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Chorus : l’AIFE va étudier une migration vers un cloud SecNumCloud
Par Reynald Fléchaux, publié le 27 octobre 2026
L’annonce par SAP d’une future offre qualifiée SecNumCloud dans une zone cloud en France change la donne pour Chorus, le cœur du système d’information financière de l’État. L’AIFE lancera en 2027 une étude sur une possible migration vers le cloud. Même si l’éditeur allemand ne devrait pas disposer d’une offre qualifiée avant fin 2028 ou, plus sûrement, début 2029.
Deal ? Après l’annonce par SAP de l’ouverture d’une région cloud en France, pour héberger une partie de son offre, l’État français envisage désormais sérieusement de faire évoluer Chorus, son ERP financier bâti sur SAP, vers le cloud.
En 2027, l’Agence pour l’informatique financière de l’État (AIFE), qui exploite ce système au cœur des processus budgétaires et comptables de l’administration, lancera une étude sur une possible migration vers une offre qualifiée SecNumCloud. Une perspective jusqu’alors écartée, mais que la décision de SAP rend aujourd’hui plausible, pour peu que l’éditeur concrétise les promesses qu’il a détaillées lors de la récente convention du club des utilisateurs SAP francophones, à la mi-octobre.
« Si SAP a fait cette annonce, c’est aussi parce qu’un certain nombre d’acteurs ont passé des messages clairs à l’éditeur. Des grandes entreprises, bien entendu, mais aussi l’État français », explique Emmanuel Spinat, directeur de l’AIFE. Selon lui, le ministre chargé des Comptes publics, David Amiel, a lui-même insisté sur la nécessité de disposer d’une offre qualifiée SecNumCloud pour envisager cette évolution.
« Cette annonce est la résultante de très nombreuses discussions que nous avons eues ces derniers mois en bilatéral avec SAP sur la nécessité d’avoir une offre SecNumCloud, et non une offre souveraine qui ne serait pas conforme à cette qualification », souligne le responsable. Une exigence qui a longtemps constitué un obstacle à toute migration de Chorus vers des environnements cloud.
Perspective de moyen terme
Dans un rapport d’octobre 2025 sur la souveraineté des systèmes d’information de l’État, la Cour des comptes relevait que Chorus demeurait hébergé sur site, faute d’alternative adaptée. L’AIFE y pointait l’absence d’une offre cumulant qualification SecNumCloud, matériels certifiés par SAP et capacité à prendre en charge la volumétrie de la base Hana de Chorus. S’y ajoutait une difficulté de raccordement au réseau interministériel de l’État, seul accès possible à l’application.
Les initiatives récentes de SAP apportent un début de réponse. En plus de ses partenariats avec Bleu et S3NS pour héberger ses solutions sur des infrastructures de confiance, l’éditeur a annoncé en juin, lors du sommet Choose France, un investissement pouvant atteindre 300 M€ d’ici 2032 pour créer une région cloud française, reposant sur trois datacenters franciliens. Baptisée Sovereign Cloud Infrastructure France (SCI France), elle doit ouvrir en 2027, avec notamment S/4 Hana Cloud Private Edition, BTP et IBP à son catalogue initial.
Un calendrier encore soumis à caution
Reste à franchir l’étape de la qualification. SAP ne pourra engager ce processus, touchant tant l’infrastructure de son cloud français que sa couche applicative, qu’à l’ouverture de SCI France, prévue au second trimestre 2027. Les certifications déjà obtenues par S3NS, le cloud de Thales sur la base de technologies Google, concernent pour l’instant les infrastructures sous-jacentes, et non l’ERP lui-même. Quant à Bleu, les premières qualifications de ses services IaaS, PaaS et CaaS ne sont attendues qu’en fin d’année, sans plus d’informations à ce stade sur une quelconque volonté de certifier SAP sur ces infrastructures. Compte tenu des délais d’instruction de l’Anssi, une offre SAP qualifiée dans son ensemble ne devrait donc être disponible, au mieux, fin 2028 ou début 2029.
« Aujourd’hui, c’est positif. Du côté de SAP, le principe même de la disponibilité d’une offre SecNumCloud est acté », relève Emmanuel Spinat, qui se veut toutefois prudent sur le calendrier. « On connaît les annonces des éditeurs. Il peut y avoir parfois un peu d’écart entre les dates annoncées et les dates réelles », observe-t-il. Pour lui, il s’agit donc davantage « d’une perspective que d’une réponse immédiate » à la feuille de route de l’AIFE sur Chorus.
La résilience au cœur des préoccupations de 2027
Des incertitudes qui n’empêcheront pas l’agence de préparer la suite, selon lui. « Nous allons en 2027 être amenés à travailler sur une étude qui vise à voir dans quelle mesure cette offre peut répondre aux enjeux de modernisation et de résilience de l’État. » Et de souligner, dans le contexte géopolitique actuel, la nécessité de garantir le fonctionnement du système financier de l’État, y compris en cas d’événement majeur sur le territoire.
Le chantier d’une migration de Chorus (25 000 utilisateurs en direct, auxquels s’ajoutent quelque 43 000 utilisateurs d’une solution interfacée avec l’ERP) sera nécessairement complexe, d’autant qu’il suppose de se poser la question des nombreux applicatifs satellites, aujourd’hui majoritairement hébergés sur les infrastructures internes de l’administration. Rappelons toutefois que l’AIFE recourt déjà au cloud, sur des environnements qualifiés SecNumCloud chez OVHcloud, pour héberger les systèmes gérant la facturation électronique, sa plateforme d’API et, prochainement, la plateforme des achats de l’État (Place).
Photo : Loukian Jacquet/Unsplash
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