En véritable catalyseur, la crise née de la pandémie de la Covid 19 pousse les entreprises à revisiter leurs approches technologiques et à innover dans leurs méthodes de travail. La transformation digitale n’échappe pas à cette nouvelle exigence.

Par Antoine Gourévitch, Directeur associé senior, BCG

Levier déterminant de la capacité des organisations à saisir les opportunités de la reprise et à s’adapter aux contraintes d’un environnement économique et sanitaire incertain, son accélération n’est plus une option. 80 % des dirigeants la place désormais au cœur de leurs priorités stratégiques.

Vital pour l’avenir de l’entreprise, le projet de transformation digitale s’avère long et coûteux dans son déploiement à grande échelle. La conduite du changement engagé par les grandes entreprises traditionnelles se heurte, en effet, au poids et à la complexité des systèmes informatiques historiques.
Face à l’urgence, ces freins doivent être levés. La violence et le caractère inédit de la crise nous invitent, plus que jamais, à sortir des sentiers battus.

En travaillant avec nos clients de tous secteurs, nous avons développé une nouvelle approche en rupture avec les standards traditionnels. Plus agile, elle dissocie la stratégie digitale de l’entreprise de la transformation des infrastructures existantes.
Notre expérience montre qu’en agissant ainsi, les entreprises créent deux fois plus de valeur, en deux fois moins de temps et à un coût deux fois moindre.

Cette approche permet de mener ses projets digitaux indépendamment des contraintes du système historique. Cela suppose la mise en place de plateformes soutenues par une architecture dédiée. Ces « data and digital platforms » (DDP) bénéficient d’interfaces plus modulaires et de technologies de pointe comme le cloud ou l’intelligence artificielle.
Sur le modèle « as a service », les DDP fournissent les data internes ou externes ainsi que les outils d’analyse avancée nécessaires au développement des services digitaux.
Cet « espace parallèle » libère ainsi le management des données pour le mettre à la main du business.
La mise sur le marché gagne en rapidité – plusieurs semaines contre 12 à 18 mois.

Loin d’être théorique, la méthode DDP a déjà fait ses preuves. Dans le secteur pharmaceutique, une entreprise engagée dans l’industrie 4.0 a pu dégager des bénéfices à hauteur de 3,5 fois le coût de ses investissements. En Chine, Tencent et Alibaba ont développé, dans le temps record d’une semaine, un QR code sanitaire capable de mesurer le risque d’infection à la Covid 19.
Dans un contexte aussi incertain et volatile, cette efficience opérationnelle est plus que jamais stratégique.

Mais les technologies ne suffisent pas à tirer pleinement partie de l’agilité offerte par les plateformes DDP. L’approche va plus loin et impose de nouveaux modèles d’organisation. Elle remet en question les compétences et les méthodes de travail.
Cela passe par la mise en place d’équipes multidisciplinaires maîtrisant et combinant les sujets techniques et les sujets business d’un projet. Une coopération à même d’identifier rapidement les besoins des utilisateurs et de développer « en temps réel » les solutions digitales. Pour pouvoir travailler ensemble, les expertises technologiques et business doivent être partagées. Cette acculturation mutuelle repose sur le développement de nouvelles compétences. Elles seront indispensables pour réaliser, dans une étape préliminaire, le bon diagnostic de ses ressources, identifier ses forces et ses faiblesses sur le marché, et définir les axes d’actions de sa stratégie.

La crise précipite les mutations à l’œuvre dans les entreprises. En adoptant l’approche DDP, les entreprises peuvent lever les freins de la transformation digitale, accélérer l’innovation tout en poursuivant leur projet de changement de leurs infrastructures historiques. Mais pour être efficace, la méthode suppose l’engagement des décideurs dans une petite révolution culturelle dans leurs méthodes de travail et dans le management des données.