Un écart de 500 millions d’euros sépare les estimations de la Cour des comptes et celles du ministère du Budget dans le calcul des investissements liés à Chorus.

D’un côté, la Cour des comptes chiffre les coûts de Chorus sur dix ans à environ 1,5 milliard d’euros. De l’autre l’AIFE (Agence pour l’informatique de l’Etat, chargée du déploiement de Chorus) les estime à 1,01 milliard. Comment en arrive-ton à de tels écarts ? L’une des divergences porte sur la prise en compte des efforts entrepris pour rendre Accord, le logiciel jusque-là utilisé pour les dépenses de l’Etat, compatible avec la Lolf. Il a été abandonné, mais la Cour chiffre les spécifications nécessaires à cette mise à niveau à 280 millions d’euros.

Cette somme, le ministre du Budget ne veut pas entendre parler : « Ces dépenses ont été  engagées alors que les choix stratégiques du projet Chorus n’étaient pas encore validés. Ces évolutions n’avaient d’ailleurs pas pour vocation de permettre le déploiement de Chorus, mais d’adapter a minima les systèmes existants au format de la Lolf dans le délai très contraint du 1er janvier 2006. »

Autres coûts cachés, selon la Cour : le raccordement de Chorus aux applications existantes dans les ministères. Ils auraient été majorés d’au moins 220 millions d’euros. Même si la Cour reconnaît que ce chiffrage est complexe, « dans la mesure où il est difficile de connaître la part qui émarge sur l’enveloppe interministérielle prévue à cet effet et celle qui a été ponctionnée sur les budgets informatiques des administrations », nous expliquait, en juillet dernier, Patrick Lefas, conseiller maitre.

Coté AIFE, on explique que des coûts d’interfaçage avec les applications existantes (estimés à 80 millions d’euros) sont venus se rajouter. Mais ils n’étaient pas inclus dans le périmètre de Chorus, initialement défini par l’Inspection générale des finances.

Et, comme pour contrebalancer l’inflation des dépenses liées au poste investissement de Chorus, l’AIFE et le ministère pointent les économies réalisées sur les « coûts de fonctionnement » (maintenance, hébergement, exploitation), revus à la baisse de 100 millions d’euros. Ce à quoi la Cour rétorque que « les dépenses de maintenance ne peuvent être cernées avec précision, puisque le fonctionnement de Chorus n’a pas encore atteint son régime de croisière ».

On l’aura compris, sur ces notions de budget, les deux parties sont irréconciliables.