Cloud
Numspot décroche SecNumCloud sur le IaaS et vise le PaaS
Par Guillaume Perissat, publié le 04 septembre 2026
En décrochant la qualification SecNumCloud pour son IaaS, Numspot veut désormais convaincre les DSI de ne pas réduire le cloud de confiance à une question de souveraineté. Son ambition : proposer une plateforme hybride et portable, capable de sécuriser les données sensibles tout en remontant progressivement vers le PaaS, les services managés et l’IA.
Emboitant le pas à OVHcloud, Numspot annonce à son tour l’obtention de la qualification SecNumCloud sur son périmètre IaaS. L’entreprise, issue à l’origine d’un projet de cloud souverain adossé à Outscale, a changé de cap depuis l’arrivée d’Éric Haddad à sa présidence exécutive en 2025. « Après mon arrivée en 2025, on s’est repositionné comme une plateforme hybride et portable », explique-t-il.
Un changement de positionnement qui répond directement aux préoccupations des DSI. Car dans les entreprises comme dans le secteur public, la question n’est plus nécessairement de choisir entre cloud interne et cloud public. Il s’agit plutôt de déterminer quelles charges doivent rester dans un environnement de confiance, lesquelles peuvent être externalisées et comment faire circuler les workloads entre ces différents environnements sans perdre la maîtrise des données. Et c’est précisément sur cette architecture hybride que Numspot veut se positionner.
SecNumCloud, un critère de choix
La qualification SecNumCloud obtenue par Numspot porte sur son offre IaaS et couvre l’ensemble du socle d’infrastructure : machines virtuelles, stockage, réseau, etc. Pour un DSI, l’enjeu dépasse toutefois la seule certification technique.

Éric Haddad
CEO de Numspot
« Je trouve ça intéressant d’avoir des acteurs, même américains, qui se mettent au diapason de la France. Ça veut dire qu’il y a un marché.
Dans le secteur public, la qualification peut notamment devenir un passage obligé pour certaines données sensibles dans le cadre de la Doctrine Cloud au Centre. Et dans un marché où les fournisseurs qualifiés restent peu nombreux, l’obtention de SecNumCloud modifie mécaniquement la position de Numspot dans les appels d’offres.
« La qualification est effectivement une opportunité de business », reconnaît Éric Haddad. « Quand vous regardez objectivement le paysage des acteurs du cloud public, il y en a trois qualifiés. Si vous avez des consultations et autres, on est à peu près sûr d’être consultés par les DSI du secteur public. »
Le sujet est aussi celui de la sécurisation des achats cloud. La qualification fournit un critère objectif permettant de distinguer les offres revendiquant une forme de « souveraineté » de celles ayant effectivement satisfait au référentiel de l’ANSSI. Mais Éric Haddad refuse d’en faire une opposition simpliste entre fournisseurs français et américains.
Au-delà du « cloud souverain »
Aux yeux du dirigeant de Numspot, une entreprise fortement dépendante de l’écosystème Google, par exemple, peut parfaitement avoir recours à une offre de cloud de confiance proposée par un acteur américain. À l’inverse, une organisation ayant d’autres contraintes pourra privilégier un acteur français qualifié. « Je trouve ça intéressant d’avoir des acteurs, même américains, qui se mettent au diapason de la France. Ça veut dire qu’il y a un marché. Je pense qu’il faut regarder ça de façon très large. »
Le choix d’un cloud qualifié ne signifie d’ailleurs pas nécessairement de basculer l’ensemble du SI sur cette infrastructure. C’est justement tout l’intérêt du positionnement hybride revendiqué par Numspot. L’objectif est de pouvoir conserver les applications et données les plus sensibles dans un environnement qualifié, tout en continuant à exploiter des services de clouds publics lorsque cela se justifie. En bref, il s’agit de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier.
