Cloud souverain : SAP avance, mais l’ERP SecNumCloud attendra fin 2028

Gouvernance

Convention USF : sur SAP, la souveraineté avance à petits pas

Par Reynald Fléchaux, publié le 19 octobre 2026

Si SAP France avance dans la structuration d’une offre de confiance pour ses clients hexagonaux, les DSI devront encore patienter plus de deux ans avant de disposer d’un ERP qualifié SecNumCloud. Un retard à l’allumage, si on compare à la situation outre-Rhin.

Longtemps réticent à investir pays par pays, faute de cadre européen harmonisé de certification des clouds, SAP est en train de structurer, avec l’appui de ses partenaires, son offre de cloud dit souverain pour les entreprises et administrations françaises. Il faut dire que l’attente en la matière est massive : présentés lors de la 35ème convention USF (14 et 15 octobre, à Strasbourg), les résultats de la 7ème enquête de satisfaction menée par le club des utilisateurs SAP francophones montrent que près des deux tiers des membres de l’association se disent concernés par ces enjeux, soit parce qu’il s’agit d’une contrainte légale (31%), soit parce que l’actualité géopolitique en fait une préoccupation croissante au sein de leur organisation (32%). « Les entreprises ne veulent pas choisir entre souveraineté et innovation ; elles veulent les deux », lance Gianmaria Perancin, le président de l’USF.

Si SAP a d’abord semblé privilégier les partenariats avec les grands hyperscalers américains, il a pris un virage vers des offres immunes aux lois extraterritoriales des États-Unis – une des principales inquiétudes des DSI français – à partir de la seconde moitié de 2025, avec un investissement annoncé de 20 Md€ dans le cloud européen souverain d’ici 2035 et un partenariat avec le Français Mistral AI pour bâtir un ERP souverain, dopé à l’IA. Un projet dévoilé lors du sommet franco-allemand sur la souveraineté numérique, qui s’est tenu en novembre dernier à Berlin.

Trois datacenters en France pour une région cloud SAP

Plus spécifiquement, dans l’Hexagone, l’éditeur a passé, au printemps, des partenariats avec les clouds de confiance Bleu et S3NS, pour héberger S/4 Hana sur des infrastructures qualifiées SecNumCloud. Surtout, SAP a annoncé, lors du sommet Choose France de juin dernier, un investissement pouvant aller jusqu’à 300 M€ d’ici 2032 pour créer une région cloud en France. Autrement dit, une partie de l’offre SAP hébergée dans trois datacenters en Île-de-France, une zone appelée Sovereign Cloud Infrastructure France dont l’ouverture est programmée pour le second trimestre 2027. « Nous sommes passés d’un positionnement stratégique à une réalité opérationnelle », assure Damien Prieur, vice-président Cloud ERP et souveraineté de SAP France. « Nous avons choisi les datacenters où nous opérerons, nous sommes en train d’y installer les matériels et de recruter le personnel qualifié » pour assurer l’ouverture de cette future région cloud, précise Olivier Nollent, Pdg de SAP France (en photo ci-dessus, sur la scène de l’USF, le 15 octobre).

En pratique, la réalité est un peu plus contrastée. D’abord, l’offre SAP souveraine, qui doit être opérée depuis la France et reposera sur OpenStack, n’est pas encore disponible. Elle n’a donc pas pu engager sa certification SecNumCloud, ni sur la couche IaaS, ni sur l’ensemble de la pile applicative. La remarque vaut également pour les clouds de confiance. Si S3NS est bien labellisé SecNumCloud depuis fin 2025 pour plusieurs services (dont son IaaS, son offre CaaS et BigQuery), Bleu est toujours engagé dans le processus conduit par l’Anssi pour ses services IaaS, PaaS et CaaS. La coentreprise d’Orange et de Capgemini indique désormais viser une qualification pour la fin de l’année, soit un décalage d’environ 6 mois par rapport au précédent calendrier. 

