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Une étude dénonce la « taxe logicielle » imposée par les mises à jour
Par Laurent Delattre, publié le 23 octobre 2026
Selon une étude commanditée par Origina, les grandes entreprises américaines et britanniques consacrent 28 % de leurs budgets logiciels à des migrations, mises à niveau et changements de licences qu’elles n’ont pas choisis. Avec, à la clé, une seconde facture moins visible mais tout aussi lourde…
Le client est roi… jusqu’à la signature du contrat. Ensuite, le sceptre change de main. L’éditeur devient empereur. Les DSI français du Cigref ou de l’USF ne cessent de le dénoncer et de le répéter. Et une récente étude vient conforter leur position et leur mécontentement.
Origina, spécialiste irlandais du support tiers des logiciels IBM, HCL, VMware et SAP, a voulu mesurer ce transfert de pouvoir et l’impact des changements unilatéraux opérés par les éditeurs. Il lui a même trouvé un nom : la « Software Tax », une taxe logicielle récurrente à laquelle les entreprises peinent à échapper.
Cosigné par Tomás O’Leary, fondateur et PDG d’Origina, et Marshall Van Alstyne, professeur d’économie à l’université de Boston, le rapport s’appuie sur une enquête Censuswide menée en mai auprès de 2 018 décideurs IT de très grandes organisations.
Un chiffre résume tout : le dernier changement imposé par un éditeur leur a coûté en moyenne 12,87 millions de dollars !
Payer en sachant qu’on y perd
Et un autre chiffre fait froid dans le dos : 95 % des répondants reconnaissent avoir financé ces trois dernières années un changement dont ils pensaient, au moment de signer, qu’il dégraderait la performance, la fiabilité ou la valeur métier ! Plus de la moitié l’ont fait à plusieurs reprises.
Ils sont ainsi 78 % à estimer que ce sont les éditeurs, et non leur organisation, qui fixent le calendrier et les conditions du changement, et 76 % disent ne disposer que de très peu de leviers réels dans les négociations.
Le problème, c’est que refuser ces évolutions non désirées coûte souvent plus cher encore. « Quand refuser une mise à niveau revient à perdre le support des systèmes qui font tourner l’entreprise, dire oui est souvent la réponse rationnelle, explique Tomás O’Leary. Tout le problème est là. »
Une seconde facture, moins visible
Mais cette « taxe logicielle » ne se limite pas à la facture de l’éditeur : elle détourne aussi des budgets, des compétences et des équipements qui auraient pu servir à d’autres priorités, constituant par là même une forme de seconde facture.
Comme il faut bien trouver l’argent quelque part, la facture des éditeurs est ponctionnée sur le budget innovation (36 %), le recrutement (32 %) et… la sécurité (31 %) !
Les projets d’IA en font aussi les frais : pour 90 % des répondants, ces coûts imposés ont pesé dans le dernier ralentissement, gel ou abandon d’un programme d’IA ou de données.
Autre coût masqué de cette dépendance au bon vouloir des éditeurs, 84 % des entreprises interrogées voient leurs meilleurs ingénieurs toujours ou souvent mobilisés par ces changements plutôt que par la construction de l’avenir. Et 91 % ont mis au rebut du matériel parfaitement fonctionnel pour tenir une échéance de support, sacrifiant en moyenne 1,65 année de durée de vie. Un comble à l’heure du numérique responsable.
Ce que les DSI doivent en retenir
Certes, l’étude émane d’un acteur dont le métier consiste précisément à offrir une porte de sortie aux clients d’IBM, SAP ou VMware, et l’échantillon se limite aux utilisateurs de ces plateformes outre-Atlantique et outre-Manche. Mais les chiffres font écho à ce que vivent tous les DSI européens, de VMware version Broadcom à la fin de la maintenance standard de SAP ECC en 2027.
Première leçon, résumée par Marshall Van Alstyne : « négocier la sortie avant l’entrée ». Avant la signature, les éditeurs se battent pour décrocher le client. Une fois le contrat signé, les rôles s’inversent. L’entreprise a tant investi dans ses données, ses intégrations, ses processus et la formation de ses équipes que partir lui coûterait une fortune. Et l’éditeur le sait.
C’est donc avant la signature que l’entreprise dispose du plus de poids. Elle peut alors négocier une aide à la migration à tarif fixé, le droit de faire appel à un prestataire de maintenance tiers, un délai de préavis avant toute fin de support, un plafonnement des hausses de prix ou encore un accès documenté aux API.
Au-delà, une entreprise peut limiter sa dépendance en privilégiant les couches d’abstraction, la portabilité des données, les standards ouverts et les architectures modulaires. Et même si elle ne l’utilise jamais, disposer d’une solution de repli renforce son pouvoir de négociation. « Nul besoin de quitter un éditeur pour tirer profit de la possibilité de le faire », souligne l’économiste. Enfin, l’étude conseille aux DSI d’évaluer précisément les coûts réels d’une sortie aussi complexe soit-elle, de comparer leur situation à celle de leurs pairs et de faire front commun, notamment au sein des associations d’utilisateurs, en s’appuyant sur le Data Act européen et des initiatives comme EuroCommons.
Surtout, les auteurs invitent à poser une question avant de valider tout changement imposé : à qui profite-t-il ? Et à embarquer DG, DAF et juristes, puisque la facture finit toujours par déborder du périmètre IT. Signe des temps, 91 % des répondants soutiendraient une loi protégeant les clients de logiciels comme on protège les locataires. L’IA, elle, pourrait desserrer l’étau en rendant les migrations moins coûteuses… quitte à déplacer la dépendance vers les fournisseurs d’agents. Une étude intéressée, certes, mais qui chiffre un peu autrement le coût de nos dépendances.
Photo : D shevon / Shutterstock
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