Industrie 4.0 : la data comme carburant, la cyber comme ceinture

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Industrie 4.0 : Éditeurs et ESN ne veulent pas laisser passer le train

Par Charlotte Mauger, publié le 09 janvier 2026

Acteurs déjà installés ou nouveaux venus, ils sont nombreux à se presser sur la ligne de départ pour profiter du renouveau de l’industrie. IA, cyber et data sont au cœur de leurs propositions… et des opportunités.

Tandis que les dernières études prévoient la création de nouveaux postes et de nouveaux métiers en nombre dans les usines de l’industrie 4.0, les acteurs IT affutent leurs solutions et leurs arguments.
Les promesses liées à l’introduction de l’IA ou à l’exploitation des data sont multiples : amélioration de la productivité, fluidification des échanges, sécurité de fonctionnement, prédictibilité des résultats…

Les acteurs de l’industrie 4.0 travaillent de concert pour faciliter l’intégration

Didier Hamon, directeur produit & marketing et communication chez Vif Software, un éditeur d’ERP, explique tout d’abord que « dans le contexte de l’industrie 4.0, l’ERP devient un nœud central d’interopérabilité : il dialogue désormais avec un écosystème élargi de solutions métiers et d’équipements de production connectés (machines, AGV, robots). »

L’éditeur constate que les différents acteurs derrière ces technologies travaillent de concert pour proposer des solutions faciles à intégrer, utilisant notamment le mode SaaS et les services de cloud pour simplifier cette mise en œuvre. « Grâce à cela, nous démocratisons ces technologies auprès des PME industrielles, qui perçoivent parfois encore ces solutions comme réservées aux grands groupes. »
Un effort de lisibilité et de pédagogie qui s’applique aussi à l’IA et à la data, avec une approche par cas d’usage concrets : suivi portefeuille de commandes, analyse des performances des lignes de production, prévisions commerciales, etc.

Didier Hamon

Directeur produit & marketing et communication chez Vif Software

« Dans le contexte de l’industrie 4.0, l’ERP devient un nœud central d’interopérabilité…  »

Autre pilier de l’automatisation des opérations, côté lignes de production cette fois, le MES (Manufacturing Execution System) joue également un rôle central dans la marche vers l’industrie 4.0. Il a pourtant une déjà longue histoire, comme le rappelle Damien Lyant, directeur général de l’éditeur stéphanois Astrée Software, racheté en 2024 par 4Cad Group : « Le marché du MES existe depuis plus de 30 ans, et pourtant près de 70 % de nos nouveaux clients ne sont pas équipés de véritables solutions MES, mais plutôt de développements maison ou d’outils hétérogènes. Le taux d’adoption en France reste faible. Mais les industriels montrent aujourd’hui un vrai besoin de digitalisation, d’automatisation, en particulier dans les secteurs d’activité sous forte tension. »

Le MES devient un composant incontournable du pilotage industriel

Les solutions MES s’inscrivent bien dans les trois priorités constantes des industriels, à savoir produire plus, mieux et à moindre coût. « Les capacités accrues offertes par l’IA ouvrent de nouvelles possibilités sur l’ordonnancement, l’aide à la décision, la maintenance… »
À cela s’ajoutent les défis de la transmission du savoir-faire des collaborateurs expérimentés et de l’attractivité vis-à-vis des nouvelles générations. Pour l’éditeur, le MES est un couteau suisse qui répond à tout, « véritable outil de transformation et chef d’orchestre de la production : il centralise l’information, fiabilise la gestion des moyens de production, optimise la consommation énergétique et accompagne les opérateurs dans leurs tâches quotidiennes. »
Mais pour cela, il doit lui aussi s’inscrire dans un écosystème SI interconnecté : « Nos outils doivent pouvoir acquérir la donnée qui circule, la recontextualiser pour la fournir aux opérateurs… tout en veillant à la cybersécurité. »

Damien Lyant

Directeur général de l’éditeur stéphanois Astrée Software

« Le marché du MES existe depuis plus de 30 ans, et pourtant près de 70 % de nos nouveaux clients ne sont pas équipés de véritables solutions MES… »

