On s’est habitué à voir des applications de réalité augmentée couplées à des pubs, mais Google compte aller bien au-delà de la simple surimposition d’animations ou d’informations complémentaires. C’est tout le business model de l’industrie publicitaire qui pourrait être remis en cause par les Google Glass.

Avec ses Adwords, Google a révolutionné le monde de la publicité en ligne, jusqu’alors dominé par les bannières. L’annonceur ne paye à Google le prix de son annonce qu’au moment où l’internaute clique effectivement sur la publicité. Un mode de fonctionnement qui a conquis la planète, puisque la dernière édition de l’Observatoire de l’e-pub du SRI montre que les liens sponsorisés représentaient en France 826 millions d’euros (57 % du marché publicitaire en ligne français) contre 379 millions d’euros pour les bannières au premier semestre 2013. 

La réalité augmentée, un allié de poids pour le publicitaire

Le secteur de la publicité est un des plus gros consommateurs de réalité augmentée. Que ce soit pour enrichir le packaging d’un produit avec une animation, des informations complémentaires ou encore des jeux, ce type d’applications publicitaires ont, notamment, fait le succès du français Total Immersion.

La généralisation de lunettes de réalité augmentée dans le grand public pourrait bien faire exploser ce marché. Un monde idéal pour le publicitaire, puisqu’il deviendrait possible de pousser ce contenu publicitaire enrichi à tout porteur de lunettes. Un internaute, alias RebelliousPixels, s’est même amusé à détourner une des vidéos de lancement des Google Glass pour montrer, via une vidéo virale satirique, quel sera notre monde au travers de lunettes Google couplées à ses différents services publicitaires. Un paradis pour les annonceurs, peut-être… un enfer pour les internautes, c’est certain.

Après le Pay-per-Click, voici le Pay-per-Gaze

Dans un brevet soumis à l’office d’enregistrement américain en 2011, mais qui vient tout juste d’être accepté, Google propose de quelque chose de totalement différent. Alors que les Google Glass n’existaient pas encore, Google imaginait déjà un système de lunettes suivant le regard du porteur. Dans la technique décrite dans le brevet, une application d’Eye-Tracking fonctionne en permanence pour savoir si l’utilisateur regarde une publicité. A chaque regard effectivement porté par le porteur, l’annonceur est facturé d’un montant.

Une transposition directe du Pay-per-Click du Web au monde réel : ce dispositif a été baptisé Pay-per-Gaze (paiement au regard). On imagine le séisme qu’un tel système dans tout le secteur publicitaire : pub TV, affichage, presse, le paiement au regard effectif pourrait bien déstabiliser un marché mondial qui pèsait…  557 milliards de dollars en 2012 (source : Nielsen). Voilà qui risque de sonner le glas des panneaux publicitaires devant lesquels passent des millions de personnes chaque jour mais que personne ne regarde, ou encore de certaines émissions TV à l’audience confidentielle.

Reste à convaincre les porteurs de Google Glass d’accepter une telle application. L’intrusion dans la vie privée est ultime, puisque le regard de l’utilisateur sera analysé en permanence. Dans son brevet, Google garantit une anonymisation des données : le nom du porteur n’est pas communiqué au serveur de publicité, mais uniquement le « hit » sur l’annonce. Reste à voir si Google osera implémenter un jour son brevet dans ses lunettes de réalité augmentée. Mais si Google vous offrait les Google Glass, accepteriez-vous une telle fonction ?