Qu’est-ce qui attend les DSI dans les mois à venir ? Ce début d’année est bien évidemment propice à poser la question et à découvrir les prédictions et prévisions des grands cabinets d’analystes. Aujourd’hui, nous nous penchons sur celles du Gartner…

Pour Gartner, les perturbations et l’incertitude actuelles influent considérablement sur la façon dont les entreprises conduisent désormais leur Business. Au-delà des impacts de la « Grande Démission » (The Great Resign, ce phénomène de démissions en masse apparu aux USA et qui s’étend un peu partout désormais) et de l’adoption du travail hybride, « la première leçon apprise par les dirigeants est désormais de devoir s’attendre à l’inattendu et, donc, d’être en mesure d’avancer dans plusieurs directions stratégiques à la fois » pour y faire face explique Daryl Plummer, VP Research chez Gartner.

La poussée vers l’humanisation, la course à la résilience et la capacité à aller au-delà des attentes sont ainsi les trois grandes thématiques dégagées par le Gartner pour 2022 et les années à venir. « Résilience, opportunités et risques ont toujours été des composantes d’une bonne stratégie d’entreprise, ajoute Daryl Plummer, mais aujourd’hui ces questions revêtent une nouvelle signification. Les prédictions de cette année incarnent la façon dont la résilience doit être construite de manière bien moins traditionnelle et plus innovante, alors qu’opportunités et risques doivent être considérés avec un sentiment d’urgence absolue ».

Prédiction 1 : L’incertitude est une opportunité pour adopter une approche Business modulaire

Selon Gartner, 80 % des DSI interrogés citeront la refonte modulaire de l’entreprise (grâce à la « composabilité ») , comme l’une des cinq principales raisons d’accélérer les performances de l’entreprise.

L’idée est que les turbulences actuelles survivront à la crise COVID-19 et ne disparaîtront pas avec la fin de la pandémie. Autrement dit pour Gartner, les entreprises qui chercheront à rapidement retrouver de la stabilité ne pourront pas briller durant la phase de reprise. Les DSI notamment doivent adopter un autre état d’esprit et voir la volatilité attendue du Business et des comportements comme une opportunité pour changer la façon de gérer les opérations.
Gartner conseille d’opter pour une refonte modulaire des assets opérationnelles pour minimiser les interdépendances afin de recomposer le travail rapidement et simplement en fonction des évolutions et de l’incertitude ambiante. Ainsi, les DSI pourront mieux maîtriser les risques liés à l’accélération des changements. Pour gagner en agilité, il faut rendre les différents assets opérationnels de l’entreprise les plus indépendants possibles les uns des autres. On retrouve donc ici le concept de la « composabilité » des Business, un concept un peu flou mais cher au Gartner qui nous le case un peu partout depuis deux ans.

Prédiction 2 : Nous entrons dans l’ère des données synthétiques…

Selon Gartner, d’ici 2025, les données synthétiques réduiront la collecte des données personnelles des clients, évitant 70 % des sanctions pour violation de la vie privée !

Le RGPD et autres réglementations internationales sur la protection des données et sur la donnée privée deviennent un vrai casse-tête pour les DSI. Pour résoudre une grosse partie de ce casse-tête, Gartner propose aux entreprises d’adopter « les données synthétiques », autrement dit des données générées (et anonymisées) grâce à des technologies IA et qui servent de « Proxy » (pour reprendre un terme informatique) entre les données utilisées à des fins statistiques et les données réelles (notamment privées). « Les données synthétiques peuvent servir de substitut aux données réelles, ce qui permet de réduire la collecte, l’utilisation ou le partage d’informations sensibles » explique Gartner. Pour Daryl Plummer, « les données synthétiques rendent l’IA véritablement prophétique, car elles peuvent représenter des réalités alternatives futures, et pas seulement le passé reflété par les données réelles brutesElles constituent un moyen novateur de comprendre les humains à grande échelle ».

Prédiction 3 : C’est bientôt la fin pour les « Managers »…

Selon Gartner, d’ici 2024, 30 % des équipes d’entreprise n’auront plus de « Boss » en raison de la nature autodirigée et hybride du travail.

