C’est une averse d’annonces qui s’est abattue sur les participants à la conférence Microsoft Ignite. Parmi elles, certaines s’avèrent majeures et méritent que les DSI s’y attardent car leurs impacts peuvent être importants sur les approches informatiques des entreprises.

« Intelligent Cloud, Intelligent Edge », la formule qui définit la stratégie Microsoft depuis plusieurs mois déjà a reçu un éclairage nouveau durant la conférence Ignite qui s’est tenue à Orlando cette semaine. Si la partie « Intelligent Cloud » est assez évidente et bien concrète pour tous depuis quelque temps déjà, la partie « Intelligent Edge » était jusqu’ici assez nébuleuse. Jouant l’effet de surprise, Microsoft a profité d’Ignite pour redéfinir ses approches hybrides avec quelques annonces fortes. Mais l’éditeur n’a pas réservé ses scoops à ces seules problématiques. Voici ce qu’il faut retenir de cette riche édition de Microsoft Ignite.

Azure Arc

L’annonce la plus importante est sans aucun doute le lancement d’Azure Arc. Mark Russinovich, le CTO d’Azure, définit cette solution comme de l’hybride 2.0. Il s’agit d’un service Azure qui d’une part permet de piloter les workloads où qu’ils soient déployés (y compris sur l’infrastructure interne ou sur des clouds concurrents) et qui d’autre part permet également de déployer certains services Azure chez soi (on premises), en périphérie (Edge) ou dans n’importe quel cloud (y compris AWS ou GCP).
Consciente que toutes les entreprises ne basculeraient pas tout leur système d’information dans le cloud, Microsoft a toujours fait la promotion des approches hybrides. Se contentant au départ de tracer des parallèles entre ses logiciels serveurs « on Premises » et ses services Azure, l’éditeur a introduit il y a deux ans « Azure Stack » pour permettre aux entreprises de retrouver dans leurs propres Data Centers les principaux services d’Azure. Conçue au départ comme une stack logicielle installable sur n’importe quelle infrastructure, Azure Stack s’est finalement concrétisé sous forme d’appliances et vient d’être renommé « Azure Stack Hub ». Récemment, Azure Stack a aussi été décliné en version « Edge » avec des appliances embarquant des FPGA pour accélérer les traitements IA.
Parallèlement, la concurrence n’est pas restée inerte. Les acteurs de l’infrastructure « on premises » ont travaillé les approches hybrides en hébergeant leurs technologies dans les clouds et en offrant des outils d’administration pour déployer à volonté en interne ou dans le nuage : VMware a introduit VMware Cloud Foundation et VMware on AWS, Nutanix son Nutanix Enterprise Cloud.
Faisant le chemin inverse, AWS a lancé Outposts (une solution à la fois matérielle et logicielle pour retrouver les services AWS dans ses propres datacenters) et Google a introduit son Anthos (pour intégrer ses services sur une infrastructure Kubernetes « on premises » avec une console centrale administrant les workloads où qu’ils soient).

Azure Arc est à la fois une évolution de ses initiatives précédentes et une réponse de Microsoft face à AWS Outposts et Google Anthos. Ce nom regroupe un ensemble de services complémentaires destinés à fluidifier les approches hybrides sans nécessairement passer par Azure Stack.
Azure Arc permet à la fois de déployer certains services Azure (Azure SQL Database, Azure Database for PostgreSQL) et d’étendre les services d’administration et de gouvernance d’Azure (Azure Resource Manager, Azure Shell, Azure Policy, etc.) à travers un continuum formé par le on-premisses, le edge et le multi-cloud.

Azure ARC montre par ailleurs que, comme ses concurrents, Microsoft a acté que les entreprises ne se limiteraient pas à un seul fournisseur cloud et qu’il était important d’embrasser la concurrence pour qu’elles puissent tout piloter depuis l’environnement Azure.

Azure Synapse Analytics

Azure Synapse est l’autre grosse surprise de cette édition Ignite. Fusionnant data-warehouses et data-lakes, ce service analytique offre une plateforme et une expérience unifiée pour capturer, ingérer, préparer, gérer et interroger toutes les informations de l’entreprise qu’elles soient structurées ou non-structurées. Désormais, interrogations business façon BI et recherches de signaux sur les clients et les processus se feront avec les mêmes outils et la même plateforme.
Azure Synapse remplace Azure SQL Data Warehouse dont il dérive. Les clients de l’ancienne version bénéficieront des nouvelles fonctionnalités directement sans avoir à réaliser de migration.
Azure Synapse est évidemment intégrée à Power BI (self-BI et visualisation) et Azure Machine Learning mais est aussi déjà supporté par des partenaires comme Databricks, Informatica, Accenture, Talend, Attunity, Pragmatic Works and Adatis. La moteur Apache Spark est aussi intégré.
Microsoft qualifie Azure Synapse de « Limitless » (sans limites). Pour l’illustrer, l’éditeur s’est livré à des comparaisons de performances. Sur une base de plus de 1 Po, Azure Synapse se montrerait deux à cinq fois plus rapide que la concurrence et supporterait allègrement 10.000 requêtes concurrentes là où AWS RedShift et Google BigQuery commenceraient à souffrir dès la centaine de requêtes concurrentes. L’éditeur s’est évidemment bien gardé de détailler combien il faudrait débourser pour de telles performances.

