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L’IA au ministère de la Culture : un foisonnement de projets, mais sans pilotage cohérent

Par Reynald Fléchaux, publié le 29 septembre 2026

62 initiatives, plusieurs millions d’euros engagés, des opérateurs volontaristes. Mais une gouvernance définie à posteriori, qui limite les capacités de mutualisation. L’audit de la Cour des comptes sur l’IA au ministère de la Culture illustre les difficultés de la construction d’une véritable politique industrielle dans un ministère pourtant concerné au premier chef par cette technologie.

En pleine affaire Thélyson Aurélien, écrivain dont le dernier roman a été retiré de la liste du Goncourt en raison de soupçons d’utilisation de la GenAI, la Cour des comptes dresse un état des lieux de l’avancée des réflexions du ministère de la Culture sur le sujet de l’IA.
Malgré l’impact profond de celle-ci sur les métiers qui lui sont rattachés – comme l’illustre le cas de l’écrivain québécois -, la rue de Valois peine à coordonner les multiples initiatives issues de ses rangs ou des organismes qui lui sont rattachés.

Certes, à l’été 2025, le ministère a bien mis en forme une stratégie d’action pour l’intelligence artificielle, qui a recensé 62 actions réparties selon 5 axes, allant de l’usage responsable de l’IA à son utilisation pour améliorer l’action publique, en passant par la protection de la création et la valorisation du patrimoine. Mais celles-ci « ne font l’objet ni d’une hiérarchisation claire, ni d’un calendrier de mise en œuvre, ni d’un fléchage budgétaire identifiable », estime la juridiction, dans son audit flash.
Le calendrier lui-même est révélateur de ce retard à l’allumage sur le volet gouvernance : la direction de projet chargée de l’IA n’a ainsi été créée qu’à la fin 2025, soit plusieurs mois après la publication de la stratégie.

Un directeur de projet sans moyen, ni équipe

Sans surprise, la Cour des comptes s’inquiète des conséquences financières de cet encadrement tardif. D’abord parce que cet absence de pilotage ministériel limite sérieusement les possibilités de mutualisation. Et l’audit de la Cour d’appeler le directeur de projet IA du ministère à « dépasser la logique de recensement », pour « déboucher sur une véritable capacité d’action permettant de mutualiser des briques, partager des référentiels (données, modèles, doctrine d’usage), et définir des trajectoires de déploiement compatibles avec les contraintes sectorielles ».
Sur ces volets très opérationnels, la rue Cambon s’inquiète du positionnement de ce responsable, rattaché au secrétaire général du ministère, mais ne disposant ni d’une équipe dédié, ni d’un budget propre, ni d’une quelconque autorité sur le service du numérique de la Culture.

Cette structuration tardive a favorisé la naissance de diverses initiatives, en particulier au sein des grands opérateurs. Les trois acteurs les plus engagés ont respectivement engagés des budgets de plusieurs millions d’euros : 7,65 M€ sur trois ans pour la BnF, 5,87 M€ en 2026 pour l’INA (après une somme équivalente l’an dernier) ou encore 2,6 M€ en 2026 pour Radio France. « En l’absence d’une priorisation ministérielle et d’un cadre commun suffisamment opérationnel, le risque est celui d’une juxtaposition de stratégies performantes mais peu mutualisées, et donc plus coûteuses, moins interopérables et difficilement transposables aux opérateurs de taille plus modeste », raille la Cour des comptes.

Le risque d’une dispersion des investissements

Surtout que, en dehors de ces opérateurs locomotives, nombre d’autres se situent dans une phase amont, « où l’IA ne peut être abordée que comme un sujet de cadrage, tant les prérequis numériques demeurent incomplets ». Comprendre notamment tout le travail à mener sur les référentiels de données, la qualité de celles-ci, leur accès… Ces opérateurs, souvent de taille plus modeste, sont en attente d’un cadre d’usage, de règles de sécurité, de fondations technologiques et d’un accompagnement dédié. « À défaut d’une structuration de cet appui transversal indispensable, le risque est que chaque opérateur public développe isolément ses propres solutions, au prix d’investissements redondants et d’une dépendance accrue vis-à-vis des fournisseurs technologiques, ou demeure incapable de les développer », prévient la Cour des comptes. L’avertissement vaut d’autant plus que ces investissements interviennent dans un contexte budgétaire de plus en plus contraint.

Dans sa réponse à l’audit de la Cour des comptes, la ministre de la Culture souligne notamment les progrès accomplis récemment dans la mise en oeuvre d’une plateforme de services mutualisés, pour laquelle un groupe de travail, d’abord limité aux directions générales du ministère, s’est élargi, depuis mai dernier, à une cinquantaine d’opérateurs. « Pilotée par la direction de projet IA, cette instance (qui se réunit chaque mois, NDLR) permet de partager les actualités du ministère et participe de la mutualisation des outils et des retours d’expérience », écrit Catherine Pégard.

Photo : ActuaLitté/CC-BY-SA 2.0

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