Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, annonce un plan d’investissement massif sur le numérique. Avec notamment 8 milliards dédiés à l’émergence rapide d’un superordinateur exaflopique en Europe.

« Je suis heureuse d’annoncer un investissement de 8 milliards d’euros dans la prochaine génération de superordinateurs – une technologie de pointe «made in Europe» ». Cette petite phrase glissée au milieu d’un discours-fleuve sur l’État de l’Union par Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, soulève bien des interrogations. Mais elle marque une volonté européenne d’exister face aux supercalculateurs chinois, américains et japonais.

Et pour y arriver, Ursula von der Leyen aimerait même voir « l’industrie européenne développer ses propres microprocesseurs de prochaine génération, qui nous permettront d’utiliser des volumes de données croissants en économisant l’énergie et en toute sécurité ».

L’Europe affiche ainsi de nouvelles ambitions pour « faire de la décennie qui s’ouvre la ‘décennie numérique’ de l’Europe… Nous voulons ouvrir la voie, une voie européenne, de l’ère numérique: une voie qui repose sur nos valeurs, notre force, nos ambitions mondiales… Nous avons les personnes, les idées et la force d’une Union pour réussir » affirme Ursula von der Leyen.

Et l’Europe s’en donne les moyens « nous investirons 20 % du budget de NextGenerationEU dans le numérique » ajoute-t-elle, autrement dit 150 milliards sur les 750 milliards du plan de relance européen.

Un investissement qui doit se focaliser autour de trois axes :

* Les infrastructures. L’Europe veut exister dans le monde des HPC exaflopiques et de l’informatique quantique. Mais surtout l’Europe veut prôner une égalité des chances numériques.  Pour Ursula von der Leyen, « il est inacceptable que 40 % des habitants des zones rurales n’aient toujours pas accès à une connexion à haut débit rapide ». Alors que quelques maires EELV mal informés ou peut-être endoctrinés réclament en France un moratoire sur la 5G, la présidente de la Commission européenne veut « concentrer nos investissements sur la connectivité sécurisée et sur le déploiement de la 5G, de la 6G et de la fibre ». Elle rappelle que « les connexions rapides représentent une chance unique – mais aussi un préalable – pour revitaliser les zones rurales ».

* Le cloud européen Gaia-X et la souveraineté des données. Ursula von der Leyen rappelle qu’« en ce qui concerne les données à caractère personnel – dans le commerce entre entreprises et consommateurs – l’Europe a été trop lente et dépend désormais des autres. Il ne faut pas que cela se répète avec les données industrielles. Les données industrielles valent de l’or lorsqu’il s’agit de mettre au point de nouveaux produits et services. La réalité, malheureusement, est que 80 % des données industrielles sont collectées mais ne sont jamais utilisées. C’est du gaspillage. Une véritable économie des données serait, en revanche, un puissant moteur d’innovation et de création d’emplois. »
Les données à caractère personnel ne sont pas non plus oubliées avec la concrétisation d’une e-identity en 2021. « La Commission proposera bientôt une identité électronique européenne sécurisée. Une identité fiable, que tout citoyen pourra utiliser partout en Europe pour n’importe quel usage, comme payer ses impôts ou louer un vélo. Une technologie qui nous permettra de contrôler quelles données nous partageons et l’usage qui pourra en être fait. ».

* L’intelligence artificielle. « Qu’il soit question d’agriculture de précision, de diagnostics médicaux plus fiables ou de conduite autonome sécurisée, l’intelligence artificielle nous ouvrira de nouveaux mondes. Mais ces mondes ont aussi besoin de règles. Nous, en Europe, nous voulons un socle de règles qui place l’humain au centre. Les algorithmes ne doivent pas être une boîte noire, et il faut des règles claires si quelque chose tourne mal. La Commission proposera un instrument législatif à cet effet l’année prochaine ».

Voilà de quoi sera faite la décennie numérique de l’Europe. L’ambition est de donner à l’Europe davantage de prise sur son avenir. « Si l’Europe veut aller de l’avant et avancer rapidement, nous devons balayer nos hésitations » avertit en guide de conclusion la présidente de la Commission européenne.

 


Source : Discours sur l’état de l’Union de la présidente von der Leyen en session plénière du Parlement européen