Le Cigref, Syntec Numérique, Syntec Conseil et Tech In France s’unissent pour proposer un pacte pour le numérique afin de sortir de la crise, relancer l’économie et agir pour le futur.

Les quatre grandes associations françaises autour de l’informatique et du numérique font, pour une fois, front commun et accordent leurs violons. Au travers d’un « Pacte pour le numérique », elles formulent conjointement sept propositions pour préserver l’emploi et le développer, dans le secteur stratégique du numérique.

Elles constatent que ce secteur, qui compte 1 million d’emplois et génère 10% du PIB, est lui aussi profondément touché par la triple crise sanitaire, économique et sociale que nous traversons.

Leur diagnostic est limpide. Le numérique a été jusqu’ici l’un des principaux amortisseurs de la crise économique qui découle de la crise sanitaire. Il sera le principal moteur de sa relance sous réserve de certaines conditions exprimées au travers du pacte qu’elles proposent aux pouvoirs publics, aux organisations syndicales et patronales ainsi qu’aux forces vives de la société française.

Elles rappellent au passage que le secteur du numérique, dans sa diversité, irrigue tous les autres secteurs et conditionne désormais le fonctionnement de toutes les activités de la société et la résilience de la nation.

Faisant écho au « Pacte productif » en préparation et annoncé en 2019 par le président de la République, les quatre grandes associations appellent donc à un « Pacte pour le numérique » s’appuyant sur les sept propositions suivantes :

1/ Instaurer une autorité interministérielle du Pacte pour le numérique.

« Directement placée auprès du Premier Ministre et disposant de pouvoirs d’arbitrages étendus et de moyens adaptés, elle viendra appuyer l’action du Secrétaire d’Etat chargé du numérique et contribuera à renforcer sa visibilité. Sa priorité consistera à mettre en œuvre les prescriptions du Pacte pour le numérique, et les dispositions qui en procèdent, et à vérifier leur prise en compte par les politiques publiques concernées ».

2/ Étendre le dispositif de sur-amortissement fiscal numérique à toutes les entreprises et à tous les projets de modernisation numérique, pour les investissements réalisés sur la période 2020-2022, et créer un crédit d’impôt pour la transformation numérique, notamment pour les entreprises les plus en difficulté, et pour les entreprises qui engagent des projets de relocalisation de centres de compétence ou de production.

3/ Cibler les investissements publics et privés dans le numérique en fonction de critères d’indépendance stratégique, de sobriété numérique, de résilience et de protection du patrimoine informationnel.

4/ Refondre le rationnel de l’activité partielle afin de doter ce dispositif de crise de la capacité à préserver l’activité en même temps que l’emploi.

« Contrairement à certains états qui protègent l’activité des entreprises, le dispositif français protège l’emploi sans prise en compte de la préservation de l’activité de l’entreprise contrainte d’y recourir » souligne les signataires. « Cette disparité conduit à des distorsions de concurrence entre entreprises au sein de l’UE, voire au sein même des entreprises implantées dans plusieurs Etats de l’Union, au détriment des établissements français. Elle induit un risque acéré de délocalisation de certaines fonctions IT vers d’autres zones… »
Et d’ajouter, « nos quatre associations demandent que des mesures ciblées d’allègement des charges sociales soient privilégiées en lieu et place des dispositions d’activité partielle, avec l’objectif de préserver, là encore, les projets de transformation numérique des entreprises de tous les secteurs d’activité, afin de favoriser leur mutation et leur adaptation aux conditions nouvelles de l’économie numérique ».

5/ Soutenir l’emploi des jeunes diplômés, renforcer la formation et promouvoir la mixité.

« La hausse massive du chômage, prévisible dans les mois qui viennent, aura des conséquences négatives sur la capacité des jeunes diplômés à trouver un premier emploi …Dès lors, afin de réduire ce risque pour les futurs diplômés, nos quatre associations demandent la mise en oeuvre des dispositions d’accompagnement et d’aide au premier emploi des jeunes diplômés des filières de formation aux métiers techniques du numérique, indépendamment du secteur d’activité de l’employeur. »

6/ Développer des actifs numériques stratégiques afin de réduire la dépendance technologique de l’Union européenne et renforcer la confiance dans le cyberespace.

« Nous identifions notamment le risque de zones de dépendance, déjà connues par ailleurs, mais dont l’urgence à les résorber s’est renforcée avec la crise, notamment dans les domaines de la cybersécurité, de certains grands applicatifs ou du cloud par exemple. Nous identifions des difficultés du même ordre dans les domaines des infrastructures et du hardware… et à plus long terme en matière d’informatique quantique. Nous identifions enfin un nécessaire effort à engager pour préserver, voire renforcer, la dynamique de concurrence du marché du software, par exemple en matière de développement de l’open source ».

7/ Inventer les nouvelles formes de travail.

« Une génération nouvelle aspire à mettre ses compétences au service de ses employeurs suivant des modalités inédites et peu compatibles avec la législation du travail dans sa forme actuelle. Freelances, slashers, travailleurs indépendants, porteurs de projets, une partie significative et croissante de la compétence numérique se développe sous ces formes nouvelles, auxquelles les entreprises traditionnelles ont difficilement accès. Nos quatre associations demandent que, dans le cadre du cadre du dialogue social, les entreprises du secteur numérique puissent mobiliser ces compétences de manière simplifiée. ».

Cette volonté apparente des quatre associations phares de l’univers numérique français de s’afficher unies et engagées est plutôt encourageante et saine. Car bien des petits éditeurs, ESN et autres acteurs français ont été fragilisés par les longues semaines de confinement alors même que les grands clouds et éditeurs américains ont souvent vu leur adoption boostée et affichent des résultats étonnamment solides au premier trimestre 2020.

Toutefois, il n’est pas certain que leurs demandes reçoivent une écoute très attentive du gouvernement.
D’abord parce que les associations se gardent bien de chiffrer leurs propositions dont les coûts s’annoncent élevés pour l’Etat et donc pour tous les français.
Ensuite, l’autorité réclamée fait un peu double emploi (pour ne pas dire concurrence) avec le secrétariat d’état chargé du numérique et engendrerait des frais structurels supplémentaires malvenus en cette période.
Par ailleurs, le soutien aux jeunes diplômés fait un peu sourire quand on sait à quel point le marché de l’emploi IT est tendu avec des entreprises qui déploient des trésors d’ingéniosité pour attirer les talents.
Enfin, parce que le numérique ne sera probablement pas considéré comme le secteur le plus en péril et nécessitant l’aide la plus urgente de l’état. Même si, comme le souligne par ailleurs très bien les quatre associations, le numérique sera nécessairement l’un des facteurs essentiels de la reprise de l’activité. Aux entreprises du secteur de savoir saisir les opportunités… avec ou sans pacte…

Après tout le redémarrage des secteurs les plus impactés bénéficiera d’autant plus aux acteurs du numérique que toutes les organisations sortent aujourd’hui de cette crise avec « une conscience aigüe » de la puissance des outils numériques et de la transformation digitale.

 


{MAJ du 13/05/2020]
Les quatre associations ont publié davantage de détails sur les différentes thématiques du Pacte proposé. L’article a été complété avec ces nouvelles informations.