Xavier Niel tranche dans le paysage français du mécénat, à la fois par sa personnalité, son jeune âge et son secteur d’activité, le numérique. Il suit les traces de Bill Gates.

Dans l’ensemble, tous se conduisent comme les princes de la Renaissance, finançant les beaux-arts et les bonnes œuvres. A l’inverse de Warren Buffet ou de Bill Gates, qui ont légué à leur fondation une très grosse part de leur fortune. Eux ne croient pas en l’héritage, ils ne souhaitent pas créer de dynastie. Xavier Niel, lui, tranche dans le paysage français du mécénat, à la fois par sa personnalité, son jeune âge et son secteur d’activité, le numérique. Il suit les traces de Bill Gates dont la fondation, en plus de la santé, finance aussi des actions dans l’éducation.

On ne peut comprendre les faits et gestes des milliardaires qu’en les positionnant en haut de la pyramide des motivations de Maslow. Leur “ next big thing ” n’est pas de disposer de plus de ressources matérielles ou de pouvoir, mais d’innover et, surtout, d’avoir un impact sur la société en général. C’est cette marque de fabrique que l’on retrouve chez le patron de Free. En creux, son initiative rappelle aussi l’absence de l’Etat. Le secteur public ne bénéficie pas d’école d’informatique de dimension respectable. La plus grande, l’Ensimag de Grenoble, ne produit que 180 diplômés par an ! Il y a bien les écoles d’ingénieurs généralistes, mais peu d’élèves s’orientent vers des options informatiques.

Le récent plan du gouvernement ne disait d’ailleurs pas grand-chose à ce sujet. Et la disette budgétaire n’est pas propice à la création de nouveaux établissements. Fleur Pellerin avait pourtant regretté, en février 2012, que l’enseignement informatique dépende autant du secteur privé. Certains commentateurs ont par ailleurs évoqué le côté “ libéral ” de la démarche de Xavier Niel. Il s’agit en fait d’une troisième voie entre public et privé, qui présente de nombreux avantages : pas de surcoûts liés au privé (profit des sociétés, TVA, taxe d’apprentissage, optimisation fiscale) et plus de souplesse qu’avec le système public.

« Xavier Niel choisit une troisième voie, entre public et privé »

Ce genre d’initiative requiert une grande réussite économique initiale qui relève de l’innovation et du capitalisme. Elle peut être ensuite recyclée par réinjection des fortunes engrangées avec une efficacité opérationnelle bien meilleure que ce qui relève du secteur public. Le capitalisme et la fiscalité française n’encouragent pourtant pas ce mécanisme. Le pays préfère s’appuyer sur le secteur public pour gérer la redistribution. Il empêche même un milliardaire de léguer une grosse partie de sa fortune à d’autres personnes que ses descendants (la quotité disponible), ce qui est absurde lorsque les montants en question sont très élevés. Après Kima Ventures, le plus grand business angel du monde en nombre de dossiers financés, puis la première école de développeurs gratuite du monde ou en Europe, what’s next ? Xavier Niel a d’autres projets de la même veine dans son sac, mais il est encore trop tôt pour en parler ! Il aime les surprises, je ne vais pas lui gâcher ce plaisir.