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Andres Mendoza (ManageEngine) « Nous ne faisons aucune acquisition. L’ensemble de notre portfolio est développé en interne en Inde. »

Par Vincent Verhaeghe, publié le 15 mai 2026

Fin avril, en marge du MSP Summit France organisé à Paris par l’éditeur où la presse n’était pas invitée, Andres Mendoza, Technical Director Southern Europe & LATAM de ManageEngine, recevait quatre journalistes autour d’un déjeuner. L’occasion de revenir, sans communicants à la table, sur le positionnement d’une marque qui revendique 3 500 clients dans l’Hexagone et reste pourtant moins identifiée que ses grands concurrents américains.


Entretien avec Andres Mendoza, Technical Director Southern Europe & LATAM de ManageEngine.


Quel est le positionnement de ManageEngine par rapport à Zoho Corporation, et quel est son périmètre d’action ?

ManageEngine est la division IT de Zoho Corporation, un groupe indien qui édite une partie des suites SaaS bien connues des PME : vente, marketing, juridique, ressources humaines, plus une business unit dédiée à la migration cloud des entreprises. ManageEngine est la brique qui prend en charge le pilotage des systèmes, la sécurité, l’identité et le support utilisateur via le ticketing. Nous avons démarré historiquement avec un outil de help desk, et le portefeuille s’est étoffé pour s’adresser aussi bien aux PME qu’aux comptes employant 10 000 collaborateurs. Le mise à l’échelle de notre solution full stack fait notre spécificité : le même produit utilisé par une TPE de 10 personnes équipe aussi des grands comptes avec 10 000 employés.

Tout votre développement est concentré en Inde et vous revendiquez zéro acquisition depuis vingt ans. Comment fonctionne ce modèle, et comment les feedbacks des clients et partenaires alimentent-ils la roadmap ?

Zéro acquisition, c’est notre règle. Quand un nouveau domaine technologique émerge, nous préférons mobiliser nos propres ressources plutôt que d’absorber une société extérieure. Avec 20 000 collaborateurs en Inde, dont une part importante de développeurs, nous avons une force de frappe que peu d’acteurs peuvent aligner sur le marché. L’intelligence artificielle illustre la logique : nos moteurs maison ont été lancés il y a treize ans, bien avant la vague générative. La feuille de route s’appuie en parallèle sur une écoute structurée des partenaires et des clients. Notre future console unifiée Prime, encore en développement, a été ouverte en avant-première à des partenaires et à des clients pilotes pour récolter leurs retours avant la disponibilité générale. La même méthode prévaut pour les briques d’IA agentique annoncées récemment.

Cette console unique va chapeauter un catalogue assez large. Qu’est-ce qui se profile pour les prochains mois ?

Cinq univers structurent notre offre : la gestion de services autour du help desk et des bonnes pratiques, la supervision des infrastructures qui glisse aujourd’hui vers une approche end-to-end de l’expérience utilisateur, la gestion des identités et des accès, le management et la protection des terminaux devenus mobiles et hétérogènes, et enfin la sécurité avec corrélation d’événements et réponse automatisée. Dans chacun de ces domaines, nous comptons plusieurs produits, ce qui amène souvent les partenaires à demander une vue plus consolidée. C’est l’objet de ManageEngine Prime, console unifiée qui doit permettre d’administrer depuis un seul endroit l’ensemble les briques déployées chez un même client. En parallèle, notre IA contextuelle ZIA, pour Zoho Artificial Intelligence, s’exécute localement sur les données du client, et Agent Studio récemment lancé s’adresse aux entreprises qui veulent bâtir leurs propres agents.

Vos solutions existent en SaaS, en on-premise voire en multi-tenant pour les MSP. Quel intérêt concret pour vos partenaires selon le profil de leurs clients ?

