Depuis 7 semaines, IT for Business vous dévoile chaque Vendredi, le portrait d’un des Lauréats de la 23ème édition des « DSI de l’Année ». Après avoir découvert les gagnants des trophées DSI Augmenté, DSI Résiliente, DSI Engagé, DSI Transformateur,  DSI Communicant, DSI Orchestrateur et DSI « Coup de Coeur » de l’année, il nous reste un dernier lauréat à saluer : notre  « Manager Numérique de l’année » : Luca de Meo, directeur général du Groupe Renault !

Au cœur d’une industrie qui cherche sa voie, Renault se mue en « tech company » pour redevenir maître de l’innovation, non seulement au sein du véhicule, mais plus globalement en matière d’expérience de mobilité. Une transformation accélérée par Luca de Meo, son directeur général depuis mi-2020.

Les résultats financiers présentés par Groupe Renault il y a quelques semaines en sont la preuve : la « Renaulution » est bel et bien en marche. En avance de phase, même, par rapport aux objectifs initiaux.

Au-delà de sa composante économique, ce plan stratégique lancé par Luca de Meo début 2021 vise notamment à projeter Renault dans l’écosystème de la tech, avec un modèle d’affaires qui pourrait s’approcher de ceux des géants du numérique.
Cela ne se fera pas du jour au lendemain, et la transition s’opérera en douceur, peu ou prou au rythme de l’électrification des véhicules de la marque au losange.

UN SOFTWARE-DEFINED VEHICULE EN 2025

Luca de Meo et la nouvelle Megane E-TechLa feuille de route du constructeur est, sur ce point, bien balisée. Alors que vient de sortir la Mégane E-Tech 100 % électrique, qui s’appuie sur la plateforme CMF-EV (Common Module Family – Electric Vehicle) mise au point par l’Alliance (Renault Nissan-Mitsubishi), Luca de Meo a réaffirmé l’ambition de lancer un premier « software-defined vehicule » en 2025, et d’être prêt à sortir complètement du thermique en 2030.

L’écosystème correspondant se met déjà en ordre de route, avec une organisation ‒ industrie du logiciel oblige ‒ qui se veut agile et ouverte. Certes, Renault fabriquait déjà des véhicules électriques et pratiquait déjà l’open innovation avant son arrivée, mais Luca de Meo a engagé une nouvelle dynamique. Inaugurée en avril dernier avec Atos, Dassault Systèmes, Orange, Renault, STMicroelectronics et Thales, la Software République en est un exemple.

Conçue pour être un agitateur d’idées et un facilitateur de programmes de mobilité multi-domaine, elle a été confiée à Luc Julia (*). « C’est une sorte de méga-incubateur de projets ambitieux où six grands acteurs mettent ensemble des moyens pour dynamiser un écosystème réunissant aussi bien des start-up que de plus grandes entreprises qui gravitent autour des technologies et services de la mobilité, sous tous ses angles », explique ce dernier. Première manifestation concrète, le « Mobility 4.0 Challenge by Software République » lancé en septembre dernier a séduit 151 start-up, dont dix ont été présélectionnées et accompagnées dans une phase de prototypage pendant quelques semaines. Trois d’entre elles – Wattpark (partage de bornes de recharge), Geoflex (géolocalisation précise) et Vianova (alerte de dangers sur la route) – ont été distinguées et verront leur projet incubé.

UNE MOBILITÉ INTELLIGENTE ET DURABLE

Les nouveaux codes de la mobilité sont en effet d’un enjeu crucial et restent encore à définir. L’« iPhone de l’automobile » n’est pas encore né et les contours de son ou ses écosystèmes sont encore flous, qu’il s’agisse de propriété, location ou partage du véhicule ; d’assurance ; de recharge ; d’entretien ; tout comme de nouveaux loisirs à bord d’un véhicule qui sera de plus en plus autonome.

