Quel avenir à l’horizon 2020 pour les opérateurs télécoms ? L’opérateur du futur sera-t-il fixe, mobile, intégré ? Un grossiste ou un détaillant? Les acteurs seront-ils nationaux, européens internationaux ? Une conférence du G9+ qui s’est tenue le 24 juin a tenté de répondre à ces questions. Compte rendu.

C’est le message délivré par John Stratton, président de Verizon Enterprise Solutions. A l’heure où les frontières se réduisent entre fixe et mobile, où la convergence voix-données est une réalité, où l’Internet des objets se développe, Verizon veut « ouvrir et exposer [son] infrastructure physique, les capacités du réseau à l’innovation des tierces parties, cela permettra plus d’adoption des services ».

Face à ce dynamisme, les opérateurs télécoms européens historiques font figure de dinosaures. A leur décharge, la situation en Europe, en récession depuis deux ans pour aboutir en 2013 au pire premier trimestre vécu par l’industrie, n’est pas celle des US, notamment sur les aspects de régulation et de monétisation des services.

« La régulation a renforcé le modèle low cost aux dépens de l’investissement, assure François Artignan, responsable de la branche Medias et télécoms finance de BNP Paribas. Mais cette industrie solide il y a cinq ans n’est plus un safe-haven pour les investisseurs. Or elle a besoin d’accès aux capitaux, il ne faut pas détruire cela. » A-t-on touché le fond ?

Le pire peut encore arriver, selon Thierry Bonhomme, directeur exécutif des services de communication Entreprises de FT-Orange, citant Neelie Kroes de la commission européenne au sujet de la suppression du roaming, éventualité envisagée selon lui sans en mesurer l’impact, un « transfert de valeur des pays du Sud au profit des pays du Nord ».

Si la régulation européenne ne cesse d’inquiéter les opérateurs, ils restent désireux, malgré des replis tactiques sur des bases domestiques, d’obtenir à travers la consolidation européenne les synergies pour investir et innover. Une cible lointaine, faute d’une réglementation globale et non de la réglementation sectorielle, ce que souligne Philippe Distler, membre du collège de l’Arcep.

Les opérateurs misent sur la 4G, le M2M, le cloud…

L’Amérique est aussi mieux placée sur la monétisation des services. Selon Thierry Bonhomme, sur le mobile, un client Verizon paie deux à trois fois plus qu’un client Bouygues ou Orange. Pour lui, il faut sortir de la guerre des prix en Europe en visant les usages, car « la valeur s’est déportée vers le terminal et les applications, on n’a pas su la retenir du côté du réseau, c’est un facteur à corriger dans le temps pour changer la donne en Europe ».

Encore faut-il ne pas se tromper de bataille. Avec quels services monétiser la 4G ?  N’est-on pas face à des investissements colossaux avant d’arriver en Europe à la couverture des Etas-Unis ou de la Corée du Sud ? «  La continuité des réseaux fixes et mobiles, la couverture des réseaux, l’expérience client autour des usages liés au débit montant » : Jean-Paul Arzel annonce la bataille des cinqprochaines années. Pour être compétitifs, les opérateurs télécoms sauront-ils simplifier  l’écosytème normatif qu’ils ont fabriqué autour de l’interopérabilité, frein qu’évitent les OTT ?

Du côté des optimistes, il faut d’abord prendre des risques et les usages suivront. Ainsi, Philippe Distler pense que « ce sont toujours les technologies qui produisent les services, pas l’inverse », tandis que d’autres plaident pour une meilleure répartition des revenus entre fournisseurs de services et opérateurs réseaux.Du côté des dubitatifs, la mutation des opérateurs télécoms vers la valeur ajoutée des usages ne pourra se faire sans rétablir la confiance des clients, utilisateurs et élus, écornée par des promesses non tenues, telle la fibre optique pour tous à moindre coût.

Par contre les intervenants sont restés discrets voire muets sur les pourtant nécessaires alliances stratégiques qu’ils devront lier avec les acteurs du logiciel et des contenus…. Alors dinosaures ou mutants ? Face à la transformation numérique, ni plus ni moins, rétorquent les opérateurs télécoms, que n’importe quelle autre société qui n’est pas digital native. Avec l’avantage d’être en position de construire l’avenir, puisque, conclut Yves Gassot, « quels que soient les scénarios, l’écosystème numérique exigera des accès flexibles, mobiles, à hauts débits ».  Il n’y a plus qu’à… adapter le futur.

Les intervenants

–    François Artignan, Head of Media and Telecom Finance de BNP-Paribas
–    Thierry Bonhomme, Directeur Executive de Orange
–    Philippe Distler, Membre du Collège de l’Arcep
–    John Stratton, President de Verizon Enterprise Solutions
–    Jean-Paul Arzel, directeur réseaux Bouygues Telecom
Yves Gassot, Directeur Général de l’IDATE a animé le débat.

Glossaire

ARPU  (Average Revenue Per Unit/User ) :  chiffre d’affaires mensuel moyen réalisé par une entreprise avec un client. C’est une donnée financière utilisée par les opérateurs de télécommunication.

OTT : Over-The-Top content, désigne les sociétés qui utilisent le réseau Web pour délivrer des services multimédia, voix, données, pour exemple, Skype avec la VOIP. Ils sont directement concurrents des opérateurs pour certains services.

Roaming : ce sont les frais de passage d’un réseau à un autre que les opérateurs se facturent entre eux et qui se retrouvent sur la facture du consommateur.

M2M : Machine To Machine, désigne la communication entre objets intelligents, destinée à exploser avec 7 milliards de mobile, cent milliards d’objets connectés.

SDN : Software Defined Networking, c’est une séparation architecturale entre le contrôle (le routage) et le contenu (les données) d’un paquet. Une sorte de « cloud » réseau pour multiplier les services réseau à valeur ajoutée, en mettant à disposition de tous les acteurs les applications qui tournent sur un nœud de réseau, tel un routeur.