Problématique organisationnelle, changement de secteur d’activité, nouveau périmètre d’intervention… : un DSI peut facilement se retrouver un peu seul devant une situation inédite, ou vouloir avancer plus vite sur un projet particulier. Depuis 2014, Atout DSI a mis en place un programme de mentorat. Christophe Bartheau, DSI de La Mie Câline, et Bernard Barfety, directeur de la transformation digitale DSI d’Adeo, forment l’un des binômes de sa septième promotion. Ils ont accepté de nous détailler leur expérience.

Entretien avec Christophe Bartheau, DSI de La Mie Câline
et Bernard Barfety, directeur de la transformation digitale d’Adeo

Comment en êtes-vous venus à participer au programme de mentorat d’Atout DSI ? N’y a-t-il pas eu de réticence de la part de votre entreprise ?

Christophe Bartheau : Il y a deux ans, lors de ma veille métier, j’avais vu qu’un de mes pairs vendéens avait participé avec succès au programme de mentorat d’Atout DSI. Étant dans une phase d’évolution et de réflexion sur différents sujets, je me suis dit que c’était le bon moment pour participer à cette démarche. J’avais en particulier une réflexion stratégique à mener sur la gouvernance des projets du groupe et sur le positionnement de la DSI. Je n’ai rencontré aucun frein en interne : notre entreprise nous laisse une autonomie importante et non seulement encourage, mais facilite aussi le développement professionnel comme personnel.

Bernard Barfety : Il y a quelques années, un de mes amis l’avait fait et m’en avait parlé. J’avais trouvé la démarche intéressante et m’étais dit que j’allais essayer. J’avais envie de partager mon expérience. Et cela ne posait aucun problème en interne, car notre entreprise est très attachée à la transmission des compétences et des savoir-faire. Il y règne une réelle culture de l’ouverture et du partage. Nous avons même des processus de mentorat internes. In fine, c’est la troisième fois que je suis mentor dans le programme d’Atout DSI. Nous sommes à des niveaux de conscience et de maîtrise de nos responsabilités qui garantissent à nos entreprises que nous n’allons pas dévoiler des secrets professionnels ou des éléments de stratégie sensibles. Certes, avec Christophe, nous travaillons dans le même secteur, mais pas du tout dans les mêmes domaines d’activité. Et puis le programme est bien cadré, centré sur le projet du mentoré.

Vous opérez certes tous deux dans le monde du retail, mais avec des tailles d’entreprise largement différentes. Comment votre binôme a-t-il été formé ?

CB J’ai fait totalement confiance à la sélection opérée par Atout DSI. J’avais juste indiqué préférer un alter ego du monde du retail. J’ai eu un peu d’appréhension, au regard de la taille de son entreprise, quand j’ai su que Bernard allait être mon mentor. Notre DSI ne compte que cinq personnes et je me demandais bien ce que j’allais pouvoir lui apporter.
Lors de notre première rencontre virtuelle, nous avons exprimé nos motivations et mis les choses à plat, avec transparence et confiance, en même temps que nous fixions le cadre du programme.

BB Lors de mes deux premiers mentorats, j’ai été en binôme avec un DSI du domaine de l’expertise comptable et avec un DSI œuvrant dans le secteur de l’assurance, tous deux dans des structures nettement plus petites qu’Adeo, qui doit compter environ 3  000 informaticiens toutes filiales confondues et prestataires inclus.
Cela s’est très bien passé et je fais confiance à Atout DSI. Un premier rendez-vous permet d’évaluer la pertinence du tandem, de sentir si on va savoir travailler ensemble. Dans mon cas, je vois si je suis en mesure d’apporter quelque chose dans la problématique du mentoré. La différence de taille n’est pas un frein.
La plupart des principes méthodologiques sont valables aussi bien dans les petites structures que dans les grandes. En particulier, sur le cœur du projet de Christophe, on s’est aperçu qu’on avait des problèmes similaires et des réponses qui étaient les mêmes dans leur principe, bien sûr à des échelles différentes.

Comment se déroule le mentorat ? En quoi est-ce différent du consulting, du coaching ou des échanges que l’on peut pratiquer avec ses pairs en participant à un club ou une association de DSI ?

CB Le mentorat impose un cycle de rendez-vous réguliers, au minimum une fois par mois. À l’issue de chaque entretien, nous nous fixions un objectif pour le suivant. Avec Bernard, nos rendez-vous duraient environ deux heures. Cela passe très vite quand on est dans le concret. Pour moi, le mentorat doit profiter aux deux partenaires, qui sont des pairs, et qui exercent une critique mutuelle bienveillante sur des décisions prises ou à prendre. Il initie par ailleurs une relation qui peut perdurer dans le temps et n’a de limite que la volonté de ces deux personnes. Au sein d’Atout DSI et d’ADN Ouest, j’échange avec des DSI du retail, comme d’autres secteurs : ce peut être sur des problématiques techniques ou sur des sujets tels que les rapports DSI-métiers, ou encore la stratégie d’être ou non au Comex… J’échange également avec des DSI d’entreprises locales, parfois simplement parce que nous avons le même prestataire. Mais il n’y a pas d’engagement sur toutes ces interactions, et c’est plus ponctuel et limité.