Le travail se restructure pour un mode hybride et une adoption massive des freelances. Cette réalité palpable avant la pandémie s’est accélérée avec la pandémie. Cette dernière a favorisé une tendance intimement liée au travail hybride et aux équipes réparties : le passage d’un processus décisionnel centralisé à un processus décisionnel « peer-to-peer » qui réduit les goulots d’étranglement et évite des pertes de temps inutiles. Selon Gartner, « de plus en plus d’entreprises voient dans la suppression du rôle traditionnel de « manager » une voie pragmatique vers l’efficacité ». La planification, la priorisation des tâches et l’organisation du travail peuvent découler d’une réflexion collective et être décorrélées du rôle de Manager.

Prédiction 4 : L’Afrique sera le nouveau pourvoyeur de développeurs talentueux…

Selon Gartner, d’ici à 2026, une augmentation de 30 % des talents ‘développeurs’ en Afrique contribuera à transformer ce continent en un écosystème de startups de premier plan, rivalisant avec l’Asie en termes de croissance de fonds ‘capital-risque’.

Lagos, Le Cap (Cape Town), Nairobi, Le Caire, Johannesburg, Accra, Casablanca, Tunis, Abidjian, Abuja, Bamako, Dakar, Dar Es Salaam, Kampala, Lomé… Ensemble, ces villes accueillent déjà plus de 250 Hubs Technologiques. Au Kenya, plus de 50 hubs technologiques ont vu le jour ces dernières années créant une véritable « Silicon Savannah » (la Savane Silicone en référence à la Silicon Valley californienne) et donnant naissance à un écosystème technologique d’un milliard de dollars qui offre un espace attrayant pour les entrepreneurs, les investisseurs et les technologues.
Gartner explique que « l’afflux de capital-risque en Afrique a conduit plusieurs pays de la région à développer des « pôles d’innovation » qui, espèrent-ils, amplifieront les partenariats entre les grandes entreprises et les startups, attirant ainsi les talents et les investissements étrangers ». Le Nigéria compte ainsi un écosystème de 80 hubs Tech, la seule ville de Lagos en compte plus de 40…
« Au cours des trois prochaines années, l’Afrique comptera près de 900 000 développeurs professionnels » explique Gartner. Un marché émergeant dont l’Europe, les USA et la Chine pourraient bien se disputer les talents à court terme.

Prédiction 5 : L’heure des Cyber-ripostes a sonné… Attention au Far West Numérique…

Selon Gartner, d’ici 2024, une cyberattaque endommagera tellement les infrastructures critiques qu’un membre du G20 ripostera par une attaque physique déclarée.

Depuis le FIC 2019, Guillaume Poupard veut éviter coûte que coûte un Far West numérique. C’est pourquoi, en France, l’ANSSI n’est en charge que de la défense des infrastructures numériques. Le directeur de l’ANSSI expliquait que « les capacités offensives doivent être menées par des gens compétents et encadrés d’un point de vue légal et d’un point de vue responsabilités. Le principe de contre-attaque doit impérativement rester uniquement du domaine de l’armée et de la défense nationale afin d’éviter l’émergence d’un Far West numérique… Le fait de permettre à des acteurs privés de mener des actions offensives me paraît une abomination. Une telle initiative serait totalement immaîtrisable ».
Pour Gartner, « les entreprises n’ont jamais été chargées de servir de première ligne de défense contre la guerre, mais les attaques de plus en plus graves contre leurs grandes entreprises et infrastructures inciteront les militaires à s’engager » et donc à cyber contre-attaquer ! Mais selon Gartner, tout ne sera pas nécessairement négatif : « ceci finira par dissuader les acteurs non étatiques de cibler les infrastructures critiques ».
Mais il ne faudrait pas que ces « cyber contre-attaques » viennent empirer une situation déjà très tendue. Lors du FIC 2021 Florence Parly, ministre des armées, confirmait la multiplication « d’actes d’intimidation, de renseignement, de sabotage ou de désinformation. Des actes qui se situent dans la zone grise de la conflictualité mais qui se multiplient au gré des tensions géopolitiques ». Des actions d’États restant pour l’instant sous le seuil de l’acte de guerre mais qui mènent déjà à une escalade des forces de contre-attaques. La France va ainsi recruter 770 cyber-combattants de plus que les 1 100 recrutements prévus au départ de sorte à disposer en 2025 de plus de 4 000 cyber-combattants !

Prédiction 6 : Une meilleure couverture internet réduira la pauvreté dans le monde

Selon Gartner, d’ici 2027, les satellites en orbite basse étendront la couverture internet à un milliard de personnes supplémentaires parmi les plus pauvres du monde, ce qui permettra à 50 % d’entre elles de sortir de la pauvreté.