Un changement de mentalité attendu sur la cybersécurité

Ce sujet de la cyber est d’autant plus préoccupant que les plus petites entreprises du secteur industriel n’ont pas toujours les moyens et les compétences pour le prendre correctement en compte. « L’industrie 4.0 s’appuie sur deux leviers majeurs : la robotisation et l’intelligence artificielle, relève Guillaume de Lavallade, directeur général de l’intégrateur Hub One. Or si ces technologies accélèrent la performance industrielle, elles introduisent également de nouvelles vulnérabilités de cybersécurité. Les secteurs ouverts à la concurrence ou liés à la sécurité nationale sont particulièrement visés. C’est d’autant plus important qu’outre le banditisme, les deux autres sources de menaces cyber sont les États souverains et les concurrents industriels. »

Ces évolutions imposent de revoir les moyens alloués à la cybersécurité. La directive européenne NIS 2 offre dans ce contexte un bon cadre de protection et de réassurance. Hub One se propose de conseiller ces clients souvent nouveaux venus sur ces sujets pour les aider à s’y retrouver dans la jungle des outils et des services proposés, en termes d’architecture, de protection périmétrique, de mécanismes de supervision (SOC ou SIEM) et de process de remédiation pour limiter l’impact d’une attaque. Le marché des MSSP, est d’ailleurs particulièrement dynamique auprès des PME dont celles de l’industrie, qui y trouvent aussi bien des relais pour organiser la surveillance des opérations et des échanges (via des cartographies des flux de données), des solutions de connectivité dédiées (grâce à des réseaux 5G privés ou les réseaux segmentés dédiés), ou encore des accompagnements en cas de sinistre (PRA).

Guillaume de Lavallade

Directeur général de l’intégrateur Hub One

« Outre le banditisme, les deux autres sources de menaces cyber sont les États souverains et les concurrents industriels. »

Mais des innovations à intégrer sans tarder

Ces risques supplémentaires sont heureusement contrebalancés par des bénéfices qui s’affirment progressivement lors de la mise en œuvre des technologies d’IA, par exemple chez Alfi Technologies, un groupe spécialisé dans la conception et la fabrication de lignes de production 4.0 pour l’intralogistique et la fabrication de matériaux de construction. « L’IA s’intègre à plusieurs niveaux de la production. Notre plateforme IoT collecte les données issues des machines, de capteurs environnementaux, ainsi que des matières premières. Ces flux de données alimentent des modèles prédictifs capables d’anticiper des pannes, d’identifier des dérives qualité ou de faire de l’aide à la décision. Dans les services de maintenance, nous exploitons également des modèles de langage pour accélérer la recherche d’informations dans des notices techniques volumineuses ou pour aider au diagnostic qualité produit », explique ainsi Marc-Emmanuel Favre, son directeur service support client et solutions de digitalisation.

L’expert ne nie pas les difficultés de mise en oeuvre, évoquant par exemple la gestion et la sélection des données. Un des enjeux est ainsi de réduire le volume traité sans perdre d’information critique, condition indispensable à l’edge computing. L’autre défi concerne la restitution de la donnée aux opérateurs sur ligne. Il s’agit ici de présenter la bonne information sans ajouter de complexité ni compromettre la sécurité des réseaux industriels.

Une sécurité qui n’est pas qu’affaire de logiciels et autres interdictions. Elle repose aussi sur le maintien en place des opérateurs, certes « augmentés » par les nouvelles solutions, mais sans extrémisme productiviste : « Nous veillons à ne pas déposséder les opérateurs de leur intelligence. L’expertise humaine est utile, nous devons nous appuyer dessus. Nous voyons l’IA comme un levier pour améliorer la condition de prise de décision et un outil de transfert des savoir-faire. Surtout que l’analyse de problèmes fait partie des missions les plus enrichissantes pour les opérateurs : la lui retirer serait contre-productif, tant en termes de compétence que d’engagement. À l’inverse, des outils d’IA bien conçus rendent le poste plus attractif, notamment pour les jeunes générations. »
Celles justement qui devront demain, faire fonctionner les futures usines.

Marc-Emmanuel Favre

Directeur service support client et solutions de digitalisation chez Alfi Technologies

« Nous voyons l’IA comme un levier pour améliorer la condition de prise de décision et un outil de transfert des savoir-faire. »

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