Selon une étude récente du cabinet Robert Half, la question salariale est le principal sujet d’inquiétude des DSI en matière d’attractivité et de rétention des candidats.

Par Xavier Biseul

Tous les facteurs convergent vers une revalorisation salariale. Après le gel des rémunérations décidé pendant la pandémie, candidats et collaborateurs s’attendent, en sortie de crise sanitaire, à être récompensés des efforts consentis. Une revalorisation d’autant plus espérée que l’inflation galopante consécutive à la guerre en Ukraine érode leur pouvoir d’achat. Ces deux facteurs associés à de fortes tensions sur le marché de l’emploi IT font des salaires un sujet explosif.

Les quelque cent DSI français interrogés par le cabinet de recrutement Robert Half pour la dernière édition de son Guide des salaires ne s’y trompent pas. La question des rémunérations est leur principal sujet d’inquiétude. Alors qu’ils se montrent particulièrement optimistes ‒ 67 % sont plus confiants qu’ils ne l’étaient pour l’année passée et 77 % anticipent des recrutements en CDI sur les douze prochains mois –, ils émettent des doutes sur leur capacité à retenir les talents.

Des candidats aux attentes élevées

Ainsi, 32% des DSI se montrent préoccupés à l’idée de ne pas pouvoir augmenter les salaires pour retenir leurs collaborateurs, et 31 %, même, de ne pouvoir offrir une rémunération (salaire et avantages) compétitive sur le marché.

Une inquiétude fondée puisque 60 % citent les prétentions pécuniaires trop élevées des candidats parmi les principales raisons de refus d’une offre…

Très sollicités, la majorité d’entre eux font, de fait, du salaire leur premier critère de choix, d’après le cabinet de recrutement. Pour Quentin de Beaufort, directeur chez Robert Half France, le très fort dynamisme du marché IT bouscule les repères des candidats en matière de rémunération : « Le fait que des entreprises soient prêtes à débourser des sommes mirobolantes sur certains postes crée une spirale à la hausse et nourrit une inquiétude sourde sur les salaires. »

Une autre étude, publiée par la plateforme d’emploi Tekkit.io, donne cette fois la parole aux postulants. Elle confirme les tensions du marché. 40 % des profils techs interrogés estiment avoir une rémunération inférieure à ce qu’ils méritent. La sursollicitation des recruteurs est réelle et les conforte sur l’état de pénurie du marché. Près de deux tiers des profils sont approchés plusieurs fois par mois pour une nouvelle opportunité professionnelle.

Un turnover accru depuis la pandémie

Selon le Guide des salaires de Robert Half, un ingénieur DevOps démarre sa carrière en moyenne à 75  K€/an, son expérience pouvant augmenter ce montant jusqu’à 110  K€.

Les fourchettes de rémunération mentionnées dans le guide sont indiquées comme étant en tendance haussière, mais sont en définitive très proches de celles que d’autres spécialistes du recrutement (Hays, PageGroup, Michael Page, ou encore Robert Walters) mentionnaient dans leurs propres estimations l’année dernière.

Les salaires moyens de l'IT à l'embauche ont encore augmenté de 5% en moyenne

Les salaires moyens à l’embauche dans l’IT en 2022

L’enjeu salarial est néanmoins toujours plus prégnant pour les DSI, qui sont pris en tenaille. Confrontés à la guerre des talents sur le marché de l’emploi IT, ils doivent aussi retenir leurs meilleurs éléments. Sans aller jusqu’à évoquer le phénomène de « Grande démission » post-Covid qui sévit aux États-Unis, près d’un DSI sur deux (49 %) estime que le turnover s’est accru depuis la pandémie.

Pour sécuriser leurs recrutements, les DSI misent sur une accélération du processus d’embauche, sans toutefois faire l’impasse sur les critères qu’ils jugent essentiels. Dans l’étude de Robert Half, ils citent à 54 % les compétences comportementales (soft skills) et, à 52 %, l’adéquation à la culture d’entreprise, contre 49 % pour les compétences techniques.