En définitive le choix revient au client final. Et il doit rester réversible. Un revendeur peut donc proposer la même solution à un industriel attaché à l’on-premise pour des raisons de maîtrise locale, à une PME qui souhaite passer en SaaS sur nos data centers, ou à un MSP qui doit gérer plusieurs clients depuis une console multi-tenant. Environ 80 % du portefeuille est aujourd’hui disponible dans les deux modes, cloud comme sur site. Les 20 % restants concernent quelques produits sensibles, à l’image de la gestion des accès à privilèges, pour lesquels une partie de la clientèle refuse encore de confier ses données à un environnement hébergé. Pour le partenaire, l’intérêt tient à la continuité : il accompagne un même client tout au long de son parcours, sans le ré-inscrire dans un autre modèle s’il change d’avis.

Sur la question de la souveraineté, où sont hébergées les données européennes, et où en êtes-vous des certifications locales comme l’ANSSI ou la conformité NIS2 ?

Nous nous appuyons sur nos propres data centers, et non sur ceux des hyperscalers. En Europe, le primaire se trouve à Amsterdam, le secondaire à Dublin. Les données des clients européens y restent localisées. Au-delà de l’Union, nous avons ouvert un site au Royaume-Uni après le Brexit, un autre en Arabie saoudite, et préparons des implantations à Singapour, en Malaisie et au Brésil. Si à l’avenir la France exige un data center sur son sol parce que les données doivent rester sur le territoire, nous ouvrirons un data center en France. Côté certifications, nous avons déjà obtenu les agréments espagnols, dont l’Esquema Nacional de Seguridad qui conditionne l’accès aux marchés publics. La qualification ANSSI est en cours pour 2026 sur l’ensemble du portefeuille. Sur NIS2, nous nous déclarons prêts en nous appuyant sur les retours d’Italie, où le calendrier d’audit a démarré dès octobre dernier.

Comment se structure votre présence dans l’Hexagone, et comment gérez-vous la protection des comptes entre revendeurs ?

Nous avons ouvert un bureau à Lille et ce choix. Comme pour Utrecht aux Pays-Bas, Essen en Allemagne ou Valence en Espagne, nous écartons volontairement les capitales pour nous installer dans des villes mieux connectées logistiquement à nos autres bureaux européens. Côté channel, notre dizaine de partenaires français compte quelques acteurs réellement actifs commercialement, parmi lesquels ByTheWay dans le Nord, PG Software à Nantes ou Lazar Soft à Montpellier. Nous les considérons comme des alliés, des entreprises qui doivent nous aider à aller sur le marché. La protection des comptes est un autre marqueur. Lorsqu’un partenaire travaille déjà avec un client final, nous lui réservons le deal, parce qu’il a investi le temps, monté la relation et qualifié le besoin. Ce mécanisme couvre les 90 % du chiffre que nous réalisons en indirect, le canal direct se limitant aux clients qui passent par notre site web.

Le MSP Summit France a été l’occasion d’annoncer une intégration avec Bitdefender. Pourquoi cet éditeur, et comment ce type d’accord s’inscrit-il dans votre stratégie d’intégrations tierces ?

Le rapprochement avec Bitdefender répond directement à une demande de nos partenaires MSP, pour qui l’éditeur figure parmi les antivirus les plus déployés en Europe. Concrètement, notre solution SIEM Log360 et la plateforme GravityZone de Bitdefender s’enrichissent mutuellement : la télémétrie des terminaux remonte dans Log360 pour une corrélation avec l’activité utilisateur, l’authentification et le contexte réseau, ce qui aide les équipes à filtrer les alertes inutiles et à investiguer plus vite. Nous travaillons avec le marché des MSP, et l’un de nos partenaires nous a indiqué que Bitdefender était très utilisé dans cet environnement. Cette intégration n’a rien d’exclusif : Sophos et Trend Micro figurent déjà dans notre solution SIEM, et la même mécanique pourra s’étendre à d’autres éditeurs si le besoin se fait sentir.


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