Dans la foulée de SpaceX et de son réseau Starlink, Gartner voit se multiplier les satellites de communication en orbite basse. Ils permettent de créer des ilots de connexion dans les régions les plus reculées en ciblant les regroupements de population jusqu’ici mal connectés. « Avec la connectivité vient la participation, à la fois économique et politique, à un écosystème plus large » estime Daryl Plummer. « L’ajout de milliards de « net-citoyens » nouvellement connectés aura un impact profond sur l’internet en termes de culture et de contenu ».

Prédiction 7 : L’IA sera utilisée pour influencer les comportements humains

Selon Gartner, d’ici à 2027, un quart des entreprises du classement Fortune 20 seront supplantées par des entreprises capables de « neurominer » et d’influencer le comportement subconscient à grande échelle.

Le Neuromining est une approche qui consiste à utiliser le ML et l’IA pour développer des technologies d’intelligence comportementale permettant de mieux analyser les comportements humains. Mais des startups veulent aller encore plus loin et utiliser ces nouvelles intelligences comportementales pour directement influer sur les comportements humains. Après « Big Brother is watching you », c’est l’heure du « Big Brother is tricking you… »

« La plupart des dirigeants comprennent déjà que chaque entreprise est une entreprise technologique » explique Daryl Plummer. « Les gagnants de la prochaine décennie seront les experts en neuromining – l’application de l’intelligence comportementale et des technologies connexes pour analyser, comprendre et influencer le comportement humain à l’échelle. »

Prédiction 8 : Les GAFAMs seront rejoints par l’un des pionniers des NFTs

Selon Gartner, d’ici 2026, la gamification par jetons non fongibles (NFT) propulsera une entreprise dans le top 10 des sociétés les plus valorisées.

En 2021, on a beaucoup parlé NFTs. Dans les domaines de la création artistique (musiques, photographies, livres notamment) et dans celui des jeux vidéos, ce moyen d’« hypertokénisation » cherche à faire croître de nouveaux modèles économiques. Gartner explique ainsi que la proposition de valeur des NFT repose sur l’idée que les acheteurs sont prêts à payer davantage pour un artefact numérique (voire à payer pour des contenus numériques auxquels ils accédaient jusqu’ici gratuitement mais avec de la pub) parce qu’ils appartiennent à un réseau de personnes partageant des valeurs et des intérêts similaires.
D’ici 2024, Gartner prévoit que « 50 % des entreprises cotées en bourse auront une sorte de NFT représentant leur marque ou concrétisant leur écosystème numérique. Les NFT deviendront un outil marketing puissant pour soutenir les effets d’écosystèmes numériques et accélérer la valorisation des entreprises ».
Autrement, les DSI qui ont jusqu’ici ignoré la technologie NFT vont devoir rapidement s’y familiariser…

Prédiction 9 : Les consommateurs ne vont plus se laisser pistés

Selon Gartner, d’ici 2024, 40 % des consommateurs tromperont les mesures de suivi du comportement pour dévaloriser intentionnellement les données personnelles recueillies à leur sujet, ce qui rendra difficile leur monétisation.

Les consommateurs en ont-ils marre de voir leurs données monétisées sans qu’ils en retirent le moindre gain financier ? Pour le Gartner, c’est la fin de l’adage « Si vous n’êtes pas le consommateur, c’est que vous êtes le produit ». Les internautes vont désormais tout faire pour échapper aux méthodes de tracking et pour divulguer de fausses informations à leur sujet.
Un phénomène que les DSI qui ont la responsabilité technique de la collecte des données de leurs sites et services Web ne peuvent plus ignorer et doivent prendre en compte car outre le manque d’informations, la multiplication de données fausses peut aussi impacter les IA et analyses.

Prédiction 10 : Les entreprises vont bouder leurs mauvais clients

Selon Gartner, d’ici 2025, 75 % des entreprises « rompront » leur relation avec les « mauvais » clients, car le coût de leur rétention éclipse les coûts d’acquisition des bons clients.

Est-ce une conséquence, un effet de bord, de la prédiction précédente ? Peut-être en partie… Pour Gartner, les entreprises vont désormais de plus en plus souvent chercher à détecter proactivement les clients « inadaptés à leur pipeline de ventes ». Car conserver de tels clients peut s’avérer plus onéreux qu’utile. Autant focaliser les efforts sur les clients les plus alignés aux services proposés et à la philosophie de l’entreprise.


Source : Gartner Unveils Top Predictions for IT Organizations and Users in 2022 and Beyond