Les thèmes centraux de son deuxième mandat à la tête du syndicat professionnel des acteurs du numérique seront l’emploi et la formation.

Guy Mamou-Mani sait raconter les histoires. “ Quand je prends la parole, j’ai besoin de faire partager mon enthousiasme. C’est mon côté prof ”, lâche ce personnage charismatique, âgé de 56 ans. Le récit de sa candidature à un deuxième mandat à la présidence de Syntec numérique ? Un vrai roman. Il a “ beaucoup réfléchi ”, sondé son épouse et ses associés du groupe Open, dont il est coprésident. Ce qui l’a décidé : “ L’envie de poursuivre les chantiers dans lesquels je me suis investi et le sentiment que, sur l’ensemble des engagements pris, il reste beaucoup à faire. ”

Ce président aimant bousculer l’ordre établi a aussi créé, au sein du syndicat, des commissions sectorielles qui planchent sur les grands enjeux du numérique dans l’Hexagone : santé, modernisation de l’Etat, éducation… Lors de la présidentielle de 2012, Guy Mamou-Mani a contribué à la création du Collectif du numérique, réunissant plus de 20 associations et syndicats de cette industrie. Son rôle : recueillir les feuilles de route des candidats pour le secteur.

En mai dernier, il a rebaptisé les SSII en ESN (Entreprise de services du numérique). Perçue par certains comme une simple opération de marketing, cette nouvelle appellation tient mieux compte, selon lui, de la profonde transformation du modèle de ces sociétés qui accompagnent désormais leurs clients dans toutes leurs utilisations du digital. “ Lorsqu’on me dit que Syntec numérique fait beaucoup de communication, je le prends comme un compliment, se défend-il. C’est mon travail de faire en sorte que ses messages soient repris. ” Quand il regarde dans le rétroviseur, il déplore cependant le retard pris sur certains dossiers (e-santé, transformation numérique de l’Etat…) et parle même d’échecs. “ Nous n’avons toujours pas réussi à signer d’accord sur le chômage partiel dans notre branche. Il faut que nous y parvenions.”

Homme de défis. Dans les trois prochaines années, il devra relever plusieurs défis : se rapprocher du Medef afin que celui-ci prenne davantage en compte la composante numérique dans les travaux de ses commissions, revoir la convention collective de sa branche… Il est aussi attendu sur l’emploi : le secteur informatique compte près de 7 % de chômeurs, et pourtant les entreprises ont de sérieuses difficultés à recruter certains profils.

Son ambition : mettre sur pied une filière de formation consacrée aux métiers du numérique. “ Que Xavier Niel doive créer sa propre école montre bien qu’il y a un problème de ressources et de compétences dans le secteur ”, estime-t-il. Il milite donc pour l’instauration de cours de développement informatique dans les collèges et les lycées afin de susciter des vocations. Il soutient aussi les écoles comme la Web School Factory qui forme des jeunes peu qualifiés ou sortis du système scolaire. Lorsqu’on lui demande si Syntec numérique se sent écouté par le gouvernement, il marque un temps d’arrêt. “ Un peu plus qu’avant. Nous avons plus d’occasions pour exprimer notre vision sur le numérique, affirme cet habitué des plateaux de télé et des conférences, mais j’ai souvent de grands moments de solitude. ”