La société de classification des navires Bureau Veritas Marine & Offshore a lancé un projet de jumeaux numériques sur le logiciel PLM d’Aras.

Gouvernance

Bureau Veritas Marine & Offshore adopte les jumeaux numériques

Par Alain Clapaud, publié le 12 décembre 2022

La société de classification des navires Bureau Veritas Marine & Offshore a lancé un ambitieux projet de refonte de son IT. L’objectif est d’utiliser des jumeaux numériques, hébergés sur le logiciel PLM d’Aras, comme sources uniques de données sur toute la durée de vie des navires.

Pointé du doigt pour son empreinte environnementale, le secteur maritime s’apprête à connaître une véritable révolution. De nouvelles exigences vont pousser l’ensemble de ses acteurs à revoir la conception des navires. « La réglementation environnementale est amenée à se complexifier, et nous devons accompagner les opérateurs de navires [ou exploitants, NDLR] et les armateurs, afin de les aider à l’appliquer correctement », résume Fabrice Péchayre, new digital program director chez Bureau Veritas Marine & Offshore.

En tant qu’acteur mondial de la classification des navires et des essais, de l’inspection et de la certification, les experts de Bureau Veritas interviennent à chaque étape de la vie d’un navire. Ils collectent des informations auprès de toutes les parties prenantes lors de la construction, mais aussi lorsque le navire est en opération.

L’ensemble de ces données va être digitalisé pour aider le secteur maritime et ses acteurs dans cette transition. La solution retenue est celle du jumeau numérique, alias digital twin, qui offrira des représentations 3D des navires gérées par Bureau Veritas, et partagées avec les autres parties prenantes du secteur maritime. « Notre position particulière entre les constructeurs de navires, les fabricants d’équipements, l’opérateur des navires et les autorités réglementaires nous légitime pour proposer cette visibilité », argumente le responsable.

Fabrice Péchayre
New digital program director chez Bureau Veritas


« L’enjeu est de pouvoir donner à l’instant “t” une photo précise de l’état du navire.
Cela avait beaucoup de sens d’aller vers le PLM et la création d’un jumeau numérique.
»

Le PLM, support idéal du digital twin pour Bureau Veritas

Pour héberger ce jumeau numérique, l’équipe projet a choisi de mettre en place une plateforme de type PLM avec une priorité : l’ouverture. Le secteur maritime manque encore de formats de données internationaux sur tous les aspects de son activité, et les constructeurs mettent en œuvre une grande hétérogénéité de logiciels, à commencer par ceux de CAO.

Après plusieurs mois de procédure d’appel d’offres, l’équipe projet a organisé une confrontation finale avec trois éditeurs. Des preuves de concept ont été menés pour les départager, de même que des évaluations techniques, fonctionnelles et financières des offres de chacun. Ce processus a poussé Bureau Veritas vers l’offre de l’éditeur Aras. « Nous avons choisi leur PLM car il nous a paru le plus ouvert et semblait offrir la plus grande capacité à une customisation pour une adaptation au contexte de la marine », explique Fabrice Péchayre.

L’intégrateur de la solution est choisi dans un deuxième temps. Il s’agit d’Inensia, une ESN spécialisée dans l’industrie qui mène les développements en mode agile, au rythme de sprints de trois semaines et d’une release tous les cinq à six sprints. Dès que les modules passent en production, leur maintenance est transférée aux équipes de développement du centre de service Bureau Veritas dédié au digital.

Ce projet PLM et le digital twin font partie d’un programme de transformation digitale sur trois ans. Il représente un investissement humain de l’ordre d’une trentaine d’ETP) sur deux ans pour la partie intégration. « La bonne surprise lors des premiers développements fut la confirmation de la flexibilité du modèle de données, explique Fabrice Péchayre. Nous avons près de 250 champs de données différents issus de nos outils historiques et nous avons pu les intégrer dans Aras avec un effort très limité. C’est au niveau de l’interface utilisateur que nous avons eu le plus de travail à fournir afin d’adapter l’outil aux attentes des utilisateurs. » Mais ce travail initial sur les écrans pourra servir de base aux prochains modules.

Le responsable espère également que le développement de connecteurs avec les systèmes des clients de Bureau Veritas, permettra de réduire le volume des données à saisir, puisqu’elles seront directement puisées par le logiciel PLM.

Enfin, pour compléter l’architecture applicative, il est prévu une alimentation directe de la solution par les outils de saisie utilisés par les inspecteurs de Bureau Veritas, qui peuvent également prendre des clichés lors de leurs inspections sur les navires en construction. Cette fonctionnalité sera exploitée pour alimenter le digital twin et sera étendue aux navires en service.

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Un premier processus clé généralisé en 2022

Une première mise en production a été menée en mai 2022 auprès d’utilisateurs pilotes en France, en Turquie et aux Émirats Arabes Unis. Toutes les nouvelles demandes de classification alimentent désormais le digital twin. « Nous avons commencé par l’étape de création de l’asset dans le PLM. Lors d’une demande de classification d’un nouveau navire en construction, toutes les données relatives aux systèmes associés à ce navire seront saisies dans le PLM. »

Les retours positifs de ces premiers utilisateurs ont poussé l’équipe projet à généraliser l’accès à ce premier processus à un millier de collaborateurs. Tous les nouveaux navires seront alors créés dans le PLM.

À partir de 2023, le processus de certification des nouvelles constructions sera mis en production à son tour. Ce processus permet de certifier le design des navires, les équipements et les inspections chantier. Il concerne environ un millier d’utilisateurs supplémentaires.
« Nous allons fonctionner en “double run” pendant un an et demi, avec une phase de reprise des données existantes. Les projets en cours seront rapatriés à partir de 2023. Puis viendront les navires en service dans un second temps. Cette reprise des données portera sur 10 000 navires actifs, et l’ensemble de leur historique. »

Le digital twin de Bureau Veritas sera pleinement opérationnel en 2024 lorsque le programme de digitalisation de l’ensemble des processus liés aux navires en service sera finalisé : « Le digital twin sera alors totalement opérationnel et nous permettra de gérer l’intégralité du cycle de vie des navires, explique le responsable. Le digital twin pourra alors démontrer toute sa valeur en offrant à nos clients une vision intégrée de leur navire et de leur conformité vis-à-vis de la régulation présente et future, et ainsi faciliter leur prise de décision pour la gestion de leur flotte. »


LE PROJET EN QUELQUES CHIFFRES

30 ETP pour le développement sur deux ans

1 500 caractéristiques à gérer par le PLM par navire

65 000 navires à gérer à terme


L’ENTREPRISE

Activité : Société spécialisée dans les essais, l’inspection et la certification
Effectif : Plus de 80 000 collaborateurs
CA : 5 Md€ (2021)


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