Sur un marché français atomisé, où chaque acteur joue sa propre partition, nos jeunes pousses ont du mal à grandir.

Les petits poucets du logiciel français peinent à grandir : seuls neuf éditeurs hexagonaux franchissent la barre symbolique des 100 millions de chiffre d’affaires. Et le premier Français figurant au palmarès des plus grands éditeurs mondiaux est Dassault Systèmes, avec une modeste 22e place.

Ces chiffres résument bien le mal dont souffrent nos start up : “ En France, il existe un dynamisme incroyable en matière de création logicielle, avec quelque 3 000 entreprises actives sur ce secteur. Malheureusement, très peu d’acteurs de taille mondiale émergent ”, déplore Patrick Bertrand, directeur général de Cegid (7e éditeur français) et cofondateur de l’Afdel (Association française des éditeurs de logiciels et solutions Internet).

Pourquoi les jeunes pousses ne parviennent-elles pas à se transformer en séquoias ? Le difficile accès aux capitaux explique en partie cette situation. Aux Etats-Unis comme au Royaume-Uni, les éditeurs lèvent des fonds importants tout au long de leur croissance par le biais du capital-risque et des marchés boursiers. En France, les solutions de financement pour les sociétés innovantes ne manquent pas (statuts de Jeune entreprise innovante, d’Entreprise de croissance et d’avenir…).

Mais le modèle économique de l’éditeur, basé sur un investissement récurrent en R&D chaque année, s’accommode mal des offres de financement à durée déterminée proposées par les pouvoirs publics. Bref, l’accompagnement sur le long terme fait défaut. Autre lacune française : l’absence d’un équivalent d’une Silicon Valley ou d’un cluster technologique à l’allemande, comme le Software-Cluster Rhein-Main-Neckar mené par SAP et Software AG. Ces écosystèmes favorisent l’émergence d’acteurs de renom en facilitant les relations entre donneurs d’ordre, universités et financiers.

Frilosité à l’export. Le manque de sens marketing des ingénieurs français est aussi souvent pointé du doigt. “ Notre culture se focalise trop sur le produit parfait plutôt que sur les besoins des clients ”, confirme Patrick Bertrand. Enfin, il existe une frilosité française à s’aventurer au-delà de nos frontières. Dommage, car en matière de logiciel, la relation entre la capacité à exporter et la taille de l’entreprise saute aux yeux.

Selon une étude de l’Afdel (février 2012), les éditeurs dont le chiffre d’affaires dépasse les 50 millions d’euros réalisent en moyenne 70 % de leurs ventes à l’international. Ce pourcentage s’effondre à 25 % pour ceux générant de 10 à 49 millions… et à 4 % pour les entreprises affichant moins de 5 millions. Nos éditeurs de logiciels sont donc condamnés à s’ouvrir au monde s’ils ne veulent pas rester des nains.