Cloud
Nouveau carton rouge pour VMware, accusé de cacher un kill switch dans VCF 9… et pour SAP
Par Reynald Flechaux, publié le 18 septembre 2026
L’association de fournisseurs de cloud européens Cispe dénonce une fois encore les pratiques du spécialiste de la virtualisation. En cause : non seulement des hausses de tarifs et un accès de plus en plus restreint aux technologies VMware pour les prestataires , mais aussi un mecanisme bridant VCF pour les clients n’envoyant pas régulièrement leurs rapports de conformité.
Créé par le Cispe, une alliance de fournisseurs de cloud européens, le quatrième rapport Ecco, qui vise à mettre en lumière les pratiques de licensing anticoncurrentielles, cible une nouvelle fois VMware. Passé sous la bannière de Broadcom en 2022 pour 61 Md$, le spécialiste de la virtualisation a hérissé l’ensemble du marché par ses pratiques, que l’on parle des DSI ou d’autres fournisseurs – hébergeurs, éditeurs ou offreurs de services cloud – qui misent sur ses technologies pour bâtir leurs solutions.
Dans le dernier rapport Ecco (European Cloud Competition Observatory), le Cispe estime que la situation avec VMware s’est encore dégradée depuis un an. En cause : l’exclusion de nombreux fournisseurs européens cloud de tout accès aux technologies de l’éditeur, suite aux remodelage brutal d’un programme partenaire clef (VCSP), la « sévère restriction » des droits dits de BYOL (Bring You Own Licence), permettant à une DSI d’utiliser un abonnement VCF (VMware Cloud Foundation) acheté auprès de Broadcom sur des environnements cloud tiers, la poursuite de pratiques de licensing jugées « déloyales » par le Cispe, des tactiques d’obstruction dans la procédure antitrust lancée par la Commission européenne à l’encontre de l’éditeur américain et, enfin, l’usage d’arguments de souveraineté sur VCF que le rapport estime « fallacieuses »
Hausses de prix confirmées
Pour le Cispe, l’ensemble de ces constats « constitue une menace non seulement pour la viabilité des fournisseurs européens d’infrastructures cloud, mais aussi pour l’intégrité de l’application des règles de concurrence au sein de l’UE ».
En juillet 2025, l’association représentant les principaux fournisseurs européens d’infrastructure cloud a déposé un recours devant le Tribunal de l’UE contre la décision de la Commission d’autoriser le rachat de VMware par Broadcomn et demande l’annulation de cette décision. En mars 2026, le Cispe a déposé une autre plainte, cette fois auprès de la Commission de Bruxelles directement, accusant Broadcom d’atteinte aux règles de la concurrence et réclamant des mesures provisoires urgentes contre l’éditeur.
Le rapport confirme les hausses de tarifs massives de l’éditeur, qui, lors des renouvellements de contrats, ont bondi d’un facteur 10 comparé aux prix d’avant l’acquisition, selon le Cispe.
Par ailleurs, selon l’association, les restrictions du programme dédié aux partenaires cloud de l’éditeur, intervenues en début d’année, se sont traduites par une nouvelle inflation de 15% des tarifs. Ces hausses « reflètent la capacité de Broadcom à imposer des tarifs sans être réfréné par des alternatives concurrentielles », juge le Cispe.
Un Kill Switch dans VCF9
Surtout, le rapport Ecco, écrit en partenariat avec le Cigref et son homologue belge (le Beltug), mentionne également des pratiques de kill switch de la part de l’éditeur américain, autrement dit de dégradation ou de coupure des accès.
Confirmant de précédentes alertes, le Cispe souligne l’existence d’un mécanisme de dégradation, voire de blocage, des fonctions de gestion des environnements VMware, si le client de l’éditeur n’envoie pas son rapport de conformité tous les 180 jours, exigence intégrée à VCF 9 et à ses versions ultérieures.
« L’existence d’un mécanisme capable de dégrader ou de désactiver à distance les fonctionnalités de VMware – dont dépendent des milliers d’entreprises et d’organismes du secteur public européens – constitue un exercice extraordinaire et disproportionné du pouvoir de marché [de Broadcom, NDLR]. Elle soulève également des questions fondamentales quant à la résilience et à la sécurité des infrastructures numériques européennes », souligne le Cispe, qui précise que ce mécanisme de kill switch s’étend aux datacenters dits souverains et autres déploiements on-prem.
SAP : la tentation de contrôler les agents
Si VMware s’attire les principales flèches décochées par le Cispe, SAP en récolte aussi quelques-unes. En cause, deux inquiétudes de l’association : la propension du premier éditeur européen à diriger ses clients vers son propre cloud – limitant ainsi les options des DSI – et des craintes concernant la volonté de l’éditeur de restreindre l’accès des agents IA aux données SAP. En avril dernier, souligne le Cispe, l’éditeur d’ERP a modifié sa politique relative aux API, interdisant « aux agents d’IA tiers d’accéder à sa plateforme via des API standards ».
Selon le rapport Ecco, comme les données critiques de la majorité des entreprises européennes résident dans des systèmes SAP, « quiconque contrôle l’accès des agents à ces données maîtrise les conditions de concurrence de tout service d’IA s’appuyant sur celles-ci ». Une occasion de contrôler le marché sur lequel a choisi de bondir SAP, réservant pour l’instant cet accès à sa propre technologie (Joule) et à NemoClaw de Nvidia. Une approche qui, selon l’association, pose question au regard du Digital Markets Act et, plus largement, du droit de la concurrence européen.
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