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CES 2026 : les tendances que les DSI doivent retenir
Par Laurent Delattre, publié le 13 janvier 2026
Le CES 2026 rappelle que l’innovation grand public finit toujours par s’imposer à l’entreprise : de l’IA embarquée à l’Edge, de nouvelles interactions via des écrans flexibles, de la connectivité Wi-Fi 8 stable, de la consumérisation du biométrique, de l’IA Physique à la réalité mixte… Voici les grandes tendances du CES 2026 qui doivent interpeler les DSI.
Le CES reste, par vocation, un salon grand public. Mais pour un DSI, l’événement vaut moins pour l’étrangeté de sa déferlante de gadgets que pour ce qu’il raconte des trois fondamentaux technologiques qui finissent toujours par impacter l’entreprise : les terminaux qui véhiculent l’expérience utilisateur, les capteurs qui mesurent les signaux « Bio » comme industriels et les réseaux qui véhiculent l’information le plus souvent sans fil.
Le CES 2026 a confirmé un mouvement de fond : le numérique ne se contente plus d’être “dans” les objets, il s’y dissout, avec une IA embarquée mais pas toujours à bon escient, des micros/caméras omniprésents notamment pour permettre à toujours plus d’IA de percevoir le monde physique, et des piles réseau qui accélèrent avant même d’être stabilisées à l’instar d’un WiFi 8 annoncé alors que personne n’a encore mis en œuvre le WiFi 7.
Même noyé dans une déferlante d’objets aussi insolites qu’inutiles – à l’image de la sucette musicale pour bébés Lollipop Star qui envoie des notifications à chaque succion, du compagnon “AI soulmate” Lepro Ami qui crée l’illusion d’une présence physique et sert d’effrayant substitut relationnel, ou de concepts plus anecdotiques encore comme le réfrigérateur Samsung sans poignée dont l’IA contrôle la porte – le salon héberge des signaux faibles précieux et des ruptures technologiques qui impacteront les systèmes d’information et les DSI dans les mois à venir. Car l’innovation grand public impose toujours ses formats et ses usages, et l’IT finit toujours par devoir les accepter et les gouverner.
L’IA embarquée dans des objets du quotidien (bagues, wearables, etc.) préfigure de nouveaux points d’entrée dans les réseaux d’entreprise. Les lunettes AR/MR pourraient transformer les métiers de terrain. Les avancées en connectivité WiFi 8 redéfiniront les architectures réseau. Comprendre ces tendances avant qu’elles n’arrivent sur le bureau du DSI sous forme de demandes utilisateurs ou d’exigences métier, c’est démontré que l’on garde l’esprit ouvert et c’est aussi gagner un temps précieux de préparation stratégique.
Voici les 7 tendances à retenir du CES 2026…
L’IA envahit les objets du quotidien
L’IA était partout au CES 2026, mais surtout à l’Edge, dans les objets du quotidien et parfois dans les objets les plus inattendus. Avec une catégorie reine, les « smart rings », ces bagues truffées de capteurs capturent la voix, l’intention et des biomarqueurs, puis promettent de tout résumer, indexer, corréler. Les exemples abondent : la Pebble Index 01 qui enregistre vos notes vocales avant des convertir en textes sur votre smartphone, sa concurrente Vocci Ring avec sa prise de notes et ses highlights IA, la RingConn Gen 3 avec ses alertes haptiques et ses indicateurs de pression artérielle, la Muse Ring avec son suivi de santé et ses paiements sans contact, la Dreame Ring avec son suivi cardiaque, SpO2, température et mouvement.
L’IA s’installe peu à peu dans tout ce que l’on appelle les « wearables » à l’instar du Luna Band (un bracelet de suivi “sans écran”, piloté à la voix, pensé pour délivrer des conseils et de l’accompagnement en temps réel plutôt que des dashboards, sans abonnement), de SleepQ ( l’app de thérapie digitale ‘DTx’ dédiée à l’insomnie chronique), du MindClip de SwitchBot (un mini enregistreur vocal à clipser présenté comme un “second cerveau”, qui capte réunions et conversations puis les transforme via IA en résumés, tâches actionnables et base de connaissances consultable) ou encore de la balance Withings Body Scan 2. Cette dernière est présentée comme une “station de longévité” à domicile sous forme de balance avec poignée, capable en 90 secondes de capturer plus de 60 biomarqueurs (cardio, métabolique, composition, etc.) et de produire un score de trajectoire santé avec recommandations personnalisées…

