Data / IA
Comment l’IA redessine la relation entre FinOps, GreenOps et Cloud
Par La rédaction, publié le 09 février 2026
L’explosion des usages de l’IA pose une double exigence : maîtriser les coûts (FinOps) et réduire l’empreinte environnementale (GreenOps), tout en garantissant souveraineté et traçabilité des traitements. Ces enjeux convergent différemment selon la localisation du cloud…
Par Kamal Ouassaid, Cloud manager, Open
FinOps et GreenOps ne sont plus des sujets périphériques, au contraire, ils sont devenus des critères d’appel d’offres, et l’arrivée massive de l’IA change les équilibres.
Cependant, l’IA est énergivore et questionne la maîtrise des coûts de l’empreinte carbone, de la traçabilité et la localisation des traitements. Elle rend également visible les arbitrages techniques auparavant moins perceptibles.
Deux continents, deux philosophies Cloud
Amérique du Nord et Europe, deux continents et deux façons de valoriser le Cloud. Les États-Unis misent sur la performance, la diversité des services et l’innovation porté par une puissance d’investissement des hyperscalers avec une ouverture technique (API), mais manquent de transparence et sont soumis aux lois extraterritoriales.
L’Europe avance plus lentement mais de façon transparente, privilégiant la « consommation locale » et souveraine. Des acteurs comme OVHcloud, Outscale et Scaleway publient des données détaillées sur leurs infrastructures, même si la granularité reste perfectible.
Pour autant, même les offres dites « cloud de confiance » posent des questions de souveraineté. Le hardware GPU/CPU provient d’entreprises extra-européennes (Nvidia, AMD, Intel, TSMC), certains composants réseau et firmware sont fournis par des fabricants chinois ou américains, et plusieurs acteurs comme Bleu ou S3NS utilisent des briques logiciels issus de souches Microsoft ou Google.
La souveraineté est donc essentiellement “juridique et opérationnelle”, mais rarement “technologique”. C’est un point souvent mal compris dans le débat public, mais essentiel à rappeler dans l’évaluation de notre niveau réel d’indépendance.
Nous avons affaire à un véritable Triptyque : FinOps, GreenOps et souveraineté. On peut désormais se demander si la lame de fond IA changera la donne ?
En quoi l’IA bouleverse cette relation triptyque ?
L’Intelligence artificielle est au cœur de toutes les préoccupations au sein des entreprises. Véritable raz de marée, elle impacte aussi bien les organisations et les processus que notre relation FinOps, GreenOps et souveraineté.
En effet, l’IA impacte les entreprises sur trois dimensions financières. L’entraînement génère des coûts massifs et difficiles à anticiper via l’utilisation de GPU et TPU. L’inférence devient récurrente et proportionnelle au volume utilisateur. Enfin, le stockage et le trafic explosent avec les embeddings, logs et monitoring.
Au regard de ces divers aspects, les rapports FinOps Foundation 2024–2025 nous confirment que les priorités restent la réduction du gaspillage, le rightsizing intelligent,et l’observabilité unifiée. (source FinOps Foundation, 2024 State of FinOps)
De facto, la granularité doit descendre au coût par requête et par modèle. C’est un changement culturel majeur pour les organisations, habituées aujourd’hui à une vision plus agrégée.
Mais ce n’est pas tout. L’IA amplifie aussi les inégalités énergétiques. L’étude de Patterson et al. démontre que la localisation de l’hébergement peut modifier l’empreinte carbone d’un facteur x3 à x10, le choix du processeur peut la multiplier par x4, et l’optimisation logicielle permet des réductions significatives de la consommation énergétique.
Autrement dit, l’architecture et l’emplacement comptent autant que l’algorithme.
Vers un “Nutri-score énergétique” des requêtes IA ?
Dans ce contexte, l’idée d’un indicateur standardisé (CO₂ par requête, énergie par modèle, mix énergétique réel) devient urgente pour comparer l’exécution d’un modèle selon les zones géographiques, arbitrer entre exécution locale ou chez un hyperscaler, et auditer concrètement les engagements GreenOps.
Ces métriques permettraient aussi d’identifier les workloads pouvant basculer sur des zones moins carbonées.
Mais leur pertinence dépend d’une infrastructure capable d’en garantir la traçabilité et la cohérence, ce qui place le cloud souverain au cœur du sujet.
Cloud de confiance : forces et limites
Les offres de cloud de confiance, dont le cloud souverain constitue aujourd’hui l’un des piliers, répondent aux besoins de traçabilité, de souveraineté juridique et de réduction du scope d’émissions. Elles doivent désormais démontrer leur capacité à concilier écologie, performances et transparence.
Leurs principaux atouts résident dans la localisation et la traçabilité des données, un mix électrique français faiblement carboné, la réduction du scope 3 par la proximité géographique, ainsi que la conformité réglementaire (NIS2, hébergement de données sensibles, usages régaliens).
Toutefois, pour les usages IA intensifs, ces avantages sont tempérés par des limites : accès plus lent aux nouvelles générations de GPU/TPU, coûts d’échelle plus élevés et dépendance persistante à du matériel étranger.
In fine, le risque est alors que la souveraineté devienne un simple argument marketing, sans transparence sur l’efficacité énergétique, la disponibilité matérielle ou la performance réelle des workloads IA. Seul un reporting ouvert et auditable peut crédibiliser ces promesses !
Une conscientisation sociétale en marche
Nous assistons à une prise de conscience collective. Les candidats au recrutement privilégient désormais l’éthique et la transparence, reflet d’une société mieux informée. Les entreprises doivent également démontrer leurs engagements auprès de leur écosystème via des preuves tangibles (reporting, indicateurs normés, sobriété). La conscientisation sociétale est en marche !
Finalement, l’IA agit comme une loupe, révélant faiblesses et opportunités. Elle expose les limites du FinOps classique, renforce la nécessité d’un GreenOps sérieux et teste la cohérence réelle du cloud souverain.
Même si les promesses de souveraineté restent partielles, l’Europe peut jouer un rôle majeur sur la transparence, la traçabilité et la mesure. La question n’est plus d’opérer en local ou chez un hyperscaler américain, mais plutôt : avons-nous les métriques nécessaires pour choisir en connaissance de cause ?
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