Ces fleurons du logiciel français excellent à l’international où ils réalisent chacun plus de 80 % de leurs ventes. Acteurs dominants sur leurs créneaux respectifs, ils sont les porte-drapeaux de cette “ French touch ”, subtil mélange d’inventivité et de rigueur.

A chaque minute, Avanquest vend dix logiciels, dont huit à l’international. Son catalogue comprend de multiples outils destinés aux particuliers et aux PME, dont les best-sellers Fix-it, Webeasy, Print Artist, Photo Explosion, Architecte 3D, Le Code de la route… Sur ce marché grand public, l’évolution est permanente et la réactivité doit être instantanée. “ Nous sommes une des toutes premières start up françaises ”, aime à rappeler Bruno Vanryb, président de cette société qu’il a cofondée en 1984. Aujourd’hui, elle réalise 100 millions d’euros de chiffre d’affaires, emploie 530 salariés à travers le monde, et s’impose comme le neuvième éditeur de logiciels français.

Culotté. Pour bâtir cet empire bientôt trentenaire – une éternité dans cet univers –, Bruno Vanryb a négocié de multiples virages. Au début des années 90, il fut l’un des premiers Français à avoir le culot d’aller vendre ses produits aux Etats-Unis. S’être introduit en Bourse en 1996 lui a donné les moyens de se diversifier : “ Nous avons mené les croissances interne et externe à parts égales. ” Mais depuis quelques années, la firme, confrontée à une chute des ventes traditionnelles de logiciels, est forcée de se réinventer. “ Soit on s’adaptait, soit on mourait comme les dinosaures ”, martèle Bruno Vanryb, fier d’avoir fait bondir la part du chiffre d’affaires en ligne de 14 à 42 % en quatre ans. Réorganisée, la société s’appuie sur trois piliers : le téléchargement de logiciels et d’applications, la vente d’abonnements en mode Saas (Software as a Service) et le web-to-print, c’est-à-dire des services de conception graphique et d’impression en ligne.

Murex : Les traders lui disent merci

MX.3 ? Derrière ce nom barbare se cache un panel de solutions logicielles développées par le Français Murex, qui a déjà séduit des milliers d’opérateurs financiers dans le monde. Des banques, bien sûr, mais aussi des gestionnaires de portefeuilles ou des sociétés d’investissement. Rien qu’en janvier dernier, MX.3 révélait dans ses nouveaux clients Bancolombia, la première banque colombienne et l’une des plus importantes d’Amérique latine, mais aussi Bank of China, l’une des dix premières institutions financières de la planète. Le discret Murex a été fondé il y a vingt-six ans par le père de Maroun Eddé, l’actuel patron. Ce Libanais visionnaire a commencé par proposer des solutions informatiques à Elf pour le trading des matières premières, avant d’étoffer sa gamme.

N° 3 des éditeurs français. Grâce à Murex, les financiers peuvent faire des transactions et des calculs de risque et de valorisation de portefeuilles, modéliser des produits financiers, comptabiliser et réconcilier l’ensemble de leurs données. Ce, à toute heure et depuis une plate-forme unique. Accompagnant la complexification et l’informatisation croissante de la finance, Murex s’adjuge la troisième place du podium des éditeurs français, avec 320 millions d’euros de chiffre d’affaires.

Dassault Systèmes : Son objectif : devenir le géant des univers virtuels en 3D

Il est le poids lourd incontesté du logiciel made in France. Avec un chiffre d’affaires de 2 milliards d’euros en 2012, en hausse de 14 % sur l’année, il représente à lui seul plus d’un tiers des revenus de l’ensemble de la filière logicielle française. “ En cinq ans, nous avons doublé nos ventes et multiplié par près de dix notre base d’utilisateurs ”, se réjouit Bernard Charlès, directeur général de Dassault Systèmes. Et pourtant, il reste largement inconnu du grand public. La raison est simple : ses logiciels, omniprésents dans l’industrie, œuvrent dans l’ombre. Design 3D, simulation, production…, quelle que soit l’étape de conception d’un produit, on y trouve fréquemment un logiciel Dassault Systèmes. Qu’il s’agisse des avions Boeing, des pulls Benetton, des téléphones Nokia, des pâtes Barilla ou des shampoings Procter&Gamble, aucun n’aurait vu le jour sans leur concours précieux. Aujourd’hui, l’éditeur revendique 150 000 entreprises clientes dans 140 pays.

Idée de génie. A l’origine de ce succès spectaculaire, une quinzaine d’ingénieurs de Dassault Aviation emmenés par Charles Edelstenne – aujourd’hui directeur général de la holding GMID (groupe industriel Marcel Dassault) – qui lancent la société en 1981. Ils avaient développé un logiciel de modélisation de surface en 3D pour réduire la durée des tests en soufflerie. L’idée géniale de Charles Edelstenne est de vendre à l’extérieur cet outil prévu pour un usage interne. Sous la marque Catia, le logiciel s’impose vite aux industriels, qui comprennent l’intérêt de la conception en 3D : elle leur permet de se passer de prototypes physiques et de réduire les délais de mise sur le marché.

Au fil des ans, Dassault Systèmes a acquis le logiciel de conception 3D Solidworks, développé des outils de gestion du cycle de vie des produits, puis de gestion des données produits avec Enovia. Ce champion du B2B qui a racheté Square clock, une start up d’aménagement virtuel de la maison, rêve d’être connu comme une référence de la 3D grand public. “ Nous voulons toucher le consommateur final ”, affirme Pascal Daloz, directeur général adjoint en charge de la stratégie. Bernard Charlès en est convaincu : dans dix ans, l’avionneur sera aussi connu que Facebook ou Google et permettra de visiter à distance un logement, de comprendre le déroulement d’une opération chirurgicale ou de voir un produit sur ordinateur comme si on le prenait en main.