Boulimique de l’innovation, combinant une vision à la fois stratégique et technique, Frédéric Charles est le sherpa qui accompagne la conduite du changement de sa DSI.

Éclaireur éclairé. Difficile de ne pas être séduit par l’enthousiasme débordant et l’ouverture d’esprit de ce grand gaillard classieux, façon dandy de l’IT, qui démarre la discussion d’un jovial « on parle de mes cours de cuisine et de peinture, ou d’informatique ? ». Le ton est donné. Frédéric Charles, c’est un mix de multiples savoir-faire, mâtiné d’une soif d’innovation qui semble impossible à étancher. Depuis sept ans, il est responsable de la Stratégie et Gouvernance à la Lyonnaise des Eaux. Un poste original qu’il a lui-même créé quand il a rejoint la compagnie, à la demande du DSI, « parce que c’était – et c’est toujours – cohérent avec ce que je faisais ».  Sa quête quotidienne, se placer en éclaireur pour atteindre « l’Oasis » qui permettra de faire les bons choix, avec une vision à moyen terme, obligatoire pour mener à une véritable conduite du changement dans les SI. « Comme dans le livre du professeur John Paul Kotter de Harvard, Leading change, véritable bible des managers dans le monde entier, j’essaie d’être le pingouin curieux qui saute en premier sur un autre iceberg, et que les autres vont suivre », plaisante-t-il. Frédéric Charles est aussi un blogueur inspiré, parce « rien n’arrivera si tu n’as pas investi toi-même. Je troque ma boule de cristal contre des échanges d’informations au quotidien et en interagissant avec mes lecteurs ». Qui sème des idées récolte des innovations.

Ouverture d’esprit. Ouvert sur le monde, il l’est depuis toujours, probablement parce qu’il lui a fallu suivre son père, médecin général, au fil de ses affectations dans divers pays. Des voyages obligés qui ont développé son esprit curieux et son regard humble sur le monde. « Je ne regarde jamais les innovations avec ma certitude française ». Ado, il dévore des magazines, comme Jeux & Stratégies, joue à Donjon & Dragons et développe ainsi son esprit tactique, auquel il a toujours recours aujourd’hui. Vers 16 ans, il découvre aussi la programmation sur calculatrice Texas, et sur Apple I. Des bases qui l’orienteront naturellement vers l’informatique par la suite. Après avoir passé son bac en Côte d’Ivoire, il se stabilise en France et poursuit entre 1986 et 1988 des études d’ingénieur en électricité à Supélec, et fait son armée en parallèle, où il développe l’informatique d’un hôpital militaire. En 1987, lorsqu’il en revient, alors que personne ne connaît encore grand-chose en micro-informatique, son profil est très recherché, et démarre des missions de conseil. Gagnant d’une bourse d’études suite à un concours où il fallait imaginer le monde de demain – avec une idée d’un système de santé novateur grâce aux courants porteurs -, il s’envole pour Berkeley pour y faire un MBA de marketing stratégique. De son passage aux États-Unis, au-delà du diplôme, il en retient surtout l’état d’esprit dynamique, et l’importance du networking. Il y découvre aussi toutes les bases d’internet, encore balbutiant en France, ce qui lui permettra d’être l’un des premiers connectés lors de son retour. Une avance de phase qui ne le quittera pas.

Double casquette bienvenue. Avoir à la fois un diplôme d’ingénieur et un MBA a aussi donné le ton à sa carrière. « J’ai toujours été à la frontière de ces deux mondes et, de retour en France, j’ai enchaîné des missions de conseil, parce que je savais parler aux métiers », ajoute-t-il. Un de ses premiers clients est la Générale des Eaux, qui aura un impact important sur la suite de son parcours. Après un passage chez IBM, puis dans une start-up qui lui ouvre l’esprit sur l’innovation et la création d’entreprises, il atterrit ainsi à la Lyonnaise des Eaux. Il continue avec toujours autant d’enthousiasme à remplir sa mission. « Ma première urgence le matin, après mon café, c’est de savoir ce qui s’est passé pendant la nuit aux États-Unis. Et de le twitter illico ».

Par Kareen Frascaria