Or certains de ces dispositifs présentent un intérêt réel pour les programmes de bien-être au travail ou la santé au travail. Et ces objets ne sont pas forcément destinés à n’être portés que chez soi. Ils entrent aussi dans les murs de l’entreprise avec le collaborateur. Dès qu’un micro, une caméra, un capteur entre dans l’environnement de travail, la problématique bascule sur le triptyque « gouvernance / conformité / preuve » : consentement, confidentialité des échanges, secrets d’affaires, traçabilité des traitements, et capacité à auditer ce qui a été stocké (ou inféré) dans des services cloud. L’IA “du quotidien” est donc aussi un sujet de politique d’équipement (BYOD/COPE), de DLP, et de cadrage RH/juridique, avant d’être une opportunité de productivité et de bien-être des collaborateurs.
Les lunettes AR/MR
En 2026, les lunettes connectées et autres casques VR ont changé de posture : moins de promesses de métavers, plus d’itérations pragmatiques sur l’ergonomie, la connectivité et la capture. Google et Xreal ont mis le feu à la fameuse Sphere de Las Vegas pour annoncer la disponibilité en 2026 des premières lunettes Android XR fruit du « Project Aura ».
ASUS/ROG pousse la logique “gaming/immersive” avec ses Xreal R1 (co-développées avec XReal) qui ciblent les gamers avec un taux de rafraîchissement de 240 Hz, une première mondiale qui ouvre aussi des perspectives pour les applications industrielles nécessitant une réactivité extrême.
RayNeo met en avant des lunettes AR avec eSIM, donc moins dépendantes du smartphone. Et Meta continue de rapprocher lunettes et “notification layer” avec ses Ray-Ban Display.

Côté DSI, l’AR/MR commence à devenir une tendance crédible des scénarios ciblés comme l’assistance terrain, la formation, l’inspection, la logistique, voire la collaboration “mains libres”. Trois freins restent structurants. D’abord la sécurité : caméra et micro portés en continu transforment un site industriel ou un open space en surface d’exfiltration. Ensuite l’intégration : il faut des workflows applicatifs, pas des démos (avec authentification, accès conditionnel, MDM, chiffrement, journalisation). Enfin l’acceptabilité : dans l’entreprise européenne, la frontière entre “outil” et “surveillance” est juridiquement et socialement étroite. L’AR/MR progresse. Et l’arrivée d’Android XR la rend plus accessible aux équipes de développement. Mais le DSI doit la traiter comme un terminal sensible, pas comme un accessoire.

Le capteur SPAD de Canon
Canon a choisi le CES pour montrer une brique technologique plutôt qu’un produit : un capteur SPAD (Single Photon Avalanche Diode) orienté très basse lumière et très grande dynamique, avec une approche de “comptage de photons” qui change le rapport au bruit de lecture des CMOS classiques. Canon met aussi en avant l’importance du traitement logiciel associé, notamment via des démonstrations.
Les robots et exosquelettes
De mémoire d’homme moderne, le CES a toujours été envahi de robots plus débiles les uns que les autres. Le CES 2026 démontre que l’on progresse mais pas aussi rapidement qu’annoncé, malgré l’apparition des World Models et des modèles dédiés à la robotique (Nvidia Cosmos, Nvidia Isaac Gr00t, Nvidia Osmo). Néanmoins les robots “compagnons” (Poketomo, Bibo, Sharpa) et les humanoïdes (parfois gardés en vitrine) étaient bien présents au CES 2026 démontrant de réels progrès. Le SwitchBot Onero H1 propose un robot domestique polyvalent combinant aspirateur, bras articulé et capacités d’interaction vocale. LG a dévoilé CLOiD, son nouveau robot de service pour l’hôtellerie et la restauration. Boston Dynamics continue d’impressionner avec des démonstrations de son Atlas humanoïde désormais entièrement électrique. Et WIrobotics concote un Allex pour les tâches ménagères.
Le 1X Neo et le Zeroth W1 ciblent quant à eux les environnements de travail avec des capacités de manipulation d’objets plus avancées.
En parallèle, les exosquelettes gagnent en légèreté et en “consumerisation”, portés par des acteurs comme WIRobotics (Wim S) ou des modèles orientés assistance à la marche et réduction de la pénibilité.