SecNumCloud : l’infrastructure, mais pas encore la couche applicative

Par ailleurs, ces labels SecNumCloud 3.2 concernent uniquement les sous-jacents technologiques, pas l’ERP lui-même ou d’autres applications de SAP. L’éditeur indique toutefois qu’il déposera un dossier de qualification auprès de l’Anssi dès que son infrastructure sera disponible, et ce pour l’ensemble de l’offre applicative prévue en 2027, soit, selon ses présentations, S/4 Hana Cloud Private Edition, BTP (Business Technology Platform) et IBP (Integrated Business Planning). Cette première liste est d’ailleurs le fruit d’échanges entre SAP et les entreprises pionnières engagées dans cette voie du cloud labellisé pour héberger leur ERP, à savoir Thales, qui a lancé un projet de déploiement d’un core model sur S3NS, la filiale du groupe, et Airbus, qui a intégré des critères de souveraineté dans sa modernisation vers S/4 et a choisi Scaleway pour migrer sur le cloud ses applications critiques (sans pour autant confirmer que S/4 fera bien partie du lot confié à la filiale d’Iliad à ce stade). « La roadmap [de Sovereign Cloud Infrastructure France, NDLR] est en construction, souligne Damien Prieur. Nous travaillons avec ces entreprises sur leurs besoins pour étudier ce qu’il est possible d’ajouter à cette feuille de route. »

Notons que S3NS devrait également s’engager dans la certification de son offre SAP, limitée pour l’heure à la version cloud privé de S/4 Hana. Le cas de Bleu est moins tranché, le calendrier présenté par SAP ne mentionnant pas, pour l’instant, de qualification SecNumCloud de ses solutions sur le cloud de confiance bâti sur les technologies Azure, un représentant de l’éditeur évoquant un « niveau de partenariat » différent entre S3NS et Bleu.

ArianeGroup prend la température, mais reste on-prem

Bref, l’état des lieux laisse apparaître un paysage encore largement en construction : les premières solutions SAP tamponnées par l’Anssi ne devraient pas être disponibles avant fin 2028, début 2029, si on se fie aux délais habituels d’instruction des dossiers par l’agence. Alors que les attentes, elles, sont bien plus immédiates, à la faveur de la vague de migration des entreprises d’ECC6 vers S/4 Hana. Certains, comme Arquus, ont décidé de presser le pas : lors de la convention, l’industriel de la défense présentait ainsi son projet de passage à S/4 Hana sur les infrastructures d’OVHcloud, qualifiées SecNumCloud. 

À l’inverse, ArianeGroup a décidé de remettre à plus tard son basculement vers des infrastructures cloud, après une revue des solutions envisageables menée par PwC. « Nous allons avancer dans la modernisation de nos environnements SAP, mais le cloud va attendre, dit Thierry Bourreau, responsable des projets ERP du groupe. Aujourd’hui, les offres existantes sont trop loin de notre cible. » Le spécialiste de l’aérospatiale et de la défense privilégie la migration de ses 3 systèmes SAP sur S/4 on-premise. De toute façon, l’industriel manipule des données de niveau diffusion restreinte spécial France, pour lesquelles le SecNumCloud ne suffit pas. « Trouver une solution va demander encore un peu de temps », soupire Thierry Bourreau.

En Allemagne, deux options certifiées C5

De l’autre côté du Rhin, à quelques kilomètres de là où se tenait la convention USF, les DSI ne vivent pas cette forme de retard à l’allumage. Même si le label de sécurité C5 ne peut être directement comparé à SecNumCloud – il ne comporte en particulier pas de critère d’exclusion des fournisseurs soumis à des législations extraterritoriales -, les entreprises allemandes bénéficient déjà de deux options opérationnelles pour accéder à l’offre SAP avec un certain niveau de confiance, validée par cette certification du BSI : Sovereign Cloud Infrastructure Europe (sur un socle OpenStack là encore) et le cloud autoproclamé souverain d’AWS, qui propose presque la même sous-partie du portefeuille de l’éditeur. Soit, pour l’instant, S/4 Hana Private Cloud Edition, IBP, SuccessFactors (sur SCI seulement), BTP ou encore Business Data Cloud. Par ailleurs, dans son pays d’origine, SAP a également monté une filiale dédiée, Delos, afin de fournir ses solutions aux administrations allemandes sur des infrastructures Azure qu’opèrent ses équipes dans des datacenters maison.

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