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Sans surprise, le marché du PC s’effondre
Par Laurent Delattre, publié le 14 octobre 2026
Le marché du PC a perdu plus d’un cinquième de ses volumes en un an ! Les trois cabinets d’études, IDC, Omdia et Gartner, s’accordent sur l’ampleur du naufrage. Étrangement, leurs avis divergent quelque peu sur ses causes. Entre la flambée des composants, les stocks mal anticipés et un repli vers le haut de gamme, l’industrie découvre les effets pervers de sa ruée vers l’IA.
Trois cabinets, trois décomptes, un même verdict : le marché mondial du PC dévisse. Et sévèrement ! IDC annonce une contraction de 20,1 % au troisième trimestre 2026, Omdia de 21,2 % et Gartner de 22,4 %.
Et même si les estimations divergent de plus de 7 millions de machines entre les deux extrêmes, les trois études aboutissent à pratiquement la même conclusion : près de 16 millions de PC expédiés en moins en un an !
Un trimestre vendu d’avance
Au premier semestre, constructeurs et distributeurs ont accumulé des machines avant la hausse annoncée des composants, sous l’effet des pénuries mondiales. Achetées aux anciens tarifs, ces machines ont artificiellement dopé les expéditions jusqu’en juin… avant de les assécher au troisième trimestre.
IDC mesure un recul de 9,1 % par rapport au deuxième trimestre, alors que la rentrée aurait normalement dû stimuler le marché.

Mais le problème dépasse cette indigestion de stocks. Selon Omdia, la DRAM et les SSD représentent désormais près de 40 % du coût d’un PC, contre 15 % habituellement. Leurs prix ont plus que quadruplé. Gartner évoque même une multiplication par cinq du coût de la DRAM sur un an au deuxième trimestre.
L’IA, qui devait donner un second souffle au PC, est en train de le cannibaliser. En aspirant les capacités de production de mémoire vers les datacenters, elle renchérit les machines censées populariser ses propres usages. Ou comment un « progrès » technologique (l’ère des « Copilot+ PC » et de l’IA PC) se tire lui-même une balle dans le pied.
HP encaisse, Apple résiste, Lenovo reste en tête
La crise frappe presque tous les constructeurs, mais pas avec la même virulence. Lenovo conserve sa place de numéro un, malgré un recul de 22,6 % selon IDC. HP, en revanche, plonge de 31 %. Son exposition aux machines grand public et professionnelles abordables est devenue un handicap majeur.
Apple résiste mieux, malgré des volumes également en recul. Asus tire aussi son épingle du jeu, continuant de creuser l’écart sur Acer.

Un chiffre éclaire l’impact de la situation du marché sur les constructeurs : les trois premiers fabricants représentent, selon IDC, près de 73 % des volumes perdus en un an. Autrement dit, les grands industriels concentrent l’essentiel de la contraction.
La montée en gamme, refuge ou piège ?
Pour Gartner, la seule correction des stocks n’explique pas l’ampleur de la chute. Et le cabinet privilégie même une autre lecture, plus structurelle : face aux pénuries, les fabricants réservent leurs composants aux configurations les plus rémunératrices, autrement dit aux machines haut de gamme. Et à la rédaction, on voit mal comment la situation pourrait s’arranger quand on découvre les tarifs des PC en Snapdragon X2 et, pire encore, ceux des machines en RTX Spark. Malgré l’influence du MacBook Neo et l’éclosion de modèles concurrents sous Windows, les PC d’entrée de gamme se raréfient tandis que les entreprises arbitrent leurs investissements en faveur des stations de travail et de certains PC IA. Beaucoup font aussi un autre calcul : « prolongeons les machines actuelles, le temps que les PC IA gagnent en maturité et que l’écosystème logiciel se mette au diapason ».
Cette stratégie de montée en gamme protège potentiellement les marges, mais exclut progressivement les acheteurs sensibles aux prix. Et accélère la dégringolade des volumes écoulés.
Tout ceci est inquiétant pour les constructeurs. Mais le pire est peut-être encore à venir. Car la suite s’annonce peu réjouissante. Omdia prévoit encore −24 % au quatrième trimestre 2026, puis −7 % sur l’ensemble de 2027.
L’industrie promettait que l’IA relancerait les renouvellements de PC. Pour l’instant, elle contribue surtout à rendre les ordinateurs plus chers et les acheteurs plus rares. Le marché du PC agentique est un marché de luxe…
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