La plupart des DSI n’y sont pas encore confrontés. Mais ils devraient commencer à réfléchir à leurs impacts futurs sur le SI en matière de fiabilité de connexion, de gestion des identités machine, de segmentation réseau, d’observabilité, de conséquences cyber (un incident cyber avec un robot n’est plus une fuite de données mais potentiellement un incident physique).
Et il y a surement des idées industrielles à aller chercher parmi les robots compagnons présentés. Ils peuvent aussi servir de terrain d’expérimentation aux premiers outils robotiques et modèles IA robotiques notamment sur les technologies Nvidia.
Les écrans poursuivent leur quête de gigantisme
Le CES 2026 a confirmé l’escalade des diagonales. Mais pas que. Après l’OLED et les mini-LED, une nouvelle technologie émerge : le micro RGB. Samsung, LG, Hisense et TCL ont tous présenté des modèles équipés de cette nouvelle génération de rétroéclairage. Le principe : des LED RGB microscopiques remplacent le rétroéclairage blanc traditionnel des dalles LCD, permettant une gamme de couleurs significativement élargie et une luminosité accrue tout en réduisant la consommation énergétique.

Pour les DSI, ces équipements méritent d’être étudiés pour l’équipement de salles de réunion, de centres de supercision (NOC, SOC), d’espaces collaboratifs. Les écrans géants deviennent plus accessibles et plus performants, mais le véritable gain réside dans la réduction de la consommation énergétique à luminosité équivalente, un argument de poids dans les stratégies RSE et de réduction de l’empreinte carbone du parc informatique.
Déjà du Wi-Fi 8 à l’horizon…
C’est à peine si le Wi-Fi 7 a commencé à trouver son chemin en entreprise. Pourtant, le CES 2026 a déjà levé le voile sur les premiers prototypes et composants Wi-Fi 8 (802.11bn) ! Pourtant la ratification du standard n’est attendue qu’en 2028 ! Qu’importe, les premières implémentations naissent déjà. Asus a présenté le ROG NeoCore, premier routeur gaming estampillé Wi-Fi 8, tandis que MediaTek dévoilait sa plateforme Filogic 8000 et Broadcom ses premiers chipsets compatibles.

Là où les générations précédentes mettaient l’accent sur les débits maximaux, le Wi-Fi 8 privilégie la fiabilité et la latence garantie. Les technologies de coordination multi-AP (Access Point) permettront une gestion plus intelligente de la couverture et des interférences, tandis que les mécanismes de qualité de service s’affineront pour garantir des performances constantes même en environnement dense. Des promesses (stabilité en environnements denses, meilleure expérience à moyenne portée, coordination entre points d’accès) qui collent aux douleurs réelles de la connectivité sans fil en entreprises : salles de réunion saturées, couverture des sites industriels et entrepôts, multiplication IoT, et montée des usages temps réel.
Et pour les DSI, il est peut-être urgent d’attendre ce Wi-Fi 8, s’il tient ses promesses. Il n’effacera pas un mauvais plan de couverture ni une gouvernance BYOD absente. Mais il pourra, en revanche, rendre plus prévisible ce que l’IT attend depuis des années : une expérience “sans surprise”.
Les écrans e-ink et assimilés, des écrans pliables et rollables
Le CES 2026 a ravivé un courant discret mais stratégique : des écrans “sobres” conçus pour afficher longtemps, consommer peu, et rester lisibles. L’e-ink progresse sur l’affichage décoratif et informationnel y compris en couleur, tandis que TCL, avec sa tablette Note A1 NXTPAPER, illustre une approche hybride « paper -like »: pas de véritable e-ink, mais un LCD optimisé qui reproduit l’apparence du papier pour le confort visuel avec des capacités multimédia complètes et une intégration d’IA pour la prise de notes et l’annotation.

