La résilience… « Capacité d’un individu à supporter psychiquement les épreuves de la vie. Capacité qui lui permet de rebondir, de prendre un nouveau départ après un traumatisme. » Pourquoi je vous parle de cela aujourd’hui ? Car ce mot revient de plus en plus dans les échanges autour de notre mode de fonctionnement depuis plus d’un an. Et encore pour quelque temps à mon avis.

Résilience, sujet du mois, donc, car j’ai assisté à une conférence, ce soir, où l’excellente Véronique Sinclair, DSI d’Edenred France, parlait du marketing de la DSI. Là n’est pas le sujet en fait. Mais nous étions, je pense, une bonne centaine connectés en Teams, et durant cette conférence, où j’ai appris beaucoup de choses – merci Véronique -, je me suis rendu compte que, finalement, nous nous sommes faits à cette situation… Avec une facilité déconcertante, nous étions tous connectés, blaguions comme des élèves potaches, comme des DSI dans une salle de meeting qui n’écoutent finalement pas l’orateur, comme dans la vraie vie.

Comme dans la vraie vie, il y avait un présentateur plutôt pro, rejeton ou clone d’un Frédéric Simottel dans ses meilleurs moments sur BFM business, un ton de pro, on se serait cru dans Capital (« et là c’est le drame… »).
Comme dans les directs à la TV, nous avons eu droit aux petits problèmes techniques de début de conférence.
Comme dans les directs, nous avons aussi eu des problèmes d’image, de lenteur du réseau, mais finalement nous avons eu le bon message.
Comme dans la vraie vie, Jacky Galicher, DSI de l’académie de Normandie, avait le verbe facile et la réplique chambreuse, c’est pour dire.

Bref tout était comme dans la vraie vie. Alors quoi ? Cela fait des mois que nous entendons les plaintes, cela fait des mois que nous entendons les critiques sur la politique menée par les pouvoirs publics, avec les différentes décisions prises entre télétravail ou pas. Mais finalement que se passe-t-il ? Nous nous sommes adaptés. Nous avons fait preuve de résilience.
Je donnais ici l’exemple des conférences. Le marché de l’événementiel est au point mort et les entreprises de ce secteur ont été contraintes de s’adapter. Certaines – les bonnes – ont vraiment tiré profit de la crise ambiante et décidé de ne pas subir, mais plutôt d’organiser les choses différemment. Plus de dîners de gala, plus de grandes messes, mais un étalement des événements, ou du mixte entre présentiel et distanciel. Comme le dernier événement d’IT for Business, récompensant le DSI de l’année. Pas de petits fours au Pavillon Gabriel ou à l’Automobile Club cette année, pas de serrage de main entre DSI et acteurs du numériques, mais des sessions étalées sur plusieurs jours en petit comité. Bon, finalement, il faut quand même l’avouer : ça perd beaucoup de sa saveur et, en l’occurrence, cette remise des prix a été plutôt frustrante. Mais nous nous y faisons.

Les événements comme celui de ce soir s’y prêtent bien. Plus la peine de passer une heure au volant de sa voiture pour rejoindre un endroit festif. On contrôle soit même la qualité des petits fours, et on choisit beaucoup plus facilement là où on veut être. Je dirais même plus, on choisit d’être beaucoup plus facilement là où on veut être. Par le passé, j’ai très souvent refusé des invitations à des manifestations par manque de temps, par l’absence d’envie de me déplacer.
Cette pandémie aura donc eu pour vertu de me permettre de m’organiser différemment et, qui plus est, d’assister à des conférences auxquelles je ne me serais jamais rendu.
Au-delà de la résilience, c’est un changement de paradigme de notre société.

J’ai entendu plusieurs fois cette rengaine ces derniers mois : « rien ne sera plus comme avant ».
Oui, nous ne nous serrerons plus la main pendant quelque temps à mon avis, plus de bises, plus d’enlacement dans la sphère professionnelle.
Oui, les personnes tactiles devront ranger leurs doigts.
La Covid est passée par là et a changé la donne. Nous ne nous déplacerons plus comme avant. Je me souviens avoir avalé des centaines de milliers de kilomètres en voiture et en avion. Psychologiquement, c’est dur de ne pas se déplacer, c’est dur de ne pas sortir de son cocon, mais avons-nous moins bien travaillé ? Non, je ne pense pas, nous nous sommes organisés pour fonctionner autrement. Sur un ton plus grave et plus profond, l’homme a toujours su s’adapter à son environnement, aussi dur soit-il. Je parle évidemment de nos pires moments du siècle dernier où, malgré l’horreur, la résilience fut le maître mot pour les survivants de l’Holocauste.

Bien évidemment, la Covid n’est rien en comparaison, mais la souffrance évoquée par les plus jeunes est réelle et forte. La bonne nouvelle, c’est que cette résilience nous permettra de fonctionner autrement, et nous permet déjà de fonctionner autrement. Le tout est de savoir pendant combien de temps. Et la grande question résiduelle de ce billet est la suivante : post crise sanitaire, fonctionnerons-nous autrement ? Le mois prochain, chapitre deux. Après la résilience, nous passerons donc au « nouveau paradigme ». D’ici là, sortez couverts et faites-vous vacciner !


Par Mathieu Flecher
DSI d’une entreprise industrielle française

Mathieu Flecher est le pseudonyme d’un DSI bien réel