Pour prouver son engagement à créer le « nouvel internet », Facebook Inc. est devenu Meta, abrégé de Métavers, monde virtuel fictif. Mais pourquoi créer un nouvel internet ?

Par Gilles Maury, Senior Manager, TNP Consultants

Au XXème siècle, il fut une bibliothèque géante. Avec l’arrivée du e-commerce il devint une foire, puis une foire d’empoigne sur les réseaux sociaux. Aujourd’hui, le chinois TikTok capture une audience massive, accro au flux continu de spots vidéo excitant le cerveau reptilien. Nous touchons une limite. Riche mais menacé, Facebook veut nous faire basculer vers un « nouvel internet ».

Meta nous est présenté comme un monde virtuel exubérant. Munis de casques de réalité virtuelle et prenant les traits d’avatars, nous vivrions les jeux vidéo, films, concerts, voyages dans l’espace ou dans le temps comme des expériences immersives. Nous pourrions aussi y passer des entretiens d’embauche, faire nos footings dans des univers imaginaires, nos consultations médicales, ou encore vivre les réunions amicales et professionnelles en 3D. Une nouvelle économie naitrait, irriguée de cryptomonnaies guidées par des « nudges » publicitaires parfaitement ciblés, entre promoteurs immobiliers de ces espaces virtuels, architectes et dessinateurs de mode facturant leurs NFT. Prêts à plonger dans ce nouveau monde ?

Tout ceci rappelle beaucoup Second Life, qui, il y a 15 ans de cela, ne sut s’imposer malgré l’adhésion de nombreuses entreprises et personnalités. Nous touchons une autre limite : ces environnements invasifs sont pesants et fatigants. Quand ils proposent une meilleure expérience comme dans les jeux ; leur consommation, occasionnelle, trouve son public.
Pour les fonctions quotidiennes en revanche, le tout petit écran du smartphone continue à régner, mais pour combien de temps ?

Les Google Glass pariaient sur une interface allégée pour incarner leur évolution. Elles échouèrent, freinées par le doute et la timidité des utilisateurs. Depuis, les temps ont changé : nous vivons maintenant avec des données posées sur notre environnement, sur la route avec Waze, en cherchant un menu via un QR code, en découvrant notre prospect sur LinkedIn, en comptant ses pas quotidiens ou encore en scrutant un produit sur Yuka. Des lunettes discrètes et élégantes seraient alors les bienvenues pour augmenter notre existence sans la virtualiser totalement.

Meta devra relever un défi supplémentaire : devenir un standard pour assurer sa pérennité à l’instar de Facebook, l’archétype de la réussite sur le marché des médias sociaux où le gagnant rafle tout (économie de type « winner-takes-all »). En revanche, les opérateurs télécoms pourraient voir dans les lunettes connectées l’application décisive pour enfin débrider le potentiel de la 5G.

Dès lors, que pouvons-nous imaginer au pied du sapin en 2022 : un casque de réalité virtuelle Meta, des lunettes connectées Apple, ou plutôt un smartphone durable ?