BB Même si l’on peut partager beaucoup de choses dans les clubs ou les associations – je pense au Gun, dans le Nord, ou au Cigref –, le mentorat permet de descendre plus en profondeur. Cela est lié à la régularité et à la continuité des rencontres. Par rapport à du coaching, on est vraiment sur le terrain de la pratique professionnelle, beaucoup plus que sur la posture personnelle. Bien sûr, si le mentor est à l’aise sur cette dimension et qu’il s’agit d’un souhait du mentoré, cela peut arriver, mais on sort alors un peu du cadre.

La pandémie a-t-elle affecté le rythme de vos rencontres, voire la qualité et l’efficacité du process du fait qu’elles étaient virtuelles ?

CB Malgré la crise sanitaire, nous avons respecté une fréquence d’entretiens d’une fois par mois. Nous avions bien conscience que l’efficacité d’un tel programme réside dans le rythme donné à ces rencontres. C’est un bon rythme, car cela laisse le temps d’avancer suite aux objectifs définis en fin de session pour la suivante. Nous n’avons pas pu nous rencontrer physiquement. Cela n’a pas nui au process, mais nous rencontrer aurait indéniablement ajouté de la convivialité à nos échanges. C’est d’ailleurs un souhait pour boucler la démarche. Mais finalement, la pratique des réunions à distance nous a aussi permis de nous affranchir de la notion de lieu de rencontre, ce qui était pratique lorsque Bernard était en mission à l’international.

BB C’est différent quand on peut sentir physiquement l’environnement dans lequel évolue l’autre DSI. On comprend mieux la culture de l’entreprise. On touche mieux du doigt la problématique du DSI. Et c’est valable dans les deux sens. Lors d’un précédent mentorat, j’en ai profité pour faire visiter notre datacenter à mon binôme.

Le projet sur lequel vous souhaitiez travailler avait trait à la gouvernance du portefeuille de projets et au positionnement de la DSI. L’avez-vous mené à bien ?

CB Même si nous avons également abordé des sujets d’exploitation ou de sécurité, notre sujet principal concernait une réflexion autour de la gouvernance des projets du groupe : comment organiser, gérer le portefeuille de projets ? Comment améliorer le rôle de la DSI et sa pertinence pour la direction générale et les métiers ? Dans quelle mesure la DSI peut-elle participer à la stratégie voire l’influencer, grâce à sa vision transversale de l’entreprise ? J’avais mis en place un bureau de projets depuis quelque temps, mais cette organisation n’était pas réellement satisfaisante. Elle nous permettait au mieux de suivre les projets. Il y avait peu d’apprentissage et d’amélioration continue apportée. Bernard m’a montré comment travailler des programmes de projets avec des objectifs associés à ces programmes, mais, aussi et surtout, comment travailler une organisation sous forme de programmes. Son regard critique, mais toujours bienveillant, était là pour faire le miroir de ce que je pouvais décider. Désormais, le fait de travailler le portefeuille de projets me donne de l’anticipation et de la vision sur les tendances des projets des métiers. Cet élément-là me permet d’avoir de l’avance sur leurs besoins. On comprend aisément en quoi le porteur de projet bénéficie d’un tel programme de mentorat. En tant que mentor, qu’avez-vous retiré de cette troisième expérience ?

BB Le mentorat m’intéressait au départ pour deux raisons. Il s’agit d’abord d’un goût personnel de la transmission. Ensuite, ce sont des occasions de confronter ses propres réflexions en les exposant. En expliquant, en faisant réfléchir, cela permet de re-questionner ses propres pratiques ou façons de faire, et parfois d’en toucher les limites. Un troisième bénéfice m’est apparu après coup. À chaque fois, il s’est trouvé que j’ai mentoré des DSI qui interviennent dans des entreprises beaucoup plus petites que la mienne. Et ça aussi c’est intéressant. Dans ces entreprises, les relations sont plus directes, moins processées que dans une structure comme la nôtre. C’est donc un peu un retour aux sources, un moyen de ne pas perdre contact avec le terrain, avec une certaine forme de simplicité. Tout cela m’est très profitable.


Propos recueillis par Pierre Landry
Photos de Patrick Barbereau et Quentin Pruvost

LE PROGRAMME DE MENTORAT D’ATOUT DSI

Chaque année depuis 2014 sont formés entre 10 et 15 binômes au sein desquels un porteur de projet – le mentoré – est accompagné par un DSI plus expérimenté – le mentor. Le programme est encadré par une convention protégeant les participants. Le binôme doit se réunir au moins une fois par mois.
La prochaine promotion démarrera au mois de septembre.