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Cybersécurité : du travail à la pelle pour protéger les TPE et PME
Par Thierry Bienfait, publié le 07 janvier 2026
Cible d’attaques en constante augmentation, le segment des TPE-PME concentre aujourd’hui un volume considérable d’opportunités en matière de sécurisation des systèmes d’information. Dans ce contexte, les services de gestion externalisée des MSP et MSSP s’imposent comme l’un des marchés les plus porteurs et les plus lucratifs pour les acteurs du channel.
Selon le Panorama de la cybermenace publié par la Cnil, 4 386 événements de sécurité ont été en 2024 en France, soit une hausse de 15 % par rapport à 2023. Un niveau toujours très préoccupant, d’autant plus que, comme le souligne Marie-Laure Denis, présidente de la Cnil, « nos mesures restent probablement en deçà de la réalité ». Face à l’ampleur de la menace, les moyens déployés par les entreprises et les administrations apparaissent encore largement insuffisants, laissant un terrain particulièrement favorable aux attaquants.
Un marché en forte croissance, encore loin de la saturation
Cette situation se traduit par une montée en charge continue des acteurs IT spécialisés dans la supervision et la sécurité. Prévention des activités malveillantes, gestion de crise, investigations numériques et réponse à incident, tant sur les plans organisationnel que technique, génèrent aujourd’hui un volume de travail considérable pour les prestataires.
Même si de nombreux incidents mettent en lumière des lacunes dans la protection des données, la sécurité numérique est désormais une préoccupation bien identifiée des TPE, PME et ETI. En conséquence, le chiffre d’affaires du marché français progresse de 10 % par an et devrait atteindre 5,6 milliards d’euros d’ici à 2027, selon l’institut Exaegis Markess. « La liste des clients potentiels est longue et ne cesse de grandir », assure un éditeur partenaire des Assises de la cybersécurité.
Dans ce contexte, le channel IT a tout intérêt à se positionner sur des offres MSP et MSSP, d’autant que des systèmes de plus en plus simples à déployer et des solutions tout-en-un facilitent l’accès à ce marché, encore loin d’être saturé.
Des offres MSSP riches et génératrices de valeur
Pour lancer ou développer leur activité, les prestataires peuvent s’appuyer sur les nombreuses innovations proposées par les fournisseurs de solutions de cybersécurité, notamment celles intégrant l’intelligence artificielle afin d’anticiper les attaques. Le potentiel économique est réel. Selon une étude récente de la CyberRisk Alliance, 80 % des entreprises ayant lancé une activité MSSP déclarent que celle-ci est rentable.
Cette rentabilité s’explique par la diversité des services pouvant être intégrés dans une prestation MSSP, allant de la supervision SOC et du monitoring 24/7 à la détection et la réponse aux incidents, en passant par la gestion des identités, la protection des endpoints, la continuité d’activité, l’analyse des vulnérabilités, les audits ou encore la formation des utilisateurs.
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des entreprises ayant lancé une activité MSSP déclarent que celle-ci est rentable (source CyberRisk Alliance)
L’expertise humaine, talon d’Achille du modèle
Si la technologie est un élément clé, le succès d’une activité MSP ou MSSP repose également sur l’expertise humaine mobilisée pour identifier les menaces, anticiper les attaques et hiérarchiser les priorités de défense. Un SOC s’organise généralement autour de plusieurs niveaux d’analystes, depuis la surveillance des alertes jusqu’à la gestion proactive des incidents les plus complexes.
Cependant, constituer et fidéliser de telles équipes demeure un défi majeur. Le secteur fait face à un taux d’épuisement professionnel élevé, à un turn-over historiquement important et à une pénurie persistante de talents en cybersécurité. La demande en professionnels qualifiés capables de concevoir et d’opérer des mécanismes de sécurité robustes ne cesse de croître. Selon un rapport de Pierre Audoin Consultants repris par l’Anssi, 57 % des entreprises de services de sécurité managés déclarent rencontrer des difficultés de recrutement.
Automatisation et IA pour lever les freins opérationnels
Malgré ces tensions, les acteurs du secteur affichent un certain optimisme. La pénurie de compétences touche en premier lieu leurs clients, en particulier les PME, ce qui renforce mécaniquement l’intérêt pour l’externalisation. Depuis plus de dix ans, ce sont d’ailleurs les fournisseurs de services, plus que les simples revendeurs de solutions, qui tirent la croissance du marché.
En France, des acteurs comme Atos Group, Orange Protect ou Thales affichent des taux de croissance proches de 20 %. Toutefois, certaines entreprises de services reconnaissent que la difficulté à recruter limite désormais leur capacité à absorber la demande. « Nous sommes désormais amenés à faire des choix quant aux projets que nous prenons en charge », confie l’un d’eux, tandis qu’un autre évoque jusqu’à 25 % de chiffre d’affaires supplémentaire auquel il doit renoncer.
Pour répondre à cette problématique et accompagner leurs réseaux de partenaires MSP et MSSP, les éditeurs misent fortement sur l’automatisation. Les technologies de détection des menaces, enrichies par l’intelligence artificielle et l’observabilité, permettent de traiter des volumes massifs de données, de réduire significativement les faux positifs et de déclencher des réponses automatiques. Ces avancées libèrent du temps pour les analystes, qui peuvent ainsi se concentrer sur les menaces réelles, tandis que les outils de visualisation et les solutions EDR intégrant de l’IA renforcent la détection et la neutralisation des attaques directement à la source.
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La valeur du marché mondial des MSP et MSSP à l’horizon 2033 (source Business Research Insights)
La conformité, un accélérateur durable pour les MSP
Au-delà de la cybercriminalité et des tensions géopolitiques, la dynamique du marché MSP et MSSP est également portée par l’entrée en vigueur de réglementations telles que le RGPD, DORA ou NIS2. Celles-ci imposent aux organisations de renforcer leurs dispositifs de prévention, de détection et de réponse aux incidents, mais aussi leur capacité de continuité d’activité.
Pour de nombreuses PME et ETI, ces exigences rendent nécessaire le recours à des prestataires tiers disposant d’une expertise technologique et de ressources qualifiées. Le caractère contraignant de ces textes laisse présager un impact durablement positif sur l’activité de la filière des services de cybersécurité, malgré un contexte économique plus tendu.
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