Après les affres de la pénurie post-pandémie et désormais en pleine course à l’IA, le Vieux Continent repart à la conquête des semi-conducteurs. Car l’autonomie passe aussi par la maîtrise du matériel qui exécute les logiciels et les modèles.
En 1984, Ken Thompson, cocréateur d’Unix, prononçait sa célèbre lecture « Reflections on Trusting Trust » en recevant son Turing Award. Il y démontrait que la confiance en informatique est illusoire : même avec accès au code source, on ne peut être certain de la sécurité d’un programme. Un compilateur ou un processeur peuvent être conçus pour exécuter des instructions différentes de celles programmées. Bien avant lui, Alan Turing nous avait appris qu’un ordinateur universel peut tout simuler et donc aussi nous abuser. Confiance, sécurité et souveraineté forment ainsi un triptyque indissociable : pour maîtriser le logiciel, il faut donc d’abord maîtriser le matériel. Les Européens semblent seulement le découvrir. Ou plutôt le redécouvrir. Car dans les années 1980, l’Europe était une puissance du silicium avec des entreprises comme Philips, Siemens ou Thomson rivalisant avec les géants américains, tandis qu’ASML révolutionnait la lithographie à Eindhoven. Mais la désindustrialisation progressive, l’éclatement des chaînes de valeur et la fuite des capitaux ont réduit l’Europe à moins de 10 % du marché mondial des puces électroniques aujourd’hui. Résultat, les CPU, GPU et puces IA avancées sortent désormais principalement d’Asie, malgré le ...
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