Afin d’optimiser la gestion de son environnement multicloud tout en renforçant son indépendance vis-à-vis de ses prestataires, le spécialiste des spiritueux s’appuie sur le réseau d’interconnexion d’InterCloud.

Par Marie Varandat

Google, Azure, AWS, Alibaba… Chez Rémy Cointreau, on ne fait pas dans la demi-mesure : quand on se convertit au cloud, on les adopte tous.

Le virage a été pris courant 2016. Le groupe de spiritueux décide alors de basculer l’intégralité de son système d’information dans le cloud, à l’exception des applications pour lesquelles cela n’avait pas de sens. « Typiquement, les applications industrielles sont plutôt statiques et doivent pouvoir continuer à fonctionner même en cas de coupure du réseau, précise Sébastien Huet, CTO du groupe. Pour le reste, nous basculons tout dans le cloud, les quelques machines qui restent encore dans nos datacenters étant pour la plupart en cours de migration ».

Pour Sébastien Huet, cette stratégie est avant tout dictée par un grand besoin d’agilité : « Remy Cointreau est une grosse PME dans un milieu de géants, avec des concurrents qui sont parfois 10 à 20 fois plus importants que nous. Notre force est dans l’agilité métier qui doit trouver son pendant au niveau du système d’information. Avant ce tournant, nous investissions tous les quatre ou cinq ans pour remettre à niveau notre datacenter. Mais si, entre les deux échéances, nous avions besoin d’augmenter la capacité – ou de la réduire–, nous ne savions pas le faire ou alors avec des délais très longs. Le cloud est une réponse très pragmatique à cette problématique : comment se donner de la souplesse là où elle fait défaut . Et d’ajouter : Faute de version SAP Hana pour le cloud il y a quatre ans, nous avons monté nos premières instances en interne. Chaque ajustement était long et laborieux. Depuis que nous avons migré sur GCP, en deux heures, tout est réglé. Notre axe majeur est l’agilité ».

Fort de cet objectif clair, Sébastien Huet reconnaît que la transformation n’a pas toujours été un long fleuve tranquille. « La facilité avec laquelle on accède et provisionne des ressources avec le cloud entraîne parfois des dérapages : les gens se sentent moins bridés et montent des POC à tout-va. De la même façon, nous avons créé une application qui fonctionnait très bien, mais qui coûtait très cher en fonctionnement. Résultat, la première année, nous avons essuyé quelques factures clairement plus importantes que prévu. De fait, la composante FinOps est très importante dans une démarche cloud, les coûts pouvant décoller très vite. Comme tout le monde, nous avons appris en marchant, et aujourd’hui nous savons maîtriser nos coûts ».

Une maîtrise chèrement acquise car, pour se compliquer encore un peu plus la tâche, Rémy Cointreau n’a pas basculé son système d’information dans un cloud, mais dans tous les clouds des grands prestataires du marché. « Nous n’avions pas de règles préétablies au départ, si ce n’est celle d’être présent sur tous les grands clouds afin de bénéficier des avancées technologiques de chacun. Aujourd’hui, avec le recul, nous constatons que nous avons surtout du IaaS chez AWS et du PaaS dans Azure. Pour rééquilibrer, nous avons donc mis notre ERP SAP sur GCP. Le choix d’Alibaba s’est imposé pour des raisons notamment réglementaires, certaines applications étant interdites en Chine. Mais nous sommes aussi persuadés que les plus grandes avancées technologiques d’aujourd’hui viennent surtout d’Alibaba, notamment dans le domaine de l’IA ».

À la recherche d’indépendance, sans laquelle il ne peut y avoir de souplesse, Rémy Cointreau ne s’inquiète pas trop d’avoir lié l’avenir de son ERP à un prestataire de cloud en particulier : « Migrer notre ERP vers un autre cloud ne serait probablement pas simple, ne serait-ce que parce qu’avec SAP, rien n’est jamais simple. Mais comme c’est le workload que tout le monde veut aujourd’hui, je suis sûr que Microsoft aussi bien qu’Amazon seraient ravis de nous aider, se gausse le CTO de Remy Cointreau. Cela étant, depuis que nous avons adopté InterCloud, je suis encore plus rassuré : bien que répartis sur différents clouds, nos environnements sont désormais vus comme un seul avec une bande passante quasi illimitée entre chaque cloud, ce qui permet de migrer beaucoup plus facilement ».

En adoptant le multicloud, Rémy Cointreau a en effet très vite identifié le besoin d’interconnecter ses environnements pour pouvoir les gérer comme un seul. Lors du lancement de la transformation, « nos besoins n’étaient pas encore suffisamment développés pour qu’on en touche les bénéfices », précise toutefois Sébastien Huet.
Il y a deux ans, après avoir testé la solution SCI (Secure Cloud Interconnect) de Verizon sur la partie WAN, la société adopte finalement la plateforme d’InterCloud. « La vraie valeur d’un réseau réside aujourd’hui dans l’intégration des acteurs du cloud, indique-t-il pour justifier ce changement. Avec le portail InterCloud, nous avons la capacité d’augmenter la bande passante à 1 Gbit/s vers un de nos fournisseurs cloud pour mener une migration par exemple, puis de la réduire une fois l’opération achevée. C’est une souplesse que ne parviennent pas à offrir les opérateurs traditionnels, pour lesquels déployer de la capacité additionnelle demande un délai de plusieurs mois ».

Pour bénéficier de cette souplesse, Rémy Cointreau a connecté tous ses sites principaux directement au backbone InterCloud via une liaison privée, les autres passant par la solution VPN cloud fournie par AWS. Au passage, cette configuration réseau a aussi permis à la société de stabiliser la connexion pas toujours très performante de ses utilisateurs en Chine : pour accéder à SAP, ils se connectent en VPN à AWS en Chine avant de rebondir sur GCP via le backbone InterCloud. « Nous ne sommes qu’une cinquantaine de personnes à la DSI, et je préfère que mes équipes s’investissent sur des projets business plutôt que sur la gestion du réseau ou sur le suivi des évolutions de routeurs. L’agilité, c’est aussi savoir confier à d’autres ces problématiques réseau qui ne présentent aucune valeur ajoutée pour l’entreprise », conclut le CTO de Rémy Cointreau.

L’ENTREPRISE

Activité : Spiritueux et liqueurs
Effectif : 1 800 collaborateurs environ
CA : 1 024 M€ (année fiscale 2019/2020)