Réussir sa transformation digitale n’est plus une option. Confortée par la crise née de la pandémie de coronavirus, cette exigence s’impose, plus que jamais, à tous les dirigeants et dans toutes les industries. Selon nos récentes enquêtes, 80 % d’entre eux prévoient d’accélérer leur mutation.

Par Antoine Gourévitch, Directeur associé senior, BCG

À la veille d’une nouvelle déferlante technologique portée par l’intelligence artificielle, les entreprises ne peuvent pas se permettre de rester à la traîne. Les retardataires risquent de plus en plus gros face à des concurrents capables de générer deux fois plus de valeur, de saisir les opportunités des innovations, gagner en productivité sur leur process et en réactivité sur leurs marchés.

Mieux, les entreprises ayant abouti leur transformation peuvent s’appuyer sur des organisations agiles capables de surfer sur les vagues technologiques successives et de se développer sur des bases solides et durables.
Les investisseurs ne s’y trompent pas. La moitié d’entre eux estiment que les entreprises devraient investir davantage dans leurs compétences digitales.

Accélérée par la crise, considérée comme le levier incontesté d’une croissance future et placée au premier rang des priorités des dirigeants, la transformation digitale peine toutefois à se déployer dans les grandes entreprises.

Nous avons mené une enquête approfondie et interrogé 825 dirigeants. Sur le chemin de la transformation digitale, seules 30 % des organisations atteignent leurs objectifs ; 44 % ont créé de la valeur sans réussir à inscrire le changement sur le long terme ; enfin, 26 % n’ont obtenu ni l’un ni l’autre.

Ces résultats décevants au regard des ressources humaines et financières mobilisées ne touchent pas uniquement les plus fragiles, mais également des leaders sur leur marché.

Avec autant d’enjeux sur la table, comment expliquer que 70 % des entreprises échouent dans leur transformation digitale ? Il faut dire que la tâche est extrêmement complexe. Systémiques, les mutations ne se limitent pas à la sphère technologique. Elles embarquent simultanément le développement des compétences, les méthodes de travail ou encore les process.

Face à l’ampleur du projet, les équipes dirigeantes doivent prendre des décisions déterminantes. Chacune d’entre elles nourrit des débats légitimes. Quels sont nos objectifs ? Doit-on se concentrer sur l’agilité de notre organisation ou sur l’amélioration significative de notre productivité ? Quels sont les domaines prioritaires que la transformation digitale doit adresser : notre gestion des ressources humaines ou nos outils technologiques ? Comment allons-nous la mettre en œuvre, à quel rythme et avec quelle gouvernance ?
Autant de questions cruciales pour l’avenir et le profil de l’entreprise. Dans le souci de mettre tout le monde d’accord, on risque, au fil des discussions et des compromis, de perdre le sens de la transformation attendue. C’est souvent à ce stade, en amont du projet, que les ennuis commencent.

Pour éviter cet écueil et rester concentré sur des objectifs et une méthode, nous avons identifié six facteurs de réussite après avoir analysé l’impact de plus de 35 facteurs communément activés.

Voici les six leviers sur lesquels l’entreprise doit se mobiliser en priorité :

1- concevoir une stratégie globale avec des objectifs chiffrés ;
2- aligner l’ensemble de la chaîne du management en clarifiant les responsabilités de chacun ;
3- identifier et mobiliser les talents à même de piloter le projet ;
4- déployer une culture agile et transversale capable de tester et d’adapter la feuille de route ;
5- construire un reporting robuste pour suivre la conduite du projet ;
6- enfin, s’appuyer sur une plateforme digitale modulaire et souple.

Mais attention, avoir en tête ces six facteurs ne suffit pas. Chacun d’entre eux doit être adressé avec la même attention. Aucun d’eux ne doit être négligé dans sa préparation ou dans son exécution. C’est toute la difficulté du pilotage de la transformation digitale.

Les facteurs de réussite sont interdépendants et la dimension humaine, souvent sous-estimée, joue un rôle décisif.