseurs perçoivent un signal de fragilisation. Les analystes notent néanmoins que Microsoft conserve 27 % du capital d’OpenAI, bénéficiera indirectement des revenus générés via AWS, et reste le partenaire le plus profondément intégré dans la chaîne de valeur de la star de l’IA. Le véritable enjeu pour Microsoft est stratégique. L’entreprise a bâti une grande partie de son récit de croissance sur l’exclusivité de son lien avec OpenAI. La fin de cette exclusivité, même partielle, devrait obliger Satya Nadella à repenser le positionnement d’Azure. Ce qu’il a d’ailleurs commencé à faire depuis plus d’un an. Microsoft a en effet pris les devants en investissant lui-même dans Anthropic et en développant ses propres capacités, notamment avec les puces Maia et les modèles IA frontières éponymes.
Un tournant systémique
Au final, cette levée de fonds historique marque moins le triomphe d’un pionnier de l’IA générative que la cristallisation d’un écosystème. L’IA n’est plus un marché en émergence : c’est une infrastructure critique autour de laquelle les plus grandes entreprises technologiques mondiales organisent leurs alliances, leurs investissements et leurs dépendances mutuelles. En douze mois, le secteur aura enregistré les trois plus importantes opérations de financement privé de l’histoire : 40 milliards pour OpenAI au printemps 2025, 30 milliards pour Anthropic en février 2026 et 110 milliards pour OpenAI en février 2026.
Toutefois, cette concentration extrême des capitaux américains sur deux scale-ups de l’IA pose une question que le marché ne peut désormais plus ignorer : dans un système où les fournisseurs de cloud investissent des dizaines de milliards dans leurs propres clients, où chaque acteur est à la fois partenaire, concurrent et investisseur de l’autre, les frontières entre collaboration et dépendance deviennent extrêmement floues. Si la prochaine génération de modèles ne tient pas ses promesses, si l’IA agentique ne démontre pas sa valeur, ou si la monétisation n’atteint pas les niveaux attendus, tout cet édifice s’effondrera avec fracas. L’IA a désormais ses risques systémiques. Reste à savoir si les régulateurs, encore largement absents du jeu, s’en saisiront et avec quel impact… s’il n’est pas déjà trop tard…
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