« Ce qu’on veut, c’est être une plateforme grand compte et moyen compte, privé et public, pour moderniser leur existant et sécuriser leurs données sensibles, avec la possibilité de déborder sur un cloud public. » Une proposition qui cible directement l’un des casse-têtes actuels des DSI : moderniser sans reconstruire l’ensemble du SI, et gagner en agilité sans transformer le cloud en nouveau verrou technologique.
Une plateforme développée « from scratch »
Cette promesse de confiance repose aussi sur un choix architectural radical. Numspot affirme ne pas avoir simplement ajouté des couches de sécurité à une plateforme existante pour passer l’audit SecNumCloud. « Postérieur au J1, on a redéveloppé notre plateforme pour être nativement SecNumCloud », détaille Éric Haddad. « Ce qui a précédé l’audit, c’est le développement. Pas découdre et recoudre. »
L’entreprise est même allée jusqu’à abandonner la base technique initialement développée. Pour Numspot, cette décision constitue aujourd’hui un avantage. En partant d’une plateforme relativement récente, l’entreprise a pu intégrer dès la conception les exigences de sécurité, d’exploitation et de contrôle attendues par le référentiel.
« L’approche d’environnement n’est pas neutre. Elle est très haut niveau en matière d’utilisation de standards open source et de sécurité, parce qu’on n’a pas eu à traîner un legacy » affirme Éric Haddad. Numspot assure avoir réalisé « un investissement considérable humain et financier », et considère disposer désormais d’un socle adapté aux environnements hybrides.
Du IaaS au PaaS : remonter la pile
Car la qualification du périmètre IaaS n’est qu’une première étape. Numspot a volontairement séparé la qualification de son infrastructure de celle de son PaaS. « On a préféré créer une dichotomie entre IaaS, plus dur à obtenir, et le PaaS ».
L’audit J2 du PaaS est désormais finalisé et Numspot attend la soutenance. L’objectif est d’obtenir la qualification à ce niveau d’ici la fin de l’année. Une infrastructure qualifiée ne suffit pas nécessairement à sécuriser les usages modernes du cloud. Les services managés, les bases de données, les outils d’administration, les secrets ou encore les briques d’IA constituent autant de nouvelles surfaces de dépendance.
Numspot entend donc poursuivre sa démarche vers ces couches supérieures, notamment avec des services managés autour du secret management et de l’intelligence artificielle.
L’IA sera le véritable test du cloud de confiance
C’est probablement sur l’IA que le positionnement de Numspot sera le plus scruté. En effet, il est erroné de lier souveraineté et localisation, l’emplacement physique des données. Ces questions touchent également aux modèles utilisés, aux API, aux chaînes de traitement, aux données d’entraînement et aux services managés qui les entourent.
Numspot veut donc proposer des services d’IA managés en conservant le même niveau d’exigence que celui appliqué à son infrastructure. L’entreprise évoque notamment des technologies open source et des modèles européens. Le choix de l’open source répond ici à un double enjeu : éviter certaines dépendances et renforcer la réversibilité.
« Open source, ça veut dire aucune dépendance aux acteurs américains, donc pas de problème de résilience », avance Éric Haddad. Une affirmation qui mérite évidemment d’être nuancée : l’open source ne supprime pas à lui seul les dépendances technologiques ou industrielles. Mais pour Numspot, il constitue un élément important d’une stratégie visant à donner davantage de contrôle aux DSI sur leur chaîne technologique.
Une brique du SI aux accents de conformité
Avec SecNumCloud, Numspot cherche finalement à faire évoluer le débat. Pour Éric Haddad, le sujet n’est pas de proposer un énième cloud « souverain », mais de fournir aux DSI une brique capable de s’intégrer dans un SI existant.
Le pari est d’autant plus stratégique que les réglementations européennes et françaises poussent les organisations à mieux maîtriser leurs dépendances numériques. NIS2, exigences sectorielles, protection des données sensibles et montée en puissance de l’IA font progressivement du choix du cloud une décision qui dépasse largement la DSI. « Ce qu’on veut, c’est garantir le plus haut niveau de confiance sur les services managés IA », résume le dirigeant.
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