Le gestionnaire du réseau de gaz français utilise les technologies cartographiques du moteur de recherche américain, moins précises que ses logiciels… mais plus rapides et moins chères.

Raccorder une habitation au réseau de gaz naturel est quasiment toujours possible. Si elle se trouve à moins de 35 mètres des canalisations existantes, il en coûte au propriétaire une somme forfaitaire de 900 euros. Mais passée cette distance, il doit s’acquitter du prix réel de l’extension, souvent rédhibitoire. Comment savoir à quoi s’en tenir ? Ni avec une baguette de sourcier, ni en retournant le terrain à la pioche. Depuis juillet 2012, il suffit de saisir son adresse sur le site de GRDF : une carte Google Maps apparaît avec la réponse.

En 2011, GRDF a souhaité rendre ce type d’informations accessible aux internautes. Voilà qui aurait dû représenter une formalité pour les ingénieurs maison, rodés depuis longtemps à la cartographie numérique : l’entreprise s’est en effet attaquée au sujet dès les années 80. Le problème, c’est que les logiciels qu’elle utilise sont bien trop lourds pour être mis à la disposition du public.

Tuyauterie géante. En tant qu’opérateur du réseau, GRDF (3 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2012) est responsable des tuyaux dans lesquels circule le gaz vendu par les fournisseurs (GDF, Poweo Direct Energy, ENI…). Les canalisations de GRDF courent sur 194 600 kilomètres – près de cinq fois le tour de la Terre – et approvisionnent 11 millions de clients. Il s’agit du plus long réseau de distribution de gaz naturel d’Europe, très complexe et très sensible.

“ Même si nous travaillons encore sur certains plans papier, nous disposons de systèmes géographiques informatisés, notamment Small World de General Electric et Bentley Microstation ”, détaille Stéphane Ternot, chef des projets transverses, en charge de la veille et de l’innovation au sein de la DSI de GRDF. “ Si quelqu’un veut faire un trou dans un trottoir, c’est à nous de lui dire s’il risque de tomber sur une canalisation ”, poursuit-il. Connaître très précisément où passent ces tuyaux s’avère crucial pour gérer et développer le réseau en toute sécurité.

Les données sont excessivement précises et comportent une foule de détails, tel l’emplacement des vannes. Certaines informations, confidentielles, n’ont pas d’intérêt pour le consommateur lambda, qui souhaite simplement savoir si son domicile est raccordable. Et elles auraient été beaucoup trop lourdes à télécharger pour un particulier. Or sur Internet, la vitesse d’affichage d’un site est primordiale, et conditionne la venue des visiteurs.

GRDF a finalement opté pour une solution originale : se reposer sur les technologies grand public que sont Google Maps for Business, Google Maps Engine et Google Earth Enterprise. “ Nous continuons à nous servir de nos systèmes de cartographie en interne. Mais pour répondre au premier appel d’un client, par exemple, ils ne sont pas nécessaires. En utilisant les outils de Google, les temps de réponse sont inférieurs à la seconde, tandis qu’avec nos applications… on a le temps de faire deux ou trois choses à côté ”, constate en souriant Stéphane Ternot.

En un coup d’œil. Développée avec l’éditeur américain et lancée en juillet 2012, la gamme Gazm@ps comprend actuellement trois applications. La première, Gazm@ps Raccordabilité, autorise n’importe quel client à saisir son adresse sur le site pour découvrir – grâce à un calcul de la distance jusqu’à la canalisation la plus proche – s’il pourra raisonnablement profiter d’une desserte en gaz ou non.

La deuxième, Gazm@ps Canas, permet aux 12 500 salariés de GRDF d’accéder aux données de canalisation déposées sur Google Maps Engine, et ce depuis n’importe quel endroit. “ Jusqu’à présent, si nous voulions que nos techniciens puissent consulter les cartes en déplacement, il fallait soit leur donner les plans papier, soit leur fournir un PC portable puissant, alors que dans beaucoup de situations, un smartphone ou une tablette suffit largement ”, explique Stéphane Ternot.

Enfin, avec Gazm@ps Dev, les commerciaux, lorsqu’ils sont au téléphone avec un prospect ou un client, sont à même de consulter en temps réel les cartes de Google, sur lesquelles le réseau GRDF en apparaît en surimpression, ce qui les aide à émettre des recommandations. “ Un chargé de relation clientèle a ainsi la possibilité de visionner les photos satellite et peut suggérer de placer le coffret de branchement sur le muret ou derrière l’arbre qu’il voit à l’écran ”, illustre Stéphane Ternot.

La réalisation de ces applications cartographiques a été rapide : six mois ont suffi pour intégrer les 18 millions d’images représentant les canalisations dans la plate-forme de Google. Le point le plus délicat à gérer a été celui de la sécurité des données. Pour ne pas prendre de risque, “ aucune information personnelle n’est envoyée à Google ”, rassure Stéphane Ternot. Mis à part les données publiques, facilement accessibles à n’importe quel utilisateur qui se trouverait dans la rue (les plaques métalliques au sol marquées GRDF, par exemple), toutes les informations technologiques ou concernant les clients restent stockées exclusivement chez le distributeur

Des cartes corrigées. Le premier résultat positif est la rapide adoption de cette technologie tant par le grand public que par les équipes internes. Il est vrai que ces outils sont déjà largement utilisés pour des usages personnels. “ En s’appuyant sur des produits connus du grand public, GRDF a vu le nombre de visites sur son site augmenter de 30 % par trimestre ”, affirme Pascale Bernal, DSI de l’entreprise.

Deuxième avantage : les tarifs d’exploitation et de maintenance de l’application sont moins élevés. Par rapport au système historique, Stéphane Ternot estime que les coûts récurrents liés à la consultation des cartes sont 60 % moins chers, sans donner plus de précision. Troisième intérêt, et non des moindres : travailler avec Google permet à GRDF de découvrir les erreurs qui ont pu se glisser dans les anciennes cartes, dressées à partir des plans cadastraux plus toujours en phase avec la réalité du terrain, contrairement aux données satellitaires. “ Jusqu’à présent, personne ne se posait la question. Maintenant que nous collaborons avec Google Earth, nous pouvons effectuer des rectifications ”, indique Stéphane Ternot.

Crédit photos : Stéphanie Ternot et Fred Furgol pour GRDF

L’opérateur compte poursuivre son utilisation des outils Google. Parmi les développements envisagés, la possibilité de mettre à disposition de ses partenaires – collectivités, mais aussi fournisseurs de gaz, plombiers ou chauffagistes – une cartographie interactive. En attendant des applications destinées aux futures Google Glass ?

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