Luca De Meo, vainqueur du trophée "Manager Numérique de l'Année"Sur ce dernier point, Renault avance pour le moment avec Google, exploitant les Google Automotive Services pour que l’utilisateur du véhicule puisse interagir avec certains éléments de réglage au travers d’une console graphique unique : leur intégration au sein de la Mégane E-Tech a été saluée par la presse automobile. Et c’est avec Google Cloud que Renault monte en puissance sur l’exploitation des données, de ses véhicules comme de ses usines, à l’aide de technologies de machine learning et d’intelligence artificielle. Le constructeur n’est pas novice en la matière et Luca de Meo reconnaît avoir découvert en arrivant un « joyau caché » sous la forme d’un pool de 2  000 ingénieurs logiciels, dont certains sont issus de la reprise par Renault en 2017 des effectifs de l’activité logiciels embarqués d’Intel en France. Mais il s’agit de passer à l’échelle.

Et parallèlement, en 2021, ont été conclus des partenariats avec Dassault Systèmes dans le domaine du jumeau numérique, avec la filiale automobile de Bosch pour l’échange « over the air » de données de diagnostic avec le réseau d’entretien et de réparation des véhicules, ou encore avec Faurecia et d’autres acteurs de la chaîne de valeur de l’automobile dans le but de généraliser l’utilisation de la blockchain Xceed conçue avec IBM pour assurer la traçabilité et la conformité des composants des véhicules.

La révolution des nouvelles mobilités est en cours dans un contexte de transition énergétique – Renault vise la neutralité carbone en 2050 alors que l’industrie automobile est responsable de 15 % des émissions de CO2 au niveau mondial – et Luca de Meo s’en veut le fer de lance. Ensemble, les membres de l’Alliance vont investir 23 Md€ sur les cinq prochaines années, dont une partie non négligeable dans l’utilisation des énergies propres et dans le numérique. L’industrie automobile est à un tournant de son histoire, et plus que tout autre, Luca de Meo sait qu’il faut accélérer dans les virages.

L’ENTREPRISE

Que ceux qui n’ont jamais conduit une Renault lèvent la main ! Fin 1898, Louis Renault remonte la rue Lepic, à Paris, au volant de sa « voiturette » qui sera baptisée Renault Type-A. Quelques semaines plus tard naît à Boulogne-Billancourt la Société Renault Frères, qui prospérera très vite grâce au brevet de la boîte de vitesses à prise directe. Ses véhicules s’illustreront lors de multiples courses – dont le premier Grand Prix de France en 1906 –, pendant la Première Guerre mondiale – avec les Taxis de la Marne –, et tout au long de l’essor de l’industrie automobile au XXe siècle. Nationalisée en 1945, la marque au losange devient la Régie Nationale des Usines Renault, puis retrouve son statut d’entreprise privée en 1996, non sans avoir sorti quantité de modèles emblématiques de ses chaînes de production et multiplié les podiums, en rallye comme en Formule 1. Le groupe accélère alors son expansion à l’international. En 1999 naît l’Alliance avec Nissan (qui sera rejointe en 2017 par Mitsubishi) et Renault acquiert Dacia. En 2006 apparaissent de premiers modèles électrifiés, prémices d’un Renault toujours plus innovant qui, désormais, place la décarbonation au cœur de sa stratégie et s’engage dans l’économie circulaire, avec notamment la transformation de certaines de ses usines – celle de Flins et plus récemment celle de Séville – en centres de « refactory » de véhicules et de recyclage de composants, et notamment de batteries.

LA MINI BIO DE LUCA DE MEO

2020 : CEO, Groupe Renault
2015 : CEO, Seat 2012 Vice-président, Audi
2009 : CMO, Volkswagen
2002 : CEO, Fiat
1997 : Toyota Europe
1992 : Marketing produit, Renault

FORMATION
Université Commerciale Luigi Bocconi (Milan)

Luca de Meo est également membre du conseil d’administration de Telecom Italia.

Palmarès de la 23ème édition :

DSI de l’année et DSI Augmenté : Pascal Bigard

DSI Résiliente de l’année : Nathalie Curé

DSI Engagé de l’année : Olivier Hoberdon

DSI Transformateur de l’année : Antoine George

DSI Communicant de l’année : Nicolas Siegler

DSI Orchestrateur de l’année : Philippe Morère

> DSI Coup de Coeur de l’année : José Navas

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