Power Automate

Depuis quelques années déjà, Microsoft disposait avec Flow d’un outil d’automatisation de processus machines à machines façon IFTTT ou Zappier. Cette solution évolue désormais pour intégrer aussi les interactions humaines. Renommé « Power Automate » le nouveau service (qui fait partie de la plateforme Power) s’enrichit d’une fonctionnalité UI Flows permettant de piloter les interfaces utilisateurs de logiciels existants (dénués d’API) et d’automatiser les tâches les plus répétitives. UI Flow permet d’enregistrer des séquences de clics et de les rejouer à volonté.
Power Automate conserve la même approche intuitive et interactive que Flow et ne nécessite donc aucun codage et aucune compétence en programmation pour réaliser des workflows automatisés.
Ce nouveau service marque ainsi l’entrée officielle de Microsoft sur le marché de la RPA (Robotic Process Automation). Ce qui n’est pas anodin.

Power Virtual Agents

Dans un même ordre d’idées, Microsoft a introduit un nouvel outil de création de chatbots qui ne nécessite aucune compétence en programmation : Power Virtual Agents. Cet étonnant outil no-code/low-code s’appuie sur Azure Machine Learning et sur une interface visuelle pour permettre à tout un chacun de créer les différents scénarios d’interaction qui animeront le chatbot. Pour Microsoft, les métiers sont les plus à même de comprendre les besoins et demandes des clients. Leur fournir un outil simple et interactif leur permettant de concrétiser leur connaissance client est une approche plus productive et rapide que de passer par les équipes de développeurs souvent très éloignés des clients.

Project Cortex

En matière de recherche d’information, Microsoft aura, ces dernières années, tenter mille et une choses, des différentes moutures de la recherche Windows (qui change d’aspect et de fonctionnement à chaque nouvelle édition de Windows 10) à Bing for Business.
Microsoft croit cette fois détenir la bonne solution pour permettre à chacun d’explorer le savoir de l’entreprise. Nouveau service intégré à l’offre « Microsoft 365 », Project Cortex s’appuie sur du Machine Learning, une compréhension étendue des contextes, et sur l’incontournable Office Graph pour mettre en lumière les savoirs informationnels de l’entreprise. C’est la première fois depuis Teams que Microsoft ajoute un vrai nouveau service à Microsoft 365 et Office 365. Cortex analyse tous les documents de l’entreprise où qu’ils soient (bases documentaires, dossiers partagés, repository cloud, chats de Teams, emails, etc.), en trouve les sujets, crée des collections de sujets et maintien un réseau liant informations, personnes et contextes. Lors de recherches exprimées en langage naturel, le système peut répondre à des questions précises comme « quelle est la pénalité de retard applicable à tel contrat ? ». Il comprend aussi automatiquement que vous êtes en train de travailler sur un sujet ou projet et vous propose des documents en corrélation ainsi que les experts de ces sujets dans l’entreprise.

Le retour du WEB

Pour terminer on retiendra un regain d’intérêt chez Microsoft pour les technologies WEB.
L’éditeur a officialisé au 15 janvier 2020 la date de lancement officielle du nouveau navigateur Edge s’appuyant désormais sur le code source de Chromium, l’édition open-source de Chrome. Rappelons que celui-ci est développé en open source avec des versions « Canary » et « bêta » disponibles depuis le site EdgeInsider.
Mais Microsoft a également entre les mains des développeurs une technical preview d’une technologie qui pourrait très profondément révolutionner la notion de « documents ». Fluid Framework permet d’intégrer des documents vivants que plusieurs personnes peuvent coéditer simultanément avec une réactivité étonnante et sur lesquels des agents intelligents (traduction, etc.) peuvent se greffer. Fluid Framework sera rapidement intégré à Teams, Outlook et OneNote et risque de transformer les expériences utilisateurs. Avec cette preview, les développeurs (y compris en entreprise) peuvent intégrer ce nouveau concept de documents au cœur de leurs applications.
Enfin, toujours sur la thématique du Web, Microsoft propose désormais aux développeurs de tester une version « WEB » de son IDE Visual Studio. Adapté de Visual Studio Code, Visual Studio Online permet typiquement de rapidement éditer et modifier un code source hébergé dans GitHub directement depuis son navigateur Web sans avoir à lancer un IDE local sur son PC.

Bref, Microsoft a fait feu de tout bois lors de cet Ignite 2019. On notera un intérêt particulier de l’éditeur pour les « Citizens Developers » et « Citizens Data Scientists ». Il répond ainsi à une volonté croissante des entreprises à faire monter en compétence des ressources internes à l’heure où elles ont tant de difficulté à recruter de nouvelles compétences.
Les responsables IT Français n’auront pas longtemps à attendre pour découvrir toutes ces innovations et évaluer leur utilité et leur potentiel impact sur les processus de leurs entreprises et leurs efforts de transformation numérique. En effet, « MS Ignite » part en tournée mondiale et sera sur Paris les 13 et 14 novembre 2019.