Au CES 2026, la « flexibilité » des écrans a enfin commencé à quitter le registre de la démo gadget pour prendre la forme de concepts assez aboutis, au point de devenir l’un des points de fixation du salon : Lenovo a fait sensation avec deux PC « rollables », dont le Legion Pro Rollable (un PC de Gaming à écran 16 pouces qui s’étire horizontalement pour basculer vers des formats ultra-larges, au service de l’immersion) et le ThinkPad Rollable XD (un 13,3 pouces qui s’agrandit verticalement jusqu’à ~16 pouces, avec une dalle OLED qui s’enroule autour du capot et peut même afficher des widgets lorsque le PC est fermé, protégée par du verre renforcé).

Côté “écran pliable”, l’innovation marquante est venue de Samsung Display, qui a montré des prototypes d’écrans OLED pliants qui arrivent réellement à faire disparaître la pliure (et son effet visuel perturbant qui affecte tous les smartphones pliables actuels). Et l’on chuchote qu’Apple pourrait être le premier constructeur à en bénéficier.
Nouvelles tendances PC…
Et puisque l’on évoque les PC, force est de constater que désormais tous les PC mobiles sont des Copilot+ PC portés par des processeurs aux NPU boostés comme les nouveaux Intel Core Ultra 3, les nouveaux AMD Ryzen AI 400 Series, ou encore les Snapdragon X2 Plus de Qualcomm avec leur NPU 80 TOPS.
Et certains osent même de nouveaux formats. Teinté d’un esprit rétro, HP a ainsi dévoilé l’EliteBoard G1a, un concept venu d’un autre temps qui intègre un PC complet dans un clavier. Équipé d’un processeur AMD Ryzen AI 300 avec 50 TOPS de puissance NPU pour l’IA embarquée, cet appareil de seulement 750 grammes se connecte à n’importe quel moniteur pour offrir une station de travail complète aisément transparente. L’idée n’est pas nouvelle (on pense aux Commodore 64, Sinclair Spectrum, Atari ST ou Amiga), mais l’exécution moderne avec connectivité sans fil et puissance IA en fait un concept pertinent pour des espaces de travail plus flexibles.

Le DSI doit ici voir au-delà du gadget. L’EliteBoard G1a répond à un vrai besoin de flexibilité des postes de travail dans les environnements de hot-desking ou de travail hybride. Les écrans enroulables, encore au stade conceptuel, pourraient à terme résoudre le dilemme éternel entre portabilité et surface d’écran. Plus immédiatement, l’intégration de NPU puissants dans tous les form factors confirme que l’IA locale devient un critère de choix pour les futurs renouvellements de parc. Certes on attend encore les killer-apps, mais entre Windows 11 qui évolue en « OS agentique » et des outils de Dev et frameworks qui popularisent l’IA locale, 2026 devrait marquer le véritable décollage des apps dopées au NPU.

Un clavier étendu avec StreamDeck
En apparence, un Stream Deck reste un périphérique de créateur imaginé par Elgato. En réalité, le CES 2026 confirme une tendance plus large : la rematérialisation des workflows. Quand les applications s’empilent, les entreprises redécouvrent la valeur de “boutons” qui déclenchent des actions fiables : macros, scènes de visioconférence, automatisations, pilotage de salles, ou routines IT. Corsair, qui possède la marque Elgato, intègre ainsi un Stream Deck directement dans un clavier. C’est d’autant plus intéressant que l’écosystème Stream Deck s’est considérablement enrichi avec des plugins pour pratiquement tous les logiciels professionnels : suite Microsoft 365, outils de visioconférence, applications métier, domotique.
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