« L’application est depuis des mois sous respiration artificielle »

Il était une fois des industriels, des opérateurs mobiles et des banques qui développèrent, fin 2000, des applications sans contact NFC pour le paiement, les transports, le tourisme ou le ticketing. De prime abord, elles étaient toutes aussi intéressantes les unes que les autres. Mais rapidement, il y eut une préférée. Une application retenait toute l’attention de ses créateurs et des bonnes fées-analystes qui se penchèrent sur son berceau. Elle fut baptisée « paiement par NFC sur mobile ». C’était à leurs yeux la plus prometteuse des applications. Elle devait rapporter gros. Elle fut exhibée, exposée, encensée. Certains privilégiés la testèrent.

Mais, malgré toutes les faveurs de ses concepteurs et l’enthousiasme des bonnes fées-analystes, le peuple ne porta que peu d’intérêt au paiement mo­bile sans contact. A peine né, il commença donc à dépérir. Une application ne survit que grâce à l’intérêt des utilisateurs finals. Craignant pour leur pro­metteuse progéniture, opérateurs et industriels tentèrent ardemment de les séduire en leur vantant ses qualités, multipliant les démonstrations peu probantes (comme celle de la ville de Nice) et les effets d’annonce nébuleux (nom­bre de mobiles NFC vendus par rapport au nombre de services activés). Dans leur grande sagesse, les bonnes fées-analystes jouèrent tout ce temps le jeu des opérateurs et des industriels, en dé­pit de l’indifférence constante du peuple.

En fait, à bien y regarder, cette application est sous respiration artificielle depuis des mois. Les créateurs se sont voilé la face trop longtemps, dédai­gnant les signaux envoyés par les utilisateurs. Le plus étonnant, dans cette histoire, reste la position des analystes. Il leur aura fallu deux ans pour reconnaître enfin que le paiement n’est pas la killer app de la technologie NFC. Paypal fait de même. Quant à Google Wallet ou au projet Isis ? Plus personne ne s’en soucie. Il n’était pas besoin d’être devin pour le comprendre. Il ne fallait pas non plus autant de temps. L’intérêt s’est reporté sur le QR code, moins sexy, mais visiblement plus efficace.