À l’heure de la crise, les entreprises font face à des enjeux inédits qui mettent en péril leur pérennité. Celles-ci doivent se réinventer et trouver de nouvelles sources de revenus. La bonne gestion et la maîtrise des coûts de production dans le but de maintenir les marges sont désormais incontournables. La data est au centre de ces défis.

Par Guillaume Bodet, CEO, cofondateur Zeenea

Ceux qui ont la capacité de maîtriser leurs données disposent d’un avantage concurrentiel sans précédent. Une question se pose, pourquoi les grandes entreprises françaises accusent-elles un si grand retard face aux champions américains et chinois ? Quels sont nos atouts pour mener cette bataille ?

Les deux principaux freins au développement de la data en France

Le premier obstacle au développement d’un usage systématique de la donnée au sein des entreprises est avant tout historique. Les grandes organisations françaises héritent pour la plupart d’infrastructures informatiques déployées il y a 30 voire 40 ans. Des architectures mainframe qui ont évolué au fil des ans par ajouts de couches technologiques successives.
Cette configuration freine les entreprises. Pendant de nombreuses années, celles-ci ont également dû investir dans des technologies applicatives pour faire face à la montée de startups digitales natives. L’univers de la banque est un exemple représentatif de cette situation. Les acteurs de ce secteur sont entrés en concurrence forte sur les nouveaux usages associés. Les investissements réalisés pour rester compétitif ont été effectués le plus souvent au dépend du renouvellement des infrastructures.

Le second obstacle tient à la dynamique d’investissement dans les nouvelles technologies. Le différentiel entre une levée de fonds sur le marché américain et européen peut atteindre un rapport de un à cinquante. Le réveil des investisseurs nationaux a été tardif. La situation est désormais plus favorable pour les acteurs innovants. Il a fallu attendre près de 10 ans pour que les entreprises dédiées à l’innovation soient considérées et alimentées de manière cohérente par les fonds d’investissements. Le succès de champions nationaux tels que Criteo, Veepee ou BlaBlaCar qui ont misé sur la donnée pour asseoir leur croissance sonna l’heure du réveil des investisseurs.

Les champions nationaux de la data 

Certains secteurs de l’économie ont dès le début des années 2000 flairé les bénéfices concurrentiels que la donnée pouvait leur apporter. Au premier rang de ceux-ci figurent les acteurs de la distribution qui ont su mettre en place des organisations data driven.
Une culture du chiffre et de l’analyse concurrentielle a permis à ces entreprises de franchir le pas et d’orienter leur organisation autour d’une collecte et d’une exploitation systématique des données clients et produits. Que ce soit via les cartes de fidélité ou l’analyse comportementale des consommateurs sur point de vente pour optimiser le placement de produits en rayon, les exemples de cette culture de la donnée ne manquent pas.

Les acteurs de l’automobile ont également pris les devants sur les enjeux data. Cette fois-ci les données sont utilisées pour permettre de réaliser des économies d’échelle dans la production de véhicules. Chaque information compte, depuis le sourcing des matières premières à la gestion des sous-traitants et la production. Un travail d’intelligence qui permet de générer de nouvelles marges et de rester compétitif face à des concurrents toujours plus agressifs.

Comprendre que la donnée est un levier essentiel pour favoriser la compétitivité

La transition française vers un usage systématique et généralisé de la donnée sera portée par les secteurs d’activité où les marges sont les plus faibles. Ces derniers sont en effet obligés d’innover pour assurer la pérennité de leur activité. Il est probable que la transition vers un usage général de la data soit également favorisée par la crise actuelle. Celle-ci met en exergue deux points : le besoin de disposer d’indicateurs précis pour piloter l’activité et la nécessité de trouver de nouvelles marges.

Alors que les entreprises et les institutions françaises actent ce nouvel état de fait, l’Asie et l’Amérique du Nord foncent tête baissée dans cette direction. Ces nations entraînent leurs intelligences artificielles à traiter des volumes conséquents de données. Ces mêmes données sont fournies par les agences gouvernementales de ces pays qui collaborent ouvertement avec les acteurs du privé pour leur permettre d’être plus compétitifs.

Il convient donc d’engager une transition collective vers une généralisation de l’usage de la data. Cette dynamique sera déterminante pour renforcer la compétitivité de nos économies face aux